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Bandette #1-5

jeudi 12 novembre 2015, par Mathieu Doublet

(Monkeybrain / Paul Tobin / Colleen Coover)


Bandette est une bandite (oui, une bandite, si je veux), une voleuse, une Arsène Lupin en jupette qui prend un malin plaisir non seulement à faucher ce qu’on lui a commandé mais aussi à ridiculiser celui ou
celle qui se fait voler. Ceci étant, Bandette n’est pas une mauvaise voleuse, non, c’est plutôt quelqu’un de très organisé, de très méthodique, et au réseau redoutablement efficace. Et puis, c’est
aussi une voleuse qui a en quelque sorte un sens éthique. Pas forcément à l’image d’un Robin des Bois qui redistribuerait son butin aux plus démunis, mais plus à l’instar d’un super-héros qui ne volerait que ceux qui ont causé du tort à quelqu’un d’autres. Presque une voleuse spécialisée dans le braquage de voleurs. Ou bien une voleuse de bandits. Mais elle reste une voleuse, et ça, aux yeux
de l’inspecteur B.D. Belgique, ça passe difficilement. Bandette aura beau aider la police, elle restera toujours une criminelle aux yeux de la Loi.
Heureusement pour Bandette, même si elle prépare un casse et que le propriétaire est sur place, elle garde une bonne humeur à toute épreuve, se jouant de molosses aux crocs acérés ou bien de gardes motorisés. Mais il faut bien qu’un jour, les grands méchants, les vrais, ceux qui font partie de FINIS, une association criminelle se cachant derrière des allures humanitaires, commencent à être suffisamment agacés pour mettre la tête de Bandette à prix. Bandette peut compter sur ses alliés et même sur ses collègues mais néanmoins concurrents comme le célèbre Monsieur.

Bandette rentre complètement dans le rayon "comics qui me plaisent". La recette n’est pourtant pas compliquée : du fun, une héroïne qui ne se prend jamais la tête et dont la jeunesse la convainc d’être invincible, des plans toujours bien rodés et de l’action, beaucoup d’action. Bandette, c’est le Spider-Man féminin qui vanne en voltigeant, qui a un chien ridicule (ce qui donnera un joli gag dans ce premier arc) et qui ne perd jamais. Enfin, pas encore. Et c’est Paul Tobin qui écrit ça, alors que le scénariste est aussi capable de glacer le sang ou de trouver des idées bien malsaines dans son excellent Colder. Il dépeint un Paris complètement fantasmé, intemporel, où on peut rouler en scooter sans tomber dans les embouteillages, où les jeunes filles prennent des cours de danse tranquillement sans se soucier de l’avenir, où on discute sur les toits en prenant le goûter. Oui, c’est complètement irréaliste, ça a le goût de la carte postale mais le scénariste réussit à y ajouter suffisamment de charme et de bonne humeur pour que cela prenne, sans jamais vraiment tomber dans la parodie. Du coup, ça n’est pas non plus la comédie avec des gags hilarants à se taper la cuisse, mais une bande dessinée qui donnera le sourire. Avec suffisamment de petits clins d’oeil, de coups subtils de scénario (dès les premières pages) pour relire l’histoire avec plaisir et trouver quelques indices qui permettent de mieux comprendre ce que l’on considère comme acquis à la première lecture. On pourra aussi faire quelques parallèles avec I Was The Cat du point de vue des allusions ou des concepts, ce qui est aussi très sympathique pour le lecteur.

Aux dessins, Paul Tobin s’est associé à sa femme, Colleen Coover. La dessinatrice était déjà de la partie sur le "plus adulte" Gingerbread Girl et enchante réellement avec Bandette grâce à des planches plus colorées. En relisant la chronique précitée, je faisais le rapprochement avec Dupuy & Berberian. Sur Bandette, la parenté est d’une belle évidence. Les personnages sont ronds, maniables, avec ce charme tout particulier au franco-belge un peu branchouille. La mise en page est très classique en trois bandes et offre une grande lisibilité. Le travail se porte du coup sur les cadrages qui varient bien entendu et qui montrent qu’une action frénétique peut aussi être efficace en six cases sans splash-pages. Il faut dire aussi que Bandette était un titre d’abord destiné à être lu numériquement avant que Dark Horse ne se décide à le publier sous forme papier.
Ce qui est aussi très agréable, c’est la palette de couleurs qu’utilise l’artiste. Des touches pastels, douces, qui permettent de donner un décor lumineux, sobre en détails mais remplissant naturellement l’espace, aux couleurs primaires plus flashys des personnages (Bandette en tête), c’est un plaisir pour les yeux et pour des personnages hauts en couleur, bien sûr.

Ma conclusion : Bandette est certainement le fantasme de la bande dessinée franco-belge pour n’importe quel auteur américain qui se sentirait frustré par l’omniprésence des super-héros sur le marché et qui voudrait que toutes les générations puissent lire l’histoire et en tirer du plaisir. Tobin et Coover remporte leur pari haut la main et adultes comme enfants peuvent lire Bandette comme on lirait un Tintin, un Spirou, ou un bon vieil album des Schtroumpfs (oui, OK, j’aurais pu aussi citer des titres plus récents, surtout surtout avec des héroïnes).

P.S. Ah si, un reproche, léger mais quand même : il ne s’agit que d’un album d’introduction et pas d’un one-shot comme on peut en trouver en franco-belge. Mais logiquement, ça ne devrait pas vous gêner, seulement vous donner envie de lire la suite.