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Black Widow (2010) #1-8

mercredi 18 mai 2016, par Mathieu Doublet

(Marvel Comics / Marjorie Liu & Duane Swierczynski / Daniel Acuna & Manuel Garcia)

Lu en numérique.


Quand la Veuve Noire reçoit une Rose Noire de façon anonyme, elle se dirige tout naturellement vers Black Rose, un ancien espion tout comme elle, qui s’est reconverti dans l’enterrement des petites gens. Après tout, à chacun son hobby. Mais l’ancien compagnon de jeu de Natasha Romanova est bien en peine de lui dire qui lui a envoyé cette fleur. Un peu plus tard, voilà Natasha attaquée par une vieille femme qui sait visiblement manier sa canne-épée. L’ancêtre aura joué son rôle et voilà l’espionne endormie afin de lui ouvrir le ventre et lui piquer quelque chose qu’elle avait enfoui bien au fond d’elle. Cela fait beaucoup pour Romanova qui va être obligée de suivre piste après piste pour savoir qui lui a fait tout cela. Elle emmènera dans son sillage, non seulement son amant actuel Bucky Barnes, mais aussi bon nombre d’hommes ayant réchauffé son lit à défaut d’avoir réchauffé son coeur.

Marjorie Liu tape fort avec cette mini-série en six parties qui lançait une série que Marvel espérait bien régulière. Dans "Le nom de la rose", elle va déployer une intrigue d’espionnage relativement classique qui a plus pour but de travailler le personnage de Black Widow que de réellement nous proposer quelque chose d’original, d’autant plus quand on vient de lire les aventures précédentes de l’espionne russe juste avant. En se permettant d’écrire un passé flou, Liu va donner un peu plus d’épaisseur au personnage et l’affiner en y mettant plus qu’un visage impassible et une absence d’émotions.
Ceci étant, la scénariste va tout de même y aller franco dans les scènes d’action et Romanova sera toujours sans pitié contre ses ennemis ou tout allié potentiel qui se mettra dans son chemin. Car oui, une fois de plus, la Veuve Noire sera seule contre le monde entier avec une petite péripétie digne d’un Batman époque Infinite Crisis. Elle soigne donc le personnage de femme forte que représente l’espionne repentie et, en tant que scénariste féminine, aura accès à d’autres femmes puissantes telles qu’Elektra ou Lady Bullseye, quand bien même ces scènes sont très furtives.
Tout cela nous mènera à une conclusion "grand méchant révélé et baston finale" très satisfaisante, même si, en regardant ce grand méchant, on pourrait se demander si l’histoire ne pourrait pas convenir également à la Distinguée Concurrence en changeant quelques personnages. Le travail de la scénariste est d’autant plus propre qu’elle fait bien attention à nettoyer en partie son héroïne, de façon à ce que ses secrets soient partiellement excusés par ses camarades de jeu.

A noter que le premier numéro de la série est accompagné d’un supplément Black Widow Saga qui reprend grosso modo tout ce qu’il y a à savoir sur le personnage qui a un passé très malléable sachant qu’il est composé de souvenirs partiellement véritables, partiellement construits (ce qui peut expliquer certaines scènes mélancoliques du premier TPB).
Duane Swierczynski aura la dure tâche de construire une histoire qui tienne debout et qui réussisse à suivre cette très bonne mini-série. Le pauvre scénariste sera coupé dans son élan puisqu’il ne tiendra que trois numéros avant que la série ne soit interrompue par un crossover avec la série Hawyeye & Mockingbird. Malgré le succès critique de la série, les ventes sont suffisamment basses pour que Marvel ne continue pas la série qui s’arrêtera donc au numéro 8 avant un nouveau reboot. A vrai dire, en trois numéros, Swierczynski a le temps de développer une intrigue classique qui n’a que le défaut d’être interrompue par le crossover. Bien entendu, on est dans l’archi-classique avec un homme à défendre et un ennemi invisible ayant de grandes possibilités. D’autres espionnes féminines seront de la partie, affronteront la Veuve Noire avant de s’allier avec elle. Là où on peut se demander si le scénariste était au courant de la coupure de son histoire, c’est quand il largue le colis de la Veuve Noire de manière très subite. Le jeune homme est d’ailleurs sorti de l’histoire de façon très comique et violente, tout en ayant un commentaire en voix-off quelque peu obscur. Est-ce que Swierczynski se débrouille pour clore tout ce qu’il devait après des ordres éditoriaux ou bien bâcle-t-il le travail ? Seuls les initiés auront la réponse.

La partie graphique est grosso modo en accord avec les scénaristes et l’importance que Marvel leur accorde. Pour la mini-série introductive, on a le droit à un Daniel Acuna au style graphique forcément accrocheur. D’autant que l’artiste garde sa patte avec son travail si particulier sur la couleur semblant faire partie intégrante de la composition des pages. L’effet m’a d’autant plus plu que j’ai trouvé les pages dynamiques comme il le fallait et le trait du dessinateur plus fin qu’avant. J’ai trouvé que Natasha était diablement jolie et gardait tout son charme même dans des moments plus tendus. Alors OK, c’est du "eye candy" comme on dit mais je trouve que ça reste dans le cahier des charges et loin d’être contradictoire avec le manifeste "girl power" que constitue "Le nom de la rose". Les autres personnages ne sont pas en reste, y compris les rôles masculins mais là, on peut aussi féliciter les concepteurs originels qui y ont su donner à leurs personnages des caractéristiques propres (faudra que je me renseigne sur le fait que Bucky Barnes ne porte pas son bras bionique dans ce récit).
La seconde partie est laissée aux bons soins de Manuel Garcia qui, malgré toute l’estime que je lui porte, surtout quand on voit tout le travail accompli depuis Strangers, reste un dessinateur à qui on laisse les mini-séries et les remplissages chez Marvel. Forcément, le style est plus direct, plus années 90 avec toutes les exagérations que cela implique (je pense notamment à quelques plans fan service un peu trop visible). Ceci étant le travail est très correctement fait.

J’imagine bien tout l’aventure éditoriale avec les péripéties réelles qui se sont retrouvées au moment de mettre la série sous presse. Le genre de pari légèrement raté qu’il faut savoir gérer par la suite. Avec "The Name of the Rose", Black Widow se paye un récit quasi-canonique à condition bien entendu qu’il soit respecté par la suite. Et forcément, les numéros qui passent derrière ont un goût d’anecdotique, d’autant plus qu’on ne leur laisse pas une grande chance.

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