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Doctor Fate #1-18

mardi 10 octobre 2017, par Mathieu Doublet

(DC Comics / Paul Levitz / Sonny Liew, Ibrahim Moustafa, Inaki Miranda & Brendan McCarthy )

A Brooklyn, c’est une inondation comme rarement vue qui fait rage. Et qui en profite ? Le Dieu Chacal qui voit bien tout ce petit monde rôtir dans l’Enfer qu’il dirige. Sauf que les choses ne se passent pas tout à fait comme prévu et que Bastet, la déesse chat, va essayer de trouver un émissaire, quelqu’un qui pourrait sauver le monde. Ce quelqu’un, c’est un jeune Américain qui a des racines égyptiennes et qui descend, sans le savoir, d’une dynastie de pharaons. Qui d’autre pourrait donc se charger du casque de Dr Fate et des pouvoirs qui vont avec ? Sauf que Khalid Nelson, quand il est confronté à une statue qui parle et qui lui offre un casque doré, pense qu’il a pris quelque chose d’hallucinogène.
Il lui faudra être spectateur d’une chose extra-ordinaire dans le métro pour être plus ou moins convaincu que le monde n’est pas aussi cartésien qu’il le pense. Et pendant ce temps, Anubis fait tout ce qu’il faut pour que les choses empirent.

Encore un titre de la nouvelle gamme post-Convergence du New52. Si quelqu’un m’a décidé à suivre Doctor Fate, qui n’est pas le personnage le plus cool de toute l’histoire de l’univers DC, c’est bien comme pour Bizarro, l’artiste. En l’occurrence, il s’agit de Sonny Liew qu’on a pu voir essentiellement dans son propre comic book Malinky Robot mais aussi dans le très bon My Faith in Frankie ou plus récemment dans l’adaptation de Sense & Sensibility chez Marvel. Sur Doctor Fate, le talent de l’artiste n’est plus à prouver. Ses personnages sont séduisants et le trait a juste ce qu’il faut de dureté pour ne pas paraître ni normé, ni fade. La mise en scène est claire, les moments forts explosifs et les quelques passages à l’intérieur du casque ce qu’il faut pour faire la différence avec le monde réel. Alors oui, cette différence de réalité aurait pu être poussée un cran au-dessus au niveau du délire et des déformations. C’est aussi cet excès qui aurait pu rendre les choses difficilement compréhensibles. Et pour le coup, c’est aussi assez agréable de lire quelque chose de facile à appréhender. A noter aussi que par rapport au travail habituel du dessinateur, la colorisation de Lee Loughridge est assez sage et ne donne pas le relief habituel qu’on connaît aux planches de Liew.
Certes il y a des contraintes de temps réelles et du coup, pour apprécier encore plus le travail de l’artiste, les couvertures nous permettent d’en prendre plein les yeux. L’occasion aussi pour Liew d’aller lancer quelques gags soulignant le caractère moderne du héros ou jouant sur l’hommage en bande dessinée (quelque chose qu’il appliquera également plus logiquement dans son Charlie Chan Hock Chye).

Il faut aussi dire que c’est Paul Levitz qui s’occupe du scénario et que l’ex-patron de DC fait du comic-book "à l’ancienne". Non pas du Silver Age mais typiquement du post-Crisis avec un dosage de réalisme et de merveilleux qui me convient. On aura droit aux désastres cataclysmiques et à un super-héros qui a des nouveaux pouvoirs qu’il doit apprivoiser tout étant gérant les complexités de sa famille et deux jeunes filles qui lui courent après (coucou, Peter !). Le tout est bien fichu, avec sa dose d’action et de moments héroïques. Si le temps n’était pas à l’orage, on aurait même certainement droit à quelque chose d’assez coloré. Mais si le sense of wonder est bel et bien là comme dans les comics de l’ancienne époque, on ne peut pas dire que Doctor Fate sonne daté. La technologie moderne est bien employée, Khalid Nelson campe un adolescent convaincant et même si Anubis a parfois des allures de "Rot" (cf l’Animal Man de Jeff Lemire), l’ambiance n’est clairement pas à l’horrifique.
Après un premier arc (les sept premiers épisodes), Levitz utilisera la composante politique du comic-book. Levitz vise juste en posant la question du "que faut-il faire pour rendre un monde meilleur ?" tout en continuant de donner un parfum historique pas rigoureux mais très divertissant (coucou Asterix !). Une fois ces moments franchis, le scénariste va relier la vie de Khalid à l’univers partagé DC par le biais d’un Kent Nelson qui se trouve, comme par hasard faire partie de la famille. Je ne sais pas s’il s’agit d’une version modifiée du New52 ou bel et bien d’une version classique, mais le fait de voir l’ancien Doctor Fate être un maître de la magie et ne plus avoir besoin du casque mythique, nous permet de retrouver l’aspect "héritage" qui est tout de même une caractéristique reconnaissable des héros de l’univers DC.

Si Ibrahim Moustafa réalise un court-fill-in juste après la fin du premier arc, il reviendra au cours du run. Son trait est fin et très prometteur pour la suite. Bien entendu, on est dans un style beaucoup plus classique et l’histoire qui lui est confiée va dans ce sens. Ceci dit, les dessinateurs vont rapidement se suivre et le travail éditorial sur les couvertures des numéros mensuels est absolument nul. En effet, sur beaucoup de numéros, le nom du véritable dessinateur n’est pas inscrit sur la couverture ce qui, à mon humble avis, annonce le début de la fin. Mais pour une série qu’on laisse à l’abandon, les lecteurs peuvent s’estimer chanceux. Car que ce soit Moustafa, Inaki Miranda - avec un style plus personnel - ou encore Brendan McCarthy - qui est à son aise dans un délire bien mystique mais moins que ce à quoi le dessinateur aura pu nous habituer, cf son numéro de Solo -, la facture graphique est de haut niveau. Sonny Liew repassera sur deux numéros et on voit que le dessinateur va beaucoup plus vite que d’habitude, ce qui ne signifie pas que les planches soient loupées mais plutôt mineures. A noter une planche d’ouverture pleine d’easter eggs.

Doctor Fate est une bonne production DC Comics qui propose de l’aventure avec un nouveau héros. Alors forcément, on passe par la case découverte de nouveaux pouvoirs ce qui peut être gênant surtout pour les lecteurs qui connaissent déjà comment le super-héros fonctionne. Il y a du fond, de la forme, et je regrette que la série n’ait pas pu durer plus longtemps car il y a fort à parier que Paul Levitz avait encore pas mal d’aventures à faire vivre à son héros. On a déjà eu droit à 18 numéros, ce qui est plutôt surprenant pour une série hors-norme.