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Space Boulettes

lundi 26 décembre 2016, par Mathieu Doublet

(Scholastic - Casterman pour la VF / Craig Thompson)


Violette est contente parce qu’aujourd’hui, elle n’a pas école. Si ses parents ne sont pas aussi enchantés, ça n’est pas parce qu’ils vont devoir trouver un moyen de garder leur fille mais parce que les baleines de l’espace commencent à vraiment tout manger et qu’elles sont très proches de leur secteur. C’est la mère, Céra, qui va devoir garder sa fille et son talent de couturière lui permet de rester sur l’une des stations spatiales pour les nantis que sont les "Citoyens". Grenn, le père, a un job bien moins reluisant puisqu’en temps que bûcheron, il doit surfer sur les troncs de baleine, les déchets que rejettent les baleines et qui sert de fuel pour à peu près tout le monde. Comme Grenn est un personnage hors norme qui ressemble à un biker, il est classé parmi les membres de la communauté qui font partie de la masse besogneuse. C’est peut-être pour cela que Grenn accepte un job particulièrement dangereux qui pourrait sortir sa famille de la misère mais ce danger va se révéler bien réel et c’est Violette qui va partir à la recherche de son papa.

Space Boulettes est donc le dernier ouvrage de Craig Thompson après la très joli Habibi. L’auteur des classiques Blankets ou Adieu Chunky Rice va donc tabler sur un récit plus léger, plus orienté enfants (ou tout public pour être plus juste) qui va associer bien entendu des éléments personnels et son amour des univers comme ceux de Star Wars. L’auteur va donc créer un univers très riche avec sa ribambelle d’extra-terrestres plus variés les uns que les autres et son système sociétal finalement assez proche de ce qui peut être observé de nos jours dans la société américaine (les trailers parks, ces terrains où des familles habitent dans des camping-cars ou des caravanes, et les gated communities, ces cités fermées à tous ceux qui n’en font pas partie). Le travail de Thompson, comme toujours, est un travail de titan et l’univers de Space Boulettes est d’une belle cohérence, dépeint un futur loin d’être rose et une structure fort logique.
Les personnages aussi sont très riches et le trio de sales gosses composé par Violette, Eliott le poulet ultra-stressé et Zacchée, le dernier (ou presque) membre des Lumpkins est forcément très attachant, même s’ils sont aussi bien crispants comme on peut parfois le voir chez Thompson. Ceci étant, ce côté un poil pleurnichard est heureusement nettement moins poussé que dans Blankets. En étant limité à Eliott qui contrebalance cette ultra-sensibilité par une belle intelligence et surtout un sacré bon sens - bourré de références bibliques, certes, mais qui reste une véritable qualité. Ce trio va constituer le réel noyau dur de l’histoire qui apporte beaucoup de fraîcheur à l’histoire. Maintenant, je trouve aussi que les personnages se déclarent un peu facilement un amour familial et c’est peut-être le genre de choses que je regretterai dans tout ce livre.

Space Boulettes, c’est aussi un vrai régal pour les yeux avec des planches bourrées de détails. Thompson dira dans l’interview disponible en fin d’édition française qu’il a mis autant de travail dans les vaisseaux spatiaux que dans les ornements d’Habibi. Mais le talent de l’auteur ira jusqu’à se glisser dans les nombreux jeux de mots ou références planqués dans les cases. Certaines seront traduites (le terme "Ecole Casterman" remplace très probablement un jeu de mots par rapport à l’éditeur original Scholastic), d’autres non, demandant apparemment un travail de retouche beaucoup trop important. Là encore, je ne peux pas nier que Thompson apporte un soin et une somme de travail assez importante mais je me pose tout de même la question de la pertinence pour un tel bouquin et pour la cible visée. En effet, à mon humble avis, toute cette somme de travail empêche que la lecture soit très fluide et ne donne pas beaucoup de dynamisme à l’ensemble pour un récit d’aventure dont la structure est finalement assez simple. De plus, beaucoup de jeux de mots me paraissent s’adresser à un public plus adulte que ce que prétend l’auteur en fin de bouquin.

Au final, je n’ai pas beaucoup aimé Space Boulettes. D’une part, je pense que j’aurais nettement plus apprécié la version originale pour son côté auto-référentiel. D’autre part, je trouve que l’auteur n’a pas réussi à insuffler à son énorme pavé (plus de 300 pages de bandes dessinées) la légèreté et le dynamisme qu’on peut attendre d’un récit d’aventure débridée. Space Boulettes est donc un album mineur dans la carrière de Thompson, surtout parce que celui-ci ne réussit qu’à moitié à réaliser un album fun.

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