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Showcase Ambush Bug

dimanche 18 septembre 2016, par Mathieu Doublet

(DC Comics / Keith Giffen, Robert Loren Flemming, Paul Levitz & Paul Kupperberg / Keith Giffen & Carmine Infantino)

Ce gros volume contient :
- DC Comics Presents #52, 59 et 81
- Supergirl #16
- Action Comics #560, 563 et un extrait du 565
- la mini-série Ambush Bug #1-4
- Ambush Bug Stocking Stuffer #1
- Son of Ambush Bug #1-6
- Ambush Bug Nothing Special #1
- un extrait de Secret Origins #48

Irwin Schwab est un jeune homme plein de ressources. Il possède entre autres un costume qui lui permet de téléporter quand il a des petits insectes robotisés dans les parages. Et ce personnage arrive à Metropolis à un moment critique où l’une des membres de la Doom Patrol a décidé de péter les plombs et de partir dans une dévastation minutieuse de la ville. De plus, Schwab est un admirateur complet de tout ce qui peut apporter le chaos et il va donc se faire un devoir de tomber amoureux de l’arme de destruction massive qui rôde et donc, d’empêcher Superman et la Doom Patrol de faire correctement leur boulot. Comme Schwab est complètement à la masse, il ne va pas le faire de manière très conventionnelle et va donc être un ennui de taille XXL plutôt qu’un super-vilain capable de causer de réels dommages.

Un personnage violent, complètement fou, qui va plus ennuyer ses adversaires que de leur causer des dégâts physiques ? Qui se déclare super-vilain avant de passer super-héros ? Qui ne comprend rien à rien, qui a sa propre logique et qui va finir par casser le quatrième mur ? Ca ne vous dit toujours rien ? Hé oui, à la lecture de ce Showcase, s’il y a bien quelque chose à réaliser, c’est qu’Ambush Bug n’est ni plus ni moins que le modèle qui servira pour construire Deadpool, sachant que ce dernier, "conçu" par Rob Liefeld, a forcément une composante gore et ultra-violente plus prononcée mais grosso modo Keith Giffen a les mélangés les bons ingrédients pour que tout fonctionne.

Dans ce Showcase donc, on a à peu près tout ce qui a été fait sur le personnage entre sa création en 1982 et 1992 (sachant qu’il y aura une autre mini-série Ambush Bug Year None parue en 2008). On verra comment le personnage, gagnant en popularité, va passer du statut de super-vilain à celui de super-héros de façon complètement idiote puis comment il va gérer sa carrière, bien forcé par les vrais super-héros de ne pas s’impliquer dans leurs petites affaires. Et pour ça, Keith Giffen (avec l’aide de Robert Loren Flemming aux dialogues) va se faire un plaisir d’utiliser les raisons les plus absurdes. En effet, Ambush Bug va passer du côté des gentils parce qu’il pense que Superman est devenu une fille et qu’il a besoin d’un coup de main. Or, ce n’est pas Kal-El qu’il a rencontré mais sa cousine. Comme Schawb a sa propre logique, il va forcément aller au devant des ennuis et être complètement incompris par tous les personnages qu’il croisera.

Ce qui fait de Ambush Bug un titre particulier, c’est aussi qu’il est intimement lié au coeur de la bande dessinée. C’est très rapidement (dans Action Comics #563) que l’anti-héros se permet d’apostropher le lettreur. Puis dans sa propre mini-série, Giffen se mettra lui-même en scène en compagnie de tous les autres personnes réelles responsables du titre (y compris l’éditeur légendaire Julius Schwarz) ce qui lui permettra des délires d’une plus grande envergure encore. Comme quand Jonni DC, la représentante de la continuité de l’univers, l’appellera à l’aide pour vaincre un super-vilain capable de transformer la réalité.

Bref, il y avait tout, absolument tout pour que j’adore ce titre. Sauf que dans tout ce Showcase, il y a des moments qui ne m’ont pas du tout plus. En effet, à partir de la mini-série Ambush Bug, des éléments de grim’n’gritty font leur apparition, comme quand Cheeks, la poupée assignée fils du héros meurt. Il y a là un côté dépressif qui s’insinuera dans le personnage titre et qui ne le quittera jamais. jusqu’à un point où ce côté pourra prendre la majorité d’un numéro sur le comique auquel on pourrait s’attendre. Oui, bien sûr, c’est ridicule de prendre une poupée pour un être humain réel mais dans le monde d’Ambush Bug où celui-ci est complètement à la ramasse, sa détresse est tout à fait crédible. D’autant qu’à cette détresse, s’ajouteront des éléments meta-comics comme la chute des ventes du titre, son éradication de l’univers programmée, qui sont des idées toute autant délirantes mais qui m’ont moins fait sourire.

Je vous conseille aussi de faire des pauses dans la lecture de cet énorme volume car l’overdose peut survenir assez régulièrement, vous faire quitter le bouquin et que vous le repreniez là où vous vous êtes arrêtés ce qui serait une très mauvaise idée. En effet, dans les numéros d’Ambush Bug, vous trouverez moult interruptions dans les histoires par le biais d’apartés des auteurs qui pasticheront aussi bien d’autres titres DC que ceux de la concurrence ou qui paieront un hommage bien senti à certains dessinateurs modèles. Du coup, il devient difficile de garder les idées claires sur qui fait quoi et le modèle de sketches à la Liquid Tv, bourré d’interruptions, va rapidement vous faire perdre le fil.

Ce qui est aussi dommage, mais là, c’est plus une erreur éditoriale qu’une erreur créative, c’est que, format Showcase oblige, on perd la couleur du titre. Ce n’est pas pour minimiser le travail superbe de Keith Giffen (capable de singer bon nombre de dessinateur, y compris des mangakas) et de ses encreurs Bob Oksner, Sal Trapani, Kurt Schaffenberger, mais plus on va arriver loin dans le showcase et plus la lecture des pages va être compliquée. En effet, non seulement, il arrivera au héros de changer de couleur mais certaines cases où on ne verra qu’un oeil seront difficilement lisibles suite au style du dessinateur qui va, je suppose, en dessiner le moins possible pour se reposer sur la colorisation. Il en résulte un ralentissement de la lecture pour essayer d’identifier ce que l’on voit et pourquoi ça se trouve là. De mon côté, c’est quelque chose avec lequel j’ai beaucoup de mal quand je lis une bande dessinée.

Au final, ce volume d’Ambush Bug est indispensable pour tous les lecteurs qui aiment les comics comiques et quand le genre pète les plombs, surtout que cela doit être l’une des premières fois que le procédé d’explosion du quatrième mur doit être utilisé dans un titre qui ne se veut pas parodique (du moins dans son fond, car dans sa forme, oui, il y aura aussi des moments de grosses parodies). Ceci étant, il faut aussi être au courant qu’il y a des ruptures de rythme et de ton à prévoir. En espérant qu’un jour, peut-être, DC redonne de la couleur à ses bandes dessinées. En attendant le bouquin dont je vous parle semble épuisé et du coup, si les numéros d’Ambush Bug sont disponibles en numérique, ce format pourrait être une bonne alternative et une meilleure approche de tout le travail de Giffen.