Onirique Comics 7.1

Accueil > Para-comics / Meta-comics > Films / Séries TV > Batman vs Superman (2016)

Batman vs Superman (2016)

dimanche 10 avril 2016, par Mathieu Doublet

un film de Zack Snyder, écrit par Chris Terrio et David S. Goyer.
Avec Ben Affleck, Henry Cavill, Amy Adams, Jesse Eisenberg, Diane Lane, Laurence Fishburne, Jeremy Irons, Holly Hunter, Gal Gadot, ...

Bruce Wayne débarque à Metropolis au moment où Superman se fritte contre le général Zod. Et Bruce, il est fâché, très fâché, surtout lorsque Superman et son ennemi lui casse son bel immeuble, juste au moment où le patron avait enfin donné la permission à son équipe de quitter les locaux. Alors Bruce va chercher un moyen d’éliminer cet être beaucoup trop puissant pour être bon. Ca tombe bien, un de ses concurrents a grosso modo la même idée, il s’appelle Lex Luthor qui essaie de convaincre des politiques du bien fondé de son idée. Mais quand ceux-ci se disent qu’il faudrait peut-être utiliser une voie un peu plus diplomatique et ne pas créer tout de suite une arme de prévention, le magnat de Metropolis va tirer les ficelles pour que tout le monde se tire dans les pattes.

En un paragraphe, voire même avec la seule première phrase, vous aurez compris que je n’ai pas aimé le film de Zach Snyder. J’ai été assez fanboy et assez stupide pour écouter les avis qui grosso modo annonçaient "on n’a pas besoin de l’avis de critiques ciné, on peut se faire notre avis nous-mêmes, allez voir le film". La prochaine fois que je lis ça, je passe à autre chose. Et puis, il y a les avis des amis qui écrivent que "bon, finalement, c’est pas si pire que ça". En fait, si.

Je ne parle pas de l’adaptation d’un comic-book en film, d’un quelconque respect de la continuité, de ce qui a été fait avant. J’ai réussi à en faire mon deuil et à comprendre ce qu’était qu’une "adaptation". Sauf que, là, avec Batman versus Superman, on prend deux personnages iconiques et on en fait carrément autre chose. C’est peut-être ce qu’il faut dire aux spectateurs qui sont aussi lecteurs de comics. Vous n’aurez pas devant vos yeux des héros que vous connaissez mais des modulations de ceux-ci et franchement, des modulations pas heureuses du tout.

C’est parti, je spoile. Tant pis pour vous, si vous lisez ce qui suit. En même temps, si vous connaissez les comics, il n’y aura pas beaucoup de surprises.

Tout d’abord, le massacre de Metropolis, vu dans Man of Steel, n’est absolument pas remis en cause. Il permet par contre deux choses. La première, c’est de mettre en scène Batman qui cherche donc à éliminer cet être supérieur incontrôlable. C’est grosso modo l’idée de base qu’on retrouve aussi sur le papier de nombreuses bandes dessinées, voire même adapté à chaque super-héros (juste avant Infinite Crisis, on avait eu le méga-scandale des dossiers Batmanesques avec ses plans de secours au cas où un super-balèze péterait les plombs). Mais là, dans BvsS, ça n’est pas tout à fait expliqué comme ça. Non, il faut que Bruce débarque à Metropolis en pleine attaque, il fonce droit là où ça explose le plus et qu’il voit son beau building s’écrouler pour être particulièrement en colère. Pourquoi faut-il qu’il soit sur place ? Ne suffirait-il pas de le voir lire les annonces dans les journaux ou de le voir regarder, complètement désespéré, une chaîne d’info en continu ? Non, il faut qu’il soit là, qu’on lui casse son joujou, pour qu’il veuille se venger.

