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Batman : Arkham Manor #1-6

mercredi 28 septembre 2016, par Mathieu Doublet

(DC Comics / Gerry Duggan / Shawn Crystal)

Il était une fois l’Asile d’Arkham qui, à force d’accueillir plus de tarés qu’il ne peut, finit par éclater. Un peu comme la grenouille dans la fable. Et forcément, vue la faune très particulière de la cité, Gotham City doit trouver un autre endroit pour héberger tous les fous qu’elle doit subir et si possible, éviter de les relâcher en pleine nature. Après avoir pensé à quelques bâtiments bien trop proches des citoyens, le maire doit se rabattre sur un lieu assez surprenant : le manoir Wayne dont la mairie possède encore l’usufruit. Et bien entendu, il ne faudra pas bien longtemps au maire pour se rabattre sur ce choix qui lui convient d’autant plus que Bruce Wayne, l’héritier, habite dans un loft au centre-ville.
Batman l’a déjà bien gros sur la patate, obligé de condamner les accès à la cave et éventuellement de se préparer au pire et à la faire sauter. Mais il apprend par le biais d’Alfred que quelque chose de terrible est en train de se produire dans les nouveaux murs de l’asile. En effet, les patients meurent les uns après les autres et le meurtrier semble bel et bien faire ses coups depuis l’intérieur. Zsasz est d’ailleurs introuvable. Batman va donc devoir retrouver le coupable de ses différents meurtres et s’infiltrer parmi ses ennemis sous l’identité d’un certain Jack Shaw.

J’ai lâché Batman assez tôt lors de son incarnation New 52 (ma dernière lecture date de 2 ans avec Death of the Family dont j’ai un souvenir finalement assez confus). Je me disais qu’une mini-série comme Arkham Manor devait être un récit plus ou moins indépendant. Mais dès les premières pages, je me suis posé des questions. Etait-ce un Elseworld ? Peu probable en connaissant l’orientation actuelle de DC Comics. Aurais-je loupé quelques wagons ? Oui, visiblement. D’autant plus que la première page indique (en petit, histoire de me décharger du fait de ne pas l’avoir lu) que cette mini-série se passe après Batman : Eternal #30 et qu’elle est donc bel et bien dans la continuité du titre. Ça aura son importance à un moment du récit et de ma chronique.

Au final de ces six numéros, j’avoue avoir pris du plaisir à lire cette intrigue. Batman voit rouge, encaisse mal le fait que sa maison soit laissée à ses ennemis et Duggan arrive parfaitement bien à le retranscrire tout en permettant à son héros de s’auto-analyser. Le scénariste, plus connu pour son run sur Deadpool que ses mini-séries chez Image - ici et , pose aussi un asile attachant. Si la mise en place est très rapide (aucune raison d’y passer plus de temps soit dit en passant), le quotidien du Professeur Arkham et ses séances de thérapie avec certains patients permettent de donner au lieu une légitimité et une ambiance très familiale où Batman, même sous son identité secrète, ne peut que se sentir confortable. Duggan fait donc appel à une image très classique du héros et des rapports qu’il entretient avec ses ennemis. Il est intéressant de voir que le scénariste va écrire un héros qui devra faire des choix, concéder à ne pas gagner sur tous les plans et finalement être très humain. Ça fait du bien et cela casse avec l’image d’über-Batman que je garde de mes dernières lectures.
Le vilain est assez bien trouvé et s’ajoute à une longue liste d’ennemis complètement foutraques. Le cas de Seth Wickam, jeune dément traumatisé par un accident et persuadé d’être mort, est déjà plus problématique. Je n’ai pas bien compris ce qu’il venait faire dans toute cette histoire, ni même ce qu’il symbolise vraiment. Il permet, ceci dit, de faire durer la mini-série un numéro de plus et par cette occasion de donner un épilogue bien marqué et assez riche.

Avant d’attaquer la question du graphisme, je reviens quelques instants sur cette histoire de continuité. Car non, si on veut vraiment en profiter à fond, Arkham Manor ne peut pas se lire indépendamment de ce qui est fait par ailleurs sur le titre. Le personnage de Border, allié de Batman, est des plus étranges, aura une identité que je ne soupçonnais pas et donne une fois de plus dans la surenchère et
des capacités très puissantes. De deux choses l’une, ou son identité secrète était déjà connue des lecteurs (par le biais d’Eternal, je pense) et cela a dû donner pas mal de joie aux lecteurs dans l’affaire, oui bien c’est la surprise pour tout le monde et à ce moment-là, l’effet tombe un peu comme un cheveu dans la soupe, espèce de Deus Ex Machina qui ne sert pas à grand chose à part semer un peu plus de chaos mais sans grande envergure et utilité pour la suite. C’est peut-être le gros bémol que je mettrais à toute cette mini-série mais je ne peux être sûr de moi, n’étant pas un fidèle client de la franchise.

Aux dessins, on va pouvoir apprécier les œuvres de Shawn Crystal que j’ai dû croiser à quelques moments (sur un Wolverine & The X-Men ou bien sur un Image Holiday Special mais surtout sur Deadpool MAX ou encore Hawaiian Dick : Screaming Black Thunder) et je faisais déjà le rapprochement entre son travail et celui de Sean Murphy. Dans Arkham Manor, ce sera encore inévitablement le cas surtout dans les planches où Crystal a le temps de se développer. Au fur et à mesure du récit, ce sera moins le cas, l’artiste faisant appel à des plans beaucoup plus rapprochés de ses personnages et montrant que si les techniques sont proches, il est encore loin de la minutie de Murphy. Ce qui les rapproche, c’est surtout ce trait si nerveux et hachuré dès que des ombres apparaissent. Ce sont les scènes d’action qui en bénéficient le plus avec, souvent, un découpage particulier de la planche qui accompagne le mouvement. Pendant les scènes d’exposition et de dialogues, ce sera moins la fête et le dessinateur utilisera des mises en scène mécaniques qui seront de plus en plus évidentes au fur et à mesure de la mini-série : le cadrage type d’exposition de personnage à mi-poitrine sera nettement plus présent dans la dernière partie que dans la première.

J’ai donc apprécié cette mini-série malgré le fait qu’elle soit rattachée à une continuité dont j’ignore tout. L’équipe artistique à bord (qu’on peut retrouver sur la série Deadpool) a fait du bon boulot même si cela n’est pas révolutionnaire. C’est en tout cas déjà bien plus à mon goût que ce qu’écrit Snyder.