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Miniature Jesus #1-5

jeudi 23 juillet 2015, par Mathieu Doublet

(Image Comics - Shadowline / Ted Mc Keever)

C’est l’histoire d’un type appelé Chomsky. Il habite dans un hôtel désaffecté au milieu de nulle part et il compte les jours. Les jours où il
a su rester sobre, les jours où il n’a pas bu du whisky à la paille direct de la bouteille. Et là, dans ce bureau qui n’accueille plus jamais personne,
il y a un cadavre de chat. Cadavre qui s’anime et commence à parler à Chomsky. De quoi faire se lever l’homme et le faire partir en quête de nourriture.
On a beau être en plein patelin paumé, ça n’est pas pour ça que les commerçants sont plus sympathiques. Il faut dire que Chomsky ressemble à un clochard mais
qu’il est tout de même capable de refiler des billets de 50$. Et puis arrive le diable, cette petite voix tentatrice qui se penche sur notre épaule en nous
convaincant que ça n’est pas grave, qu’on peut être faible une fois de temps en temps, que ça n’engage à rien. De quoi mettre Chomsky à rude épreuve, donc.
Parallèlement, à tout ça, dans l’église locale, un miracle intervient : le petit Jesus accroché au crucifix décide de bouger et de se libérer de son attache.
Forcément, le premier réflexe du prêtre, c’est de penser tout cela est l’oeuvre du démon. Mais il se trompe et va le payer cher ...

Avec une constance admirable, Ted Mc Keever aligne les récits publiés par l’excellent label Shadowline géré par Jim Valentino. Cette fois-ci, McKeever
s’éloigne des contrées souriantes de Mondo pour aborder le thème de l’alcoolisme. Car c’est bel et bien le fond de l’histoire de Miniature Jesus où finalement,
le héros va chercher au plus profond de lui-même pour se sauver tandis que pas mal de gens vont essayer de lui proposer de l’aider. Le scénariste joue avec l’idée que certains
cherchent souvent dans le ciel ou l’enfer la solution à leur problème. Pour Chomsky (que j’ai du mal à séparer du nom du linguiste militant),
la solution sera certainement ailleurs, permettant à son auteur de frôler le récit prêchi-prêcha sans jamais y sombrer.
Chez McKeever, il y a toujours cette composante un peu fantastique, un peu irréelle qui entre dans ses récits, les rendant parfois particulièrement obscurs. Là, on pourrait
presque se demander si l’alcoolisme ou l’arrêt de celui-ci n’apporte pas des phases hallucinogènes, voire induites par d’autres produits stupéfiants. Si on n’y fait jamais mention,
on peut se poser la question suivante "Chomsky n’a-t-il pas d’autres dépendances que l’alcool ?". A partir du moment où les hallucinations sont partagées, on a déjà une partie de la réponse
mais j’avoue que la question m’a trotté dans la tête.

Aux dessins, les expérimentations de Meta4 laissent place à des planches nettement plus claires au niveau de la mise en scène. McKeever continue de posséder une plume absolument bourrée de talent,
capable de moult détails rendant les dessins à la fois très réalistes mais aussi les moments plus étranges tout aussi convaincants. Mention spéciale au démon du godet, horrible tout en étant bourré de rondeurs,
de style et de plasticité. La mise en page est claire elle aussi, à une exception près où le gaufrier va volontairement parasiter les bulles d’un des protagonistes. Deux rangées contenant au maximum trois cases,
autant dire que McKeever est allé droit au but avec une structure hyper classique (on a le droit sur la fin à un découpage en 3x3 mais c’est une exception à la règle). De grands espaces deviennent donc disponibles
et le dessinateur sait les utiliser pleinement soit avec des gros plans détaillés ou bien des décors superbes. Et malgré le côté très intimiste du récit, les planches gardent une force exemplaire.

Pour une fois, je dirais que la conclusion du récit est claire. Le chemin emprunté est lui, chaotique et onirique, marque de fabrique de l’auteur, et on peut finalement difficilement ou trop facilement le résumer.
Si Ray Fawkes veut avec son Intersect construire un récit incompréhensible mais fascinant, McKeever est dans une démarche qui me semble presque inverse. Il garde son aspect étrange et fascinant mais cherche
plus de clarté. On verra bien sur The Superannuated Man si McKeever est bel et bien dans cet état d’esprit.