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Bad Karma Vol. 1

samedi 13 août 2016, par Mathieu Doublet

(Auto-produit / Alex Grecian, Jeremy Haun, B. Clay Moore & Seth Peck / Shane White, Jeremy Haun, Nathan Fox, Andy McDonald, Tigh Walker, Mike Tisserand, Andrew R. MacLean, Phil Hester, Christopher Mitten, Alejandro Aragon, Brian Koschak, Kevin Mellon, Cory Smith & Shaky Kane)

Il était une fois une équipe de scénaristes qui voulait créer un travail ensemble. Alex Grecian (Proof), Jeremy Haun (The Beauty), B. Clay Moore (Hawaiian Dick) & Seth Peck (’76, Sorrow, Fear Itself : Wolverine) se mettent donc au boulot. Mais ils s’aperçoivent
assez rapidement que leur collaboration n’est qu’un assemblage de récits n’ayant pas forcément de traits communs, qu’il s’agit d’une anthologie mais pas véritablement d’un travail où chacun aurait mis son grain de sel. Qu’à cela ne tienne, en plus de tous les récits
déjà produits, il y aura une histoire sur laquelle tous les scénaristes vont collaborer. Il s’agira de The 9th Life of Solomon Gunn, une histoire étrange de personnage ayant vécu des vies différentes dans des réalités parallèles et affrontant plein de dangers. Mis à part, le très court
récit d’ouverture "The Artist", l’histoire commune mettra en scène le Kraken, cet ennemi qui restera invisible tout le reste du livre mais qui sera le moteur de toutes les convictions et actions de personnages plus barrés les uns que les autres. Une ambiance très lovecraftienne qui
aura une traduction sous forme de bande dessinée bien sûr mais aussi de courtes nouvelles de prose, qui sont facilement lisibles.

Bad Karma navigue donc dans une eau très lovecraftienne avec des héros qui sont très souvent complètement dépassés par les événements. Des losers qui seront tous très attachants et souvent moralement ambigus. Parmi eux, James Bentley, le héros de Hellbent, un flic corrompu dans une Angleterre victorienne ;
Middleton, un détective qui doit collaborer avec une version plus jeune de lui-même ; Jack Boxer, un autre détective travaillant au noir pour la police locale et enfin, les Chaos Agent qui ont chacun leur destinée propre mais qui travaillent tous pour quelque chose qui semble néfaste au premier abord.
Le format court de l’anthologie est un format très particulier puisqu’on a souvent peu le temps de s’attacher aux personnages mais avec des stéréotypes connus (aussi bien dans les héros que leurs adversaires), on est aussi en terrain familier. Ceci étant, je n’ai pas eu l’impression de lire la même chose
ni dans les récits en eux-mêmes (certains ont une conclusion originale et assez peu cathartique) ni par rapport à des choses déjà publiées. C’est déjà un joli tour de force en soi. Ensuite, ce qui est agréable, c’est qu’on a envie d’en savoir plus sur les personnages, sur ce qui vont leur arriver. A ce titre,
Bad Karma est un peu comme une bande annonce géante de séries qui pourraient avoir une publication plus régulière. Pour toutes les "franchises", on nous donne à lire des histoires qui sont séparées par le temps ou par le lieu, cela donne de la richesse à l’ensemble et attise la curiosité. Je ne serais pas contre
une série sur Middleton ou bien sur les Chaos Agent.

Il faut aussi dire que les scénaristes sont accompagnés d’artistes qui ont (depuis) largement fait leurs preuves que ce soit dans des comics publiés ou dans des auto-productions. On retrouvera donc Shaky Kane (The Bulletproof Coffin->1252] en guise de conclusion dans un récit très acide concernant les super-héros,
un Christopher Mitten (Wasteland, Queen & Country Declassified, Criminal Macabre) en forme, et on pourra découvrir le travail de Tigh Waler qui ne sera pas sans rappeler quelque part celui de Mike Huddleston. Peu importe l’artiste, chacun trouvera à rendre de très belles copies avec des styles différents. Si certains sont
plus passe-partout que d’autres (je pense au travail de Mike Tisserand sur Chaos Agent, qui fait tout à fait son travail mais qui reste assez commun), cela fait tout de même plaisir aux yeux, voire même les réveille carrément (les personnages d’Andrew R. MacLean (Head Lopper) rappellent certaines créatures ou designs déjà aperçus dans
des choses comme Liquid TV).

Bad Karma est donc une excellente anthologie tirée d’un projet Kickstarter qui n’a pas encore eu de suite malgré son succès. Il est bien dommage que les créateurs ne se soient pas lancés dans leurs séries propres car elles méritent toutes un développement plus poussé.