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Abbadon

lundi 3 août 2015, par Mathieu Doublet

(Paperfilms - Adaptive Comics / Justin Gray & Jimmy Palmiotti / Fabrizio Fiorentino)

Cet album, comme beaucoup de production Paperfilms, a fait l’objet d’une campagne réussie sur Kickstarter.

William Garrett est un Marshall du FBI qui arrive par le train dans la petite ville d’Abbadon. Il est accueilli par le maire Jacob Sullivan qui veut faire de sa ville un oasis dans le désert, un joyau de l’Ouest Américain où chacun saura qu’il y a ce qu’il cherche à Abbadon. Alors forcément, comme le fédéral est dépêché sur place pour enquêter sur une histoire de meurtre, le maire voit tout cela d’un très mauvais oeil d’autant qu’il doit aussi accueillir des investisseurs dans les jours qui viennent.
Alors autant que le mystère soit résolu assez rapidement et de façon très médiatique. Car en causant avec le sheriff, il se trouve que le premier meurtre a été commis il y a trois jours mais que le télégramme a été envoyé il y a deux semaines. Autant dire qu’un maître de la manipulation est aux commandes et que le cadavre découvert récemment est le premier d’une longue série. Les deux membres forces de l’ordre se connaissent d’ailleurs bien et cela ne va pas forcément faciliter leurs tâches respectives.

Revoilà notre duo de scénaristes dans un cadre qu’il connaît bien : le western. Aussi bien dans les compositions classiques (Jonah Hex et sa révision New52 All-Star Western) que dans des variations
étranges (Trailblazer). Ils savent donc dépeindre cette ville mystérieuse au nom assez évocateur (apparemment, il s’agit de l’ange exterminateur venu de l’abîme dans l’Apocalypse de saint Jean).
Si la dimension du bordel, lieu important dans l’histoire, est bien exploitée, je trouve qu’il manque quelques scènes de bar pour montrer toute la décadence de la ville. Au niveau des scènes d’action, il y en a quelques unes, souvent explosives, qui se termineront en tout cas dans les flammes. De l’action, des jolies filles dénudées, des héros masculins à la mâchoire carrée, nous sommes bel et bien en territoire connu, en pleine exploitation du filon western.
D’ailleurs, si Abbadon est "co-produit" avec le concours d’Adaptive Comics, c’est qu’il s’agit au départ d’un script pour le cinéma écrit par un certain Spencer Marstiller. Ce comic-book est donc un peu comme un storyboard très évolué, une façon de montrer à quoi pourrait ressembler un film de cow-boys qui serait mélangé à une intrigue polar de serial-killer.

Et il faut dire que le bouquin file plutôt bien, parfois de façon classique (un peu trop à mon goût), avec chose étonnante peu de personnages féminins, en tout cas, pas aussi développés qu’habituellement chez Gray & Palmiotti.
Tout cela est donc fort lisible et appréciable jusqu’aux toutes dernières pages. Et là, c’est la catastrophe. Oui, vous m’avez bien lu, je vais dire du mal d’une production de deux scénaristes que j’aime beaucoup habituellement.
La conclusion est complètement bâclée. Et quand je dis bâclée, c’est d’autant plus frustrant qu’il s’agit des quatre dernières pages.
Complètement illogique du point de vue des personnages (encore plus par rapport au seul personnage féminin principal de l’histoire), il cherche à innover par une conclusion loin de l’happy end. Le souci est que le lecteur est cette fois-ci obligé de faire le travail de compréhension tout seul et de comprendre les motivations de chaque personnage vis à vis de la situation qu’ils rencontrent. Les retournements de chemise seront nombreux mais pas vraiment énoncés comme il le faut et encore moins bien mis en scène. Alors qu’avec quelques pages supplémentaires pour l’épilogue, le tout aurait été conclu de manière nettement plus propre.

C’est d’autant plus dommage que les projets Paperfilms s’améliorent de plus en plus au fil de leurs productions et que pour Abbadon, il y avait un artiste absolument à la hauteur en la personne de Fabrizio Fiorentino. Il n’y a qu’à regarder ses études de personnages sur la page Kickstarter pour s’en convaincre. Et si son encrage ne fait parfois pas justice à son trait, sa mise en page est claire, ses scènes d’actions spectaculaires et les pages sont très détaillées avec de jolis décors.
Il faut aussi dire qu’il y a Alessia Nocera, une autre italienne, à bord et que son travail de coloriste est absolument remarquable (elle avait déjà travaillé pour les productions de GG Studios que je connaissais pour leur rendu visuel très attrayant).
Autant dire que ça flatte l’oeil et pas qu’un peu. Le livre en tant qu’objet est lui-même un modèle de réalisation et de conception. Il ne manque qu’une couverture en dur pour être sublime, mais le projet était déjà suffisamment coûteux comme cela.

C’est le premier projet Paperfilms que je trouve décevant et sachant que les scénaristes ne sont pas complètement à bord, cela me rassure sur leurs prochaines productions auxquelles je participerai encore en tant que soutien. Mais le résultat aurait pu être tellement bon qu’il y a quelque chose de particulièrement frustrant dans cet Abbadon.