Et ça ne sera pas la seule fois que Batman la jouera ras du front. Ca n’est pas compliqué, il est dépeint exactement comme Lex Luthor avec les mêmes enjeux. Sauf que c’est Batman, alors on imagine qu’il a de bonnes raisons pour le faire. On passera sur les rêves qu’il fait (le délire d’ouverture avec les chauve-souris n’est peut-être pas ce qu’il fallait pour mettre les fanboys dans sa poche, tellement ce moment qui rappelle les origines du Chevalier Noir est particulièrement ridicule). Des rêves qui sont parfois plutôt pas mal trouvés (la scène avec le sang et le vitrail aux couleurs de Superman) et raccord avec le thème du film, parfois complètement "hein ? quoi ? depuis quand il est precog, Batman ?" (la scène prémonitoire avec un Flash en mode Crisis).
Sans parler de la scène de p’tit-dèj’ au Château Margot, du fait qu’il envoie balader ses armes n’importe où (surtout de la Kryptonite super rare), qu’il est incapable de comprendre ce que Luthor a derrière la tête, ni du fait que le Batman étudie longtemps ses ennemis avant de leur mettre une dérouillée. Les scènes d’entraînement sont à la fois jubilatoires mais aussi complètement ridicules. Reste une scène un peu plus sympathique que les autres, c’est quand Batman se fritte contre des petits hommes de main. Bon, OK, c’est une scène d’action qui est filmée avec les pieds, complètement illisible, mais au moins on voit des poses iconiques comme le Batman qui débarque en explosant une vitre, toute cape dehors. Ah oui, j’oubliais un autre point : on a une version très décomplexée de Batman qui se fera un malin plaisir à éliminer physiquement les méchants, même avec des flingues (surtout avec des flingues et surtout en causant le plus de dommages possibles).
Il le dit lui-même, ça fait douze ans qu’il court après les vilains, que ça ne sert pas à grand chose et qu’il est un criminel. On est donc dans le cas d’un Batman qui a complètement pété les plombs qui ne verra s’arrêter sa folie destructrice qu’à la seule évocation du prénom de sa mère.

Superman / Clark Kent n’est pas beaucoup plus soigné mais on en avait déjà la preuve pendant Man of Steel. On a donc exactement le même personnage, dix-mois après sa "première" apparition à Metropolis. En tant que Clark Kent, il n’est pas très curieux, même quand il entend Bruce Wayne préparer un mauvais coup. Et bien entendu, il faudra qu’il arrive au mauvais moment (c’est à dire au moment où il ne se passe rien) pour suivre Batman. Alors bon, apparemment, il a perdu sa vue à rayons X qui lui permet de tout observer. Dommage. Au niveau des pouvoirs, on notera que son ouïe est très très sélective. Capable d’entendre une Lois Lane en danger, il ne sera nullement à localiser sa mère quand celle-ci sera la cible de terribles mercenaires. Alors, OK, il n’a pas de pouvoirs, on ne les montre jamais, on considère que bon, la panoplie n’est pas complète. Mais quand un personnage ne se sert de ses capacités que lorsque le scénario en a besoin, je dis non. On pourra dire "oui, mais c’est un Superman jeune, qui ignore toutes ses possibilités". Mouaif, ça fait quand même des années qu’il les a, ces pouvoirs, et il les a forcément utilisés ne serait-ce qu’à des fins récréatives, hein.
Ensuite, c’est un personnage qui est conscient de sa suprématie. Il lui manque simplement un tout petit peu de diplomatie, voire d’intelligence. Oui, lors de son combat contre Batman, il cherche à parler mais lorsqu’il a le dessus et qu’il pourrait expliquer son point de vue, sa réplique c’est "stay down". Couché, Batman, couché ! Il pourrait contrôler Batman très simplement et tout lui expliquer mais bon, ça serait trop simple. On est loin, très loin d’un Superman solaire et zen qui peut tout encaisser avec le sourire et qui dit ensuite ce qu’il a à dire.

Concernant Luthor, il n’est ni plus ni moins qu’une espèce de Joker, un tout petit moins chaotique. S’il tire les ficelles de manière assez habile, c’est pour subir une coupe au niveau du scénario (le passage dans le vaisseau Kryptonien de Zod qui lui apprend, probablement sinon comment le saurait-il, l’identité civile de Superman et donc tous les pouvoirs sur celui-ci). La scène finale, où il prétend avoir fait appel à des gens venus de l’espace est non seulement complètement out-of-character (Lex Luthor cherche à ce qu’il y ait moins d’extra-terrestres sur Terre, pas plus) et complètement obscure (on va dire qu’on risque de voir prochainement Darkseid et les New Gods).

