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Head Lopper #1

vendredi 1er janvier 2016, par Mathieu Doublet

(Image Comics / Andrew McLean)

On l’appelle le Head Lopper mais il préfère qu’on l’appelle Norgal. Il est accompagné d’une tête de sorcière qui ne veut pas mourir et qui cause trop
pour le bien d’à peu près tout le monde. Norgal donc est un gros barbare à la barbe blanche et à l’épée à deux mains prise d’une poigne. Il arrive sur l’île
de Barra, à Castlebay. C’est là qu’un gigantesque serpent de mer mauve décide de détruire quelques bateaux locaux. Les archers et les lances de l’île ont beau
jeter leurs projectiles, ça n’inquiète pas plus le monstre. Heureusement que Norgal, fils de Minotaure, est là. Il finit par se faire happer par le monstre afin de lui découper
la tête de l’intérieur. Mais au moment du paiement, le prêtre qu’il rencontre lui dit que son humble église n’a rien pour le récompenser. En voyant les attributs luxueux de l’homme
d’église, Norgal se sert en lui chipant son collier possédant force dorures et joyaux. Le prêtre n’est pas content et va se plaindre auprès du roi (et surtout de la Reine Mère, le roi
ayant tout juste deux ans).
Ailleurs dans le royaume, l’intendant Servin Lulach se dirige au fin fond des marais pour trouver une sombre créature qui prétend être l’âme elle-même du pays. Emprisonné et gardé par
un conducteur de barque à la solde de la déesse Venora, il ne lui manque qu’une chose pour se libérer : la tête d’une sorcière. Précisément, celle que Norgal possède. Et il faut absolument que le
guerrier lui-même l’apporte au fond des marais. Alors un sombre plan va se construire et le Head Lopper va devoir compter sur toutes ses facultés pour ne pas tomber dans le piège de
ses ennemis.

Le premier mot qui vient à l’esprit en tenant ce comic-book dans les mains, c’est généreux. Alors oui, il coûte 6 dollars, le double d’un comic de chez Image, moins du double d’un comic de chez Marvel ou DC.
Mais pour ce prix-là, ce sont 94 pages qui vous sont offertes. Oui, l’équivalent de 4 revues mensuelles habituelles et le tout bien entendu, sans aucune publicité (OK une page pour le bouquin précédent de l’artiste).
Alors oui, dans le livre, il y a essentiellement des scènes d’action où le héros va se retrouver face à des monstres gigantesques qu’il va lui falloir vaincre le plus souvent en leur ôtant la tête. Pour le coup, le
surnom du héros n’est point usurpé. Chaque combat est entrecoupé d’un scénario relativement classique où le héros va se retrouver entraîné dans une affaire plus grosse que lui, avec des traîtres, des observateurs et des
divinités qui regardent ça d’un oeil plus ou moins actif. Andrew McLean tisse des dialogues et des scènes bien fichues et le peu de discours fait mouche définissant bien les personnages à la tête desquels un Norgal très
avare en paroles qui va à l’essentiel et qui a l’air de se traîner une petite malédiction des familles ou tout du moins un passé très sombre. C’est peut-être par ce côté pince-sans-rire et cette succession de monstres plus gros
que lui qu’on pourrait rapprocher Head Lopper de Hellboy. Mais là où le cornu est aussi source d’humour chez Mignola, ce rôle est plus dévolu à Agathe Blue Witch, la tête de sorcière qui joue les enquiquineuses de service.

Avec Mignola, la promo de Head Lopper cite à la fois le Northlanders de Brian Wood et les comics de James "franchement j’abuse" Stokoe. Au premier, mis à part les barbares, je ne suis pas vraiment sûr qu’il faille y voir un lien
de parenté. Stokoe est un artiste avec lequel on peut faire des liaisons surtout par les monstres bizarres et une certaine ambiance commune (même si chez McLean, on part rarement dans les verts-violets bizarres cher au papa d’Orc Stain)
mais si Head Lopper est clairement un récit d’action et de divertissement, il ne faut pas espérer y trouver le côté complètement foutraque d’Orc Stain.
D’ailleurs, McLean a un trait bien épais, des personnages déformés mais qui tiennent parfaitement la route, qui réussit à les concevoir de façon claire et nette quitte à les dessiner et les faire reconnaître simplement par leur silhouette.
On peut y voir parfois du Mignola (surtout chez la créature du marais), parfois un peu d’Oeming ou bien du Sfar. Mais le point fort, ce sont les scènes d’actions, spectaculaires, tirant parti d’un choix de cadrage bien pensé. Le moment le plus marquant
visuellement reste la double-page où Norgal se bat contre les loups géants. Sans décor, et avec une unique image possédant pourtant un énorme dynamisme.

Head Lopper est un comic-book excellent si l’on cherche une bonne histoire d’héroic-fantasy spectaculaire. La générosité de l’auteur est d’autant plus appréciable.


Le tumbler de l’auteur se trouve ici.