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Cat Claw #1-9

mardi 2 août 2016, par Mathieu Doublet

(Eternity / Bane Kerac)

Carol Conor est une étudiante zélée qui, contrairement à sa colocataire Jeannie, préfère se cloîtrer dans son laboratoire plutôt que d’aller
faire la fête jusqu’au bout de la nuit. Mais alors qu’elle revient sur son lieu de travail, elle entend du bruit provenant d’un bureau voisin.
Un chat détale, la griffe en passant et s’échappe suivi par le professeur de Carol. Celle-ci arrive dans le bureau et cherche à éteindre la machine.
Mais pensant bien faire, la jeune femme se prend une dose de rayon provenant de la machine, ce qui la met K.O. Elle rentre tant bien que mal dans sa chambre et
entend les cris de son amie qui vient de retrouver des gros lourds qui ne comprennent pas que "non" veut dire "non". Carol se sent possédée par une impression
étrange et part à la rescousse de son amie. Elle possède désormais des pouvoirs relatifs au chat dont des réflexes et une souplesse hors du commun ainsi qu’une force
surhumaine. Cat Claw est née ce qui ne va pas être tous les jours faciles, surtout quand le stress arrive lors d’un examen ou que la police la prend pour une vulgaire
voleuse.

Je suis tombé sur ce titre quand j’ai eu accès au fond de feue la boutique Actualités. J’y ai trouvé non pas des pépites de raretés en matière de comics mais pas mal de
bandes dessinées d’éditeurs ayant mis la clé sous la porte et qui promettaient des trucs sortant de l’ordinaire. Pour le coup de la sortie de l’ordinaire, on ne peut pas
vraiment dire que Cat Claw soit vraiment unique. En effet, Bane Kerac écrit et dessine les aventures d’une justicière dont le costume est très limité (un soutien-gorge, une culotte,
des bas résilles et hop, c’est parti) qui trouvera en plus le moyen d’abîmer son costume. C’est vous dire ce qui reste en fin de parcours. L’héroïne est bien sûr une femme
qui s’assume pleinement et qui va mettre la pilée à pas mal de mecs brutaux et très "testostéronés". De quoi mélanger le côté très machiste du graphisme au propos féministe de l’histoire.
Mais Kerac réussit à faire en sorte que tout cela se lise très bien, grâce à une utilisation du code des comics. Non seulement, il y a des descriptifs qui prennent le lecteur à parti, mais
beaucoup de personnages se basent sur des ressorts comiques (dont l’inspecteur en chef hypocondriaque pour lequel l’humour est très répétitif - se limitant souvent au principe "je suis trop
vieux pour ces conneries"). L’intrigue va avancer tant bien que mal, Cat Claw rencontrant au fur et à mesure de sa carrière des ennemis de plus en plus puissants mais surtout à la limite de la parodie
(le Catminator va jusqu’à singer Schwarzenneger dans son identité civile).

Il faut aussi dire que le format (3 histoires d’une dizaine de pages) change un peu la donne et permet à Cat Claw de disposer d’un effet feuilletonnant qui lui va à merveille. Car ce comic-book
n’en est pas un d’un point de vue formel. Si c’est bien un éditeur américain qui a publié Cat Claw (Eternity, soit la branche "adulte" de l’éditeur Malibu), il s’agit en réalité d’une bande dessinée yougoslave
(oui, oui, c’était avant le conflit qui a mené à la séparation du pays) et Kerac est en réalité Serbe. On comprend du coup un peu mieux le côté très comédie qui imprègnent les pages et les clins d’œil réguliers
dans les décors.
Car Kerac va soigner ses planches et ne pas se limiter à dessiner son héroïne (et beaucoup de femmes d’ailleurs) dans leur plus simple appareil. En effet, dans les années 90, la mode des bad Girls permettait à à peu
près n’importe quel bonhomme dessinant une héroïne à gros seins de vendre des milliers de comics. Vampirella, par exemple, en fera les frais quand elle ressortira de son caveau chez Harris, tous les dessinateurs la prenant
en main, ne se valant clairement pas. Au moins, chez Kerac, il y a véritablement de très jolis dessins et une mise en page qui déborde d’énergie (découpage des cases irréguliers, personnages débordant des pages, ...). Bref, plein
d’effets qui sont aujourd’hui communs mais qui à l’époque devait surprendre (Miller n’est pas très loin) et surtout qui reste maîtrisé et lisible (pas comme ce qu’on a pu lire chez Image où le découpage était parfois à la limite de
la lisibilité).

Cat Claw est donc un "faux" comic-book qui contient un côté sexploitation (pas toujours centré sur les femmes, les personnages masculins ayant aussi parfois leur scène de douche - juste moins souvent) mais qui se rattrape par son côté comique assumé et
la qualité réelle de son dessin. Il est fort dommage qu’Eternity n’ait pu aller jusqu’au bout de la série suite à la guerre en Yougoslavie. En VO, il restera de quoi remplir 3 numéros mensuels avant que Kerac n’arrête de dessiner son héroïne.
En français, cette bande dessinée a eu les honneurs de la publication sous le nom très classe de "La Chatte" chez l’éditeur Frou Frou (apparemment, une division de Comics USA).