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Contropussy

jeudi 12 mai 2016, par Mathieu Doublet

(IDW / Emma Caufield & Camilla Outzen Rantsen / Christian Meesey)

Lu en numérique.


Il fait parfois bon être un chat de luxe. C’est ce que se dit Sonnet quand sa maîtresse va enfin dormir et qu’elle peut enfin sortir vivre sa vraie vie, celle de Contropussy. Une vie pas toujours idéale, mais une vie qu’elle choisit en chatte responsable et indépendante. Dans un Hollywood qu’elle connaît comme sa poche (aussi bien les coins huppés de sa maîtresse que les coins mal famés où se tiennent beaucoup de paris clandestins), Contro mène sa barque en compagnie de Maxine, une chatte dépendante d’à peu près tout ce qui peut se faire sur Terre et de Chandelier, un oiseau plutôt particulier qui joue plus les choeurs de tragédie grecque qu’un rôle d’ami.

C’est tout pour le pitch ? En fait, oui, et c’est tout le gros problème du bouquin (on y arrive vite quand même !) : un manque de clarté au niveau éditorial. Car si Contropussy pèse ses 118 pages avec un format à l’italienne (dont 93 de pure bande dessinée), il les présente en un gros bloc dont j’ai cherché le sens. En effet, il existe plusieurs chapitres (présentation, histoire de maison close avec la présentation de l’ennemie numéro un de Contropussy, une lapine samouraï - version pervertie d’Usagi Yojimbo ?, et enfin récit de manipulation politicienne où Contropussy va être hypnotisée pour jouer le rôle d’un équivalent animal à Sarah Palin). Le gros souci donc, c’est qu’il n’y a aucun découpage entre les histoires et aucune transition non plus entre elles. Difficile donc de remettre le cerveau à zéro, un cerveau qui cherchera tant bien que mal à lier tous les événements sans y arriver.

Pour le reste de l’écriture, disons que Contropussy est un album qui doit certainement éclater ses auteures (Emma Caufield plus connue pour avoir joué dans Buffy, la tueuse de vampires et Camilla Outzen Rantsen, scénariste et comédienne dont j’ai du mal à trouver plus d’infos) et potentiellement tous les gens qui traînent à Hollywood et qui verront dans ce comic-book beaucoup de clins d’oeil et de coups de dents. Pour le lecteur non-intronisé à cette scène si particulière, il faudra soit avoir un DEA en "Potins & Gotha", mention Américaine, soit passer complètement à côté de toutes ces allusions. Les histoires en elles-mêmes sont plutôt pas mal écrites, allant en ligne droite et ne s’épargnant pas quelques scènes d’action à ranger du côté de la parodie qui font toutefois leur petit effet.

Si j’ai pris ce livre quand l’occasion se présentait (comprendre "en promotion"), c’est que l’éditeur IDW prend parfois de drôles de risques et propose des albums hors-normes et qu’il y avait une couverture très prometteuse. L’artiste Christian Meesey (ou Meesimo à en croire son site perso avec une revue large de ses capacités graphiques - il y a même un webcomic gratuit à lire) joue la carte de la caricature avec un style graphique rond mais qui va forcer aussi le trait dès que la violence va apparaître. Il y a un côté très trash (que je rapprocherais de Crumb et son Fritz the Cat, même si on en est à cent mille lieues) qui ne couvre pas non plus le fait que tout est très joli. Le dessinateur allie les détails à une allure parfois très rough des décors mais en restant d’une lisibilité incroyable. Ceci étant, si chaque page est tout à fait compréhensible même sans le texte, là encore, la continuité de l’ouvrage peut parfois poser problème. La mise en page comportant très peu de cases aurait peut-être gagné à en inclure un peu plus pour mieux raconter l’histoire.

Et là, vous me direz que je suis sévère mais pour tout vous dire, j’ai relu cette histoire trois fois avant de comprendre de quoi retournait le bouquin. Au moins, à mettre au crédit de l’ouvrage, ça se lit vite et sans douleur. Mais la blague se révèle mal produite et peut-être un peu trop fermée sur le monde que connaissent les auteures. Si on sent le côté "grinçant" et caricatural, il n’est pas suffisamment universel pour que cela fasse mouche sur toute la longueur.

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