Le combat final mettra en scène Doomsday que j’ai trouvé plutôt bien rendu, surtout dans son aspect "évolutif", qui reprend bien son design de bande dessinée. Si j’utilise le mot "évolutif" et donc son acceptation très Pokemonesque, c’est aussi que tout le dernier quart (?) du film est un hommage à ce que le dessin animé japonais peut faire de régressif. Et que ça te lance des rayons laser, et que je fais des boules d’énergie qui détruisent tout sur leur passage, sauf que non. Metropolis, vu l’ampleur des pouvoirs en présence, aurait dû être rasée au moins 3 ou 4 fois. Car bien entendu, tout se passe encore une fois en ville. Gotham aura normalement aussi le droit d’être complètement dévastée. Mais on ne le verra jamais. C’est ridicule, un concours à qui aura le plus gros effet spécial. Mais forcément, tout se termine fidèlement au comic-book avec un cliffhanger qui est évident mais qui fait regretter la version papier du Retour de Superman.

Car oui, Superman va mourir (deux fois même) et ressusciter. La première, ça sera à cause d’un missile nucléaire mais Sup’ se trouvant dans l’espace, il baignera dans des rayons de soleil qui le répareront assez vite (moins vite que Doomsday mais assez vite quand même). La seconde, ça sera à cause du monstre lui-même. Pourquoi est-ce qu’il arrive à transpercer le Kryptonien ? Ce sera une bonne question et on ne pourra répondre qu’avec un hypothétique "c’est parce qu’il est du même monde". Toujours est-il que là encore, Superman ne sera pas mort (en tout cas, c’est suggéré par la dernière image du film et logique en termes de marketing). Mourir et ressusciter pour protéger un peuple qui le méprise. Oui, on est dans la figure christique. Et ça ne sera pas la seule illusion. La scène où Superman sauve une petite fille indienne, sa mort et sa récupération par Wonder Woman et Lois, voire même la lance de Longinus qui sera remplacée fort subtilement par une lance à la pointe en Kryptonite, si vous n’aviez toujours pas compris que Superman, c’est Jésus, c’est que vous n’étiez pas très réveillés. Mais dîtes-moi, Snyder n’avait pas déjà réalisé un film avec des super-héros se prenant pour des dieux et les problèmes que cela pouvait poser ? Hein ? Ah ben si, même que ça s’appelait Watchmen.

Ah j’oubliais les informations cruciales qui font avancer le film et qui passent de personnage en personnage par on ne sait quel biais. Là, il faudrait revoir le film et le démonter minute après minute à la manière d’un Odieux Connard pour voir que Snyder fait fonctionner ses personnages comme une immense ruche ou fourmilière.

Reste une belle Wonder Woman, efficace et guerrière (mais qui fera forcément écho aux guerriers de 300), un Alfred Pennyworth qui pourra lancer quelques vannes histoire d’apporter quelques sourires dans ce triste film (où les seuls moments drôles sont en réalité ridicules) et l’apparition très utilitaire de Flash (damned, comme j’aurais préféré qu’ils utilisent la version télé), Aquaman (hum, sérieusement, il peut encore y avoir des sauvegardes vidéos avec ça ...) ou Cyborg. Pas de scène post-crédits, non plus.

Personnellement, je préfère encore voir la retranscription gaie des héros Marvel à ce triste spectacle des adaptations DC. Mais ce qui m’a dérangé dans ce Batman vs Superman, c’est surtout cette ode à la bourrinade suprême où la discussion n’a pas le droit d’exister (la seule personne qui en parle explose sous le regard impuissant de ce couillon de Superman, y a pas d’autres mots).

P.S. Il paraît que le montage présenté au cinéma ne serait pas complet et que le véritable film ferait en réalité 3 heures. Pourquoi dès lors présenter un film dont on sait qu’il manque un morceau ? Non, franchement, ce Batman vs Superman manque de sérieux. Ah, j’aurais jamais cru terminer sur une phrase pareille.