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I Was The Cat #1-6

samedi 10 octobre 2015, par Mathieu Doublet

(Oni Press / Paul Tobin / Benjamin Dewey)

Allison Breaking est une auteure américaine qui a lancé un blog d’actualités, Breaking News qui commence à avoir son petit succès. Mais cela ne lui permet pas de gagner sa vie et comme tout auteur qui débute, elle signe aussi des "auto-"biographies. C’est alors qu’elle reçoit une proposition des plus intrigantes : le triple du salaire, un voyage à Londres et surtout de ne pas s’inquiéter de l’apparence de celui dont elle va écrire les mémoires. Heureusement pour Allison, une de ses amies, Reggie, habite Londres et va lui rendre la vie plus facile. Enfin, si Reggie n’était pas si paranoïaque et persuadée que ce nouveau travail est en fait quelque chose de dangereux monté par un obscène personnage. Pourtant, vu le quartier ultra-luxueux, difficile d’imaginer qu’on ait à faire à un traquenard se passant dans un coupe-gorge. Ce qui n’empêche pas la plus grande surprise qu’Allison aura dans sa vie : celui qu’elle doit interviewer est un chat. Oui, un chat qui parle. Il s’appelle Burma et, arrivé à la fin de sa neuvième vie, il se rend compte qu’il est temps d’inscrire de façon définitive ses souvenirs.

J’aime beaucoup Paul Tobin (Gingerbread Girl, la franchise Colder ou encore Bandette - que je n’ai toujours pas chroniqué, damnit !) et I Was The Cat avait un pitch suffisamment accrocheur pour que je tente l’affaire même sous le biais du numérique (le format 1$ le numéro habituel était appliqué au début avant qu’Oni Press ne reprenne le format en proposant des numéros de 46 pages à un prix "normal"). Et le scénariste va se faire un plaisir de décrire les différentes vies de Burma qui sont véritablement exceptionnelles : vie de demi-dieu en Egypte, conseiller de Napoléon, aide communication dans la guerre des tranchées, admirateur secret d’Audrey Hepburn, en voilà des destins qu’on peut se permettre en ayant du temps devant soi. Mais si ces destinées sont accomplies, c’est aussi que Burma n’est pas un chat comme les autres, certes il parle, mais il est aussi irrémédiablement manipulateur (ah, pardon, en fait, c’est un chat tout à fait normal pour cela). Et cette manipulation va mener Allison vers une vérité qu’elle n’est pas véritablement prête à encaisser même si Burma lui tend ostensiblement la patte.
C’est là qu’I Was The Cat réussit son pari et va plus loin que le pitch de départ car on se demande pourquoi un être si intelligent que Burma peut laisser des erreurs, des lapsus, surtout vis-à-vis d’une journaliste qu’il respecte et qui doit donc être quelque peu subtile. Tobin fait de son personnage central un emblème de la question du bonheur et de sa relation au pouvoir. Je ne vous en dis pas plus, mais c’est là que se joue le comics.

Aux dessins, Benjamin Dewey, artiste en activité depuis 2009, qui signe des petites histoires dans des domaines variés (le monde de Robert E. Howard, Archie, La planète des singes) avant de taper dans des comics pleins comme un numéro de Buffy ou bien un spécial Star Wars - Clone Wars. I Was The Cat est son premier travail "régulier" sachant qu’il enchaînera ensuite avec la mini-série The Autumnlands : Tooth & Claw. Sa couverture est tout bonnement magnifique et accroche l’oeil. Les amoureux des chats auront tôt fait de prendre le bouquin et ceux qui ne les apprécient pas aussi, la couverture mélangeant pas mal de choses différentes tenant aussi de la Nature Morte que de l’Art Nouveau. A l’intérieur, le résultat est nettement moins riche en détail mais cela n’empêche pas le comic-book d’être très agréable à l’oeil avec un graphisme plus épais, assez réaliste mais qui se permet parfois de très légère incartade cartoon. Je pense au travail de Cameron Stewart par exemple mais en réalité, le travail de Dewey est très nettement plus réaliste ce qui fait que certains visages semblent mal maîtrisés. Heureusement, ça n’est pas le cas de ses personnages principaux qui sont réussis et expressifs. Tant mieux, le script possède aussi des traces d’humour nécessaires qui sont bien rendues graphiquement. Pour le reste, l’ambiance des différentes époques est bien transcrite avec de jolies couleurs réalisées par l’artiste lui-même.

Au final, il m’a fallu deux lectures pour me décider si oui ou non, I Was The Cat était une bonne bande dessinée, surtout parce que la fin arrive vite et que je n’avais pas vraiment réussi à voir où Tobin voulait en venir avec son jeu de chat et de souris mais au final, il faut bien reconnaître qu’on a à faire à un récit très agréable aussi bien dans l’histoire que dans le traitement graphique et que le fond est présent même s’il n’est pas explicité.