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I Hate Fairyland #1-5

mardi 19 juillet 2016, par Mathieu Doublet

(Image Comics / Skottie Young)

C’est un monde enchanté où des petits lapins cueillent des fleurs pour faire plaisir à leur maman ; c’est un monde merveilleux où tous les
bonbons roses permettent d’accomplir des miracles ; c’est un monde magique où après quelques notes sifflées, tous les animaux rappliquent pour
chanter en coeur. C’est le monde dans lequel est enfermé Gertrude, une petite fille d’un peu moins de dix ans qui a souhaité un jour atterrir
dans un monde féerique. L’angoisse qui l’a gagnée ce jour-là n’est jamais vraiment partie. Et elle cherche toujours la clé magique censée la faire
revenir chez elle et dont le périple épique ne devait durer que le temps d’une journée. Sauf que ça fait maintenant vingt-sept ans que Gertrude est
coincée à Fairyland et qu’elle l’a franchement mauvaise. Quand la reine Cloudia (jeu de mots entre Claudia et nuage) voit que la petite fille a massacré
la Lune et filer quelques étoiles, elle aussi est en colère, sauf qu’elle ne peut pas toucher un cheveu de Gertrude selon les lois de Fairyland. Par contre,
rien n’indique qu’elle ne peut pas engager quelqu’un pour lui faire mal, très mal ...

Série en creator-owned de Skottie Young (qui s’est surtout fait remarqué chez Marvel pour ses couvertures "babies"), I Hate Fairyland part d’un concept qui garde
à la fois toute sa loufoquerie et en même temps une certaine logique (qui pourrait rester vingt-sept ans dans un monde pareil sans péter les plombs). Là dessus, Skottie
Young va nous raconter le périple de Gertrude qui va consister à massacrer à peu près tout le monde, que ce soit des genres d’assassins, des zombies ou encore des personnes
qui passent par là et qui morflent sur un malentendu. La plupart des numéros va s’ouvrir sur un texte en voix-off et le narrateur va y laisser sa peau dans 99% des cas.
Et la petite fille aux cheveux verts ne va pas y aller avec le dos de la cuillère, en essayant en général de faire le plus de dégâts possibles et que ça soit le plus craspec
possible. Petites natures s’abstenir : même si tout ça reste finalement assez drôle, c’est très mais alors très très gore et très très détaillé. Young y va franco mais laisse
quelques passages hors-champs, notamment tout ce qui concerne les cliffhangers où Gertrude est promise à une mort certaine. Le numéro suivant, elle s’est débarrassée de son adversaire
sans que l’on ait été témoin du fait mais vu le résultat, ne pas croire qu’elle a éliminé elle-même ses adversaires serait assez dangereux.

J’ai déjà débordé sur l’aspect graphique de cette série et autant dire que c’est un régal pour les yeux. Young réussit à marier des éléments tout choupinous, tout moelleux, tout pelucheux
et à partir de ce moment, y colle un des deux traitements suivants : soit il le détruit de la façon la plus abjecte qui soit, soit il le transforme en créature monstrueuse bourrée de dents et
de griffes qui va faire des ravages. Le côté "tout petit, tout mignon" était déjà bien maîtrisé par l’artiste et celui des monstres à la "Monstres & Cie" ou à la Tim Burton avait pu parfois
transparaître dans les précédentes oeuvres de l’artiste. Là, c’est tout le concept démultiplié, exacerbé et l’artiste va visiblement se faire un plaisir de dessiner tout ce beau monde dans l’état
le moins flatteur qui puisse être. Gertrude, elle-même, va souvent en prendre pour son grade, quitte à gagner quelques yeux pochés ou perdre la moitié de sa dentition.
Celui qui est crédité sur les couvertures et qui apporte certainement une énorme valeur ajoutée, c’est Jean-François Beaulieu, le coloriste des planches. C’est aussi grâce à lui que Fairyland et ses
personnages semblent aussi adorables. Chaque partie de l’univers féerique a ses codes couleurs et ceux-ci sont adorablement variés, exacerbant ce que Gertrude peut ressentir. Le tout donne un relief au trait
de Young et le rehausse parfaitement.

Au final, le mélange gore / mignon remplit complètement son effet et il n’y a jamais au grand jamais mensonge sur la marchandise. Peu de surprises aussi, c’est vrai et la lecture de I Hate Fairyland sera rapide
si vous vous en tenez à l’intrigue (le final du numéro 5 devrait quand même vous faire sourire). Mais si vous aimez les personnages acides massacrant des adversaires improbables à longueur de pages ainsi de très jolis dessins,
la série devrait vous convaincre.

P.S. La série se porte très bien en mensuel (79ème meilleure vente pour le numéro 5), on devrait avoir encore pas mal d’épisodes à lire avant que Young ne se décide à arrêter.