Onirique Comics 7.1

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Ronin

lundi 22 juin 2015, par Mathieu Doublet

(DC Comics / Frank Miller)

Lu en VF dans la version publiée en 3 tomes par Semic.

Un jeune samouraï suit son maître car il espère en apprendre plus sur la vie et l’honneur des manieurs d’épées. Il est prêt à tout même à donner sa vie pour son vieux maître qui possède une épée magique, la seule à pouvoir vaincre le démon Agat. Seulement, suivre son maître partout, ça ne veut pas dire tenir la chandelle quand l’ancien va se taper une geisha. Et quand la geisha se trouve être le vilain démon déguisé, c’est qu’il est trop tard. Mais Agat n’a pas tout gagné dans l’affaire puisqu’il n’a pas réussi à voler l’épée magique qu’il convoitait. Et le jeune ronin, à deux doigt de se faire seppuku pour son déshonneur, reçoit un appel de l’au-delà. Il doit venger son maître et ensuite, il pourra accéder au repos. Sauf que les choses ne sont pas si simples et qu’il faut que la lame trempe dans le sang d’un innocent avant de tuer le démon. Et cela, le Ronin a du mal à l’accepter. Ceci étant, il trouve une parade en affrontant Agat et en s’empalant lui-même avant de planter le démon. Agat a tout de même le temps de lancer une nouvelle malédiction, celle d’enchaîner les deux âmes et de les faire vivre ensemble pour l’éternité.

Huit cents ans après, dans un New-York ultra-violent et quasiment détruit, où les ressources ne sont plus suffisantes pour nourrir tout le monde et où les gangs se battent pour gagner des quartiers qui ne riment plus à rien, le salut pourrait provenir d’Aquarius, une gigantesque machine dont les machines pourraient bien reconstruire un monde meilleur où chacun pourrait trouver la paix. C’est en tout cas l’ambition de Taggart, le grand manitou de l’engin. Mais le temps des bons sentiments va rapidement être interrompu. En effet, Billy, un garçon sans bras ni jambes, qui fait équipe avec Virgo, l’intelligence artificielle d’Aquarius, fait des rêves pénibles où se jouent la bataille entre un ronin et un démon. Très rapidement, l’esprit du Ronin prend possession de l’handicapé qui doit se trouver une solution pour se sauver du démon pointant le bout de son nez.

Je vous avoue que je ne suis pas fan de Frank Miller, enfin, pas de tout ce qu’il a fait. J’adore son run sur Daredevil ainsi que Year One et j’aime beaucoup le Dark Knight Returns (le premier bien entendu) ou les Sin City. Sorti de là, je ne vais pas dire que je déteste mais je suis moins admiratif que beaucoup. Et Ronin faisait partie des titres que je rechignais à lire et qui prenaient la poussière sur mon étagère (les bouquins datent de Semic, c’est dire, 11 ans pour le premier tome !). Je crois que j’ai même dû attaquer le premier tome deux ou trois fois avant de pouvoir me faire la totale. Il faut dire que l’ambiance n’est pas à la joyeuseté et que le côté guerre des gangs et héros parlant étranger, j’ai trouvé ça un peu pénible. Pourtant, je sais bien que pour Miller, cela représente beaucoup. A la fois la représentation d’un New York futuriste mais qui n’est pas si éloigné de la version des années 80 de la ville et puis cet amour pour les samouraïs et leur code d’honneur. D’ailleurs, le fait que le Ronin ne parle pas la langue est tout de même à la fois un point assez original (certainement très original à l’époque de sa première parution) et complètement logique. Bref, ça n’était franchement pas gagné et plus le bouquin s’allongeait, plus je me demandais ce qui était de si génial dans cette bande dessinée pourtant réputée. Le génie, il est dans le twist de fin. et sans le spoiler, je reconnais que Miller est gonflé d’avoir osé un coup pareil et que le grand vilain de l’histoire et à rapprocher de celui des Watchmen. Alors oui, il faut souffrir les bourrinades et les jeux de manipulations un peu longuets mais la fin en vaut carrément la chandelle.

Il faut aussi dire que je n’ai pas été particulièrement transcendé par le trait de Miller. Je trouve que l’artiste possède une patate assez énorme dans ses planches et que le dynamisme, la mise en page, beaucoup de choses sont bien trouvées et ne tombent pas dans l’écueil de la planche incompréhensible. Ceci étant, j’ai un gros gros problème avec la colorisation de Lynn Varley. Désolé, et c’est peut-être un signe de l’époque de la BD mais je trouve les couleurs de Varley extrêmement fades et surtout très simples, trop simples pour le trait très rugueux (pour ne pas dire parfois brouillon) de Miller. Alors certes, ça aurait été certainement encore pire en noir & blanc et les double-pages représentant la ville et le temps qui passe n’auraient pas eu le même impact. Mais bon, j’ai du mal. Et ça n’a pas aidé à reprendre le bouquin.

Je n’ai pas regretté de lire Ronin car il s’agit d’une bande dessinée importante dans le monde des comics et je comprends, à titre historique, pourquoi. Maintenant, par rapport aux productions actuelles, je trouve que le propos a vieilli par certains côtés (tandis que la vision du futur sonne aussi juste par certains autres). Il garde en commun avec les comics actuels une certaine idée de la décompression mais conjuguée avec des pages un peu verbeuses à mon goût et qui n’apportent pas grand chose à l’ensemble. Je réserverais donc Ronin aux fans de Miller ainsi qu’aux lecteurs qui chercheraient un classique à lire.