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Earthward Vol. 1

vendredi 5 août 2016, par Mathieu Doublet

(Whrilygig Entertainment / Bryan Q. Miller / Marcio Takara)

Les cachés sont une race d’extra-terrestres qui ont, il y a bien longtemps attaqué la Terre et l’ont complètement détruite et annexée.
Mais les Terriens ont eu le temps de s’échapper et de parcourir l’espace à la recherche d’un nouvel espace à habiter. C’était il y a 500 ans et désormais,
la Terre n’est plus qu’une légende lointaine. Au sein de la communauté il a deux grandes faction : l’armée et la science et les uns se méfient beaucoup des autres.
Voilà pourquoi les scientifiques essaient de se faire discrets quand ils s’arrêtent sur une planète où les militaires font des vadrouilles régulières.
C’est bel et bien ce à quoi assistent les Mercury Six, un groupe de six enfants accompagnés d’un robot nounou. Leur souci se concrétisera quand ils reviendront de leur mission
pour récupérer des victuailles : il n’y a plus personne à bord de leur vaisseau. Comprendre par là que leurs parents ou leurs proches se sont barrés. Et si les adultes ont choisi de
prendre des capsules de secours sans laisser de message préalable, c’est qu’il y a un gros problème. Forcément, les jeunes vont devoir faire avec et se rendre compte qu’ils ont
avec eux un secret bien gardé qui va attiser moult convoitises.

Earthward est un projet Kickstarter initié par le scénariste Bryan Q. Miller (un très bon run sur Batgirl, Smallville - le comics).
Au programme, on a un peu droit à une version de Seuls, la BD franco-belge, met dans l’espace. Ce premier volume met donc en scène une équipe de jeunes aux caractères bien trempés et extrêmement bien caractérisés. Miller
va faire en sorte que chacun des enfants aient son mot à dire et sa propre fonction (même si les deux frères / sœurs / jumeaux comptent pour un). Passées ses particularités qui servent à la fois de déclencheurs de péripétie
ou de moyen d’échapper à une catastrophe, le scénariste travaille aussi l’aspect familial qui va unir tous ces personnages. L’équipe est déjà fonctionnelle et il ne faut pas beaucoup d’efforts pour s’attacher aux héros.
Du côté des vilains, il y a bien entendu les Cachés qui restent encore comme des images d’Épinal et dont la menace n’est pas tangible. Certainement moins en tout cas que celle des militaires dont le supérieur présenté a une tête
de vilain vraiment vilain. C’est peut-être le seul bémol par rapport aux personnages, ils ne sont pas très ambigus.

Marcio Takara est un dessinateur qui a le vent en poupe et dont les dessins gagnent de plus en plus de visibilité. Il a démarré sur l’adaptation des Incredibles (le film de Pixar) pour continuer chez Boom sur Incorruptible avant de démarrer
une carrière chez DC avec Blue Beetle, Smallville ou encore quelques numéros de The Flash. Il travaille actuellement sur All-New Wolverine après avoir signé les planches de Armor Wars. Takara a un style vraiment très personnel avec une conception
très précise des personnages. Son trait est un mélange de différences inspirations et comme chez beaucoup d’artistes, on y verra un mélange comics-manga et probablement aussi tout une inspiration issue des travaux de Michael Turner et des gens de
chez Aspen. Mais comme chez les artistes qui ont du talent ou chez qui on peut retrouver une vraie personnalité, toutes ses inspirations ont été digérées afin de produire quelque chose de particulier.
Et tout ce travail se retrouve bien évidemment sur Earthward. Mise en page explosive, effort particulier sur les visages des personnages avec beaucoup d’expressions variées (le travail de conception de personnages est disponible en fin de bouquin) et s’il y avait
une chose à regretter, ce serait l’absence de décors que l’on peut aussi concevoir de façon assez pratique par le côté épuré des milieux science-fictionnesques. Pour le reste, c’est du tout bon.

Finalement, Earthward est un grand comic-book d’aventure avec des personnages sympathiques et une aventure qui ne demande qu’à être développée. C’est aussi ce qui est dommage : il ne s’agit que d’un premier tome et depuis 3 ans, on n’a pas eu beaucoup de nouvelles
par rapport à une suite. Il y a fort à parier que les créateurs doivent assurer leurs fins de mois et que ce genre d’aventures Kickstarter demandent suffisamment d’argent mis de côté pour que tout le monde soit payé et que le bouquin ne soit pas arrêté pour de sombres
histoires d’argent. Sachant que le premier tome n’a pas énormément cartonné (+33% par rapport à l’objectif, donc comprendre pas grand chose une fois que tous les frais imprévus ont été réglés), il va falloir être patient pour pouvoir lire la suite. Dommage qu’un éditeur
indépendant ne se décide pas à republier Earthward et lui donner une seconde chance.