Onirique Comics 7.1

Accueil > Chroniques > Autres éditeurs > Nothing is Forgotten

Nothing is Forgotten

vendredi 18 septembre 2015, par Mathieu Doublet

(Auto-édité / Ryan Andrews)

Hé oui, il s’agit, encore, d’un projet Kickstarter.

Pour une fois, on ne va pas parler d’anthologie mais plutôt de recueil d’histoires courtes. En effet, Ryan Andrews est le seul maître à bord de ce livre et il y a aura
quatre grandes histoires plus une note de deux pages, court moment nostalgique. Les autres histoires n’ont pas un ton comique non plus mais se classeraient plus dans un mélange
de récits d’horreur et de douceur. Un peu comme si on avait appliqué un filtre d’une belle noirceur sur le mythe de Totoro. C’est en tout cas la meilleure comparaison que
je peux faire avec Nothing is Forgotten, le récit qui donne son nom au bouquin. On y verra un jeune garçon se perdre en forêt et être protégé par des créatures gigantesques, sombres
et difformes qui se révèlent néanmoins être protectrice.
Sarah and the Seed est certainement le plus positif mais aussi le plus étrange des contes avec un couple de vieilles personnes qui n’ont jamais eu d’enfants et dont la femme se
retrouve subitement enceinte d’une graine. L’idée est toute simple, presque logique, mais garde son étrangeté et permet une relation entre personnages intéressante. The Tunnel est
plus classique dans la forme pour qui connaît sa Quatrième Dimension sur le bout des doigts. Le traitement de la courte histoire (un bonhomme découvre un trou dans le carrelage de
sa salle de bain) en fait un récit tout de même intéressant. Reste Our Bloodstained Roof, un récit que j’avais probablement dû lire en ligne et qui avait du me convaincre de soutenir
le projet qui raconte l’enfance de trois garçons vivant dans une maison dont le toit est ensanglanté.

Au final, le tout est franchement bien fichu et malgré l’épaisseur du bouquin qui pourrait parfois rebuter, la lecture est des plus rapides. Car Ryan Andrews va y aller tranquille avec
les dialogues (certaines histoires sont muettes). Il en résulte un bel effort de narration qui repose donc uniquement sur les images et cela fonctionne admirablement bien. Bel effort de cadrage
et de mise en page donc qui diversifie les configurations de cases mais qui reste sage et donc lisible. Le noir & blanc manié à l’aquarelle et à l’encre, seulement perturbé par le rouge du sang,
ou le rose du carrelage de la salle de bain, donne un sentiment d’unité aux histoires qui composent ce recueil.

Il faut dire aussi que Ryan Andrews réussit à écrire des histoires qui pourraient être autobiographiques, qui parlent (entre autres) de la jeunesse et qui sont donc universelles. Un bouquin très sympathique
qui permet qu’on le lise et le relise à envie.

P.S. Le bouquin a même reçu un second projet Kickstarter pour une réimpression et vous pouvez aussi vous le procurer sur le site de l’auteur http://www.ryan-a.com/ où vous pourrez même lire
le bouquin gratuitement.

Couverture de la première édition