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Southern Bastards #1-7 : Here Was a Man & Gridiron

vendredi 29 mai 2015, par Mathieu Doublet

(Image Comics / Jason Aaron / Jason Latour)

Quand Earl Tubb retourne dans sa petite ville natale d’Alabama, ça n’est clairement pas de gaîté de coeur. Mais son oncle, qui jusqu’alors habitait la maison, a fait un AVC et se trouve maintenant
en maison de repos. Il s’agit donc de prendre les affaires de la maison paternelle, de la vider, de remplir le camion et de rentrer chez soi. Sauf qu’Earl ne va pas réussir à tout faire d’un coup et
qu’il va manger au "dinner" du coin. C’est là qu’il rencontre un homme passablement énervé qui se trouve être une connaissance de jeunesse et quand ce bonhomme se fait très lourdement remettre à sa place par des jeunots bourrins, Earl sent qu’il se passe quelque chose d’anormal. Suivant le rôle de son sheriff de père, il décide de monter au créneau et de remettre en cause l’ordre établi dans la
petite bourgade. Bien entendu, il n’aurait pas dû.

Après Scalped, Jason Aaron retourne au fin fond des Etats-Unis mais ce coup-ci, du côté des blancs sudistes qui forment aussi une communauté à part. Le côté perdu de la communauté et l’ambiance qui y traîne n’est pas si éloignée de la réserve indienne qui accueille Dashiell Badhorse avec ce même système de commandement par un homme qui semble avoir réussi mais qui se sert des méthodes les plus mafieuses qui soient. En quatre numéros, il va se permettre d’en faire voir à son héros des vertes et des pas mûres avec une morale passablement pessimiste. Un premier coup de poing dans la tronche du lecteur qui pourra souffler avec le deuxième arc qui prend le soin de présenter l’histoire du grand méchant du titre. Sauf que "grand méchant", ça serait un peu trop facile et que Aaron cherche à nous faire comprendre comment Boss en est arrivé là où il est. Une fois de plus, on aura droit à des personnages tout en nuances qui ne sont jamais complètement bons ou complètement mauvais.

Pas de R.M. Guera à bord (mais un creator-owned Aaron / Guera chez Image est dans les choses prévues) mais un Jason Latour qui continue ses collaborations avec le scénariste. Et on peut dire que Latour est un expert en gueules cassées à commencer par celle d’Earl Tubb, ancien joueur de football au nez complètement enfoncé. Concernant les décors, ça n’est pas vraiment le comble du détail mais les personnages sont souvent cadrés de telle manière que le décor est superflu. L’action s’en trouve donc renforcée et le soin apporté aux personnages, à leurs visages, à la chorégraphie des combats (oui, ça va bastonner et pas qu’un peu) compense très largement ce manque de décor. J’aime beaucoup la variété dans l’encrage de Latour qui va aller parfois très finement ses personnages, les décrire de façon un peu cartoon ou en ligne claire à la Ferri (Jean-Yves qui aime aussi beaucoup le fin fond des Etats-Unis) mais peu y aller franco dans les visages enragés et prendre une tournure beaucoup plus dure et violente (le portrait du chien au début du premier numéro est un exemple très parlant de la rage que peut transcrire le dessinateur).

On peut considérer Southern Bastards comme un digne successeur à Scalped, tout simplement parce qu’il se situe dans le même registre de polar bien poisseux et que les personnages sont déjà bien présentés. Reste qu’on ne se trouve qu’au début de la série et que, bien entendu, Southern Bastards ne possède pas toute la richesse de la longueur de son aînée. Cependant, il n’y a pas de raison qu’Aaron ne réussisse pas à réitérer l’exploit. C’est tout le mal qu’on lui souhaite.