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Memoir #1-6

vendredi 27 mars 2015, par Mathieu Doublet

(Image Comics / Ben McCool / Nikki Cook)

Trent MacGowan est un journaliste ambitieux et très imbu de lui-même. Le genre qui pense que le monde est à ses pieds, que rien de bien mauvais
ne peut lui arriver. Et Trent, après une interview télévisée, se dirige vers Lowesville, une étrange petite bourgade des Etats-Unis, "trou du cul du
monde" comme ce continent peut en posséder une infinité. Pourquoi se terrer dans cette ville qui n’a pas évolué depuis les années 50 ? Parce qu’il y a
dix ans, elle a connu un phénomène très bizarre : tout le monde a perdu la mémoire. De quoi totalement bouleverser un bon nombre de destins. Et donc après
tout ce temps, comment les habitants de la ville ont-ils réussi à gérer cette crise particulière ?
C’est ce que Trent va vouloir découvrir alors qu’il attire beaucoup de regards méfiants. Heureusement qu’il y a aussi quelques uns qui veulent parler, prétendant
ne jamais avoir oublié. Ajoutez à cela des silhouettes qui ressemblent fort à des fantômes et bon nombre de personnes ayant pété les plombs dans les grandes largeurs
et vous comprendrez que Trent a mis les pieds dans un joli panier de crabes.

Memoir est une mini-série qui a connu un destin comme il arrive chez un éditeur comme Image Comics. Au fur et à mesure de la série, les numéros s’espacent jusqu’à neuf mois
entre les deux derniers numéros. De quoi louper le dernier, comme cela m’est arrivé. Bref, c’est aussi un signe du relatif succès de l’histoire et il faut dire que si Ben McCool
réussit à installer un climat assez trouble à Lowesville qui devient aussi particulière qu’un Twin Peaks, il bascule dans un récit de fantômes convenu où les personnages vont être
poussés par une force extérieure. Du déjà-vu et pas forcément très réussi, d’autant que beaucoup de personnages font leur apparition et n’ont pas forcément d’utilité dans le récit
en lui-même (je me demande encore pourquoi il y a un gros agent du FBI dans l’affaire). Les twists sont prévisibles et la finalité du récit est à la fois une bonne idée mais aussi quelque
chose de très frustrant.

Nikki Cook (dont je n’ai pu trouver que son profil Twitter comme information récente) est l’illustratrice de ce récit. Elle mettra en scène l’ambiance
morbide de Lowesville grâce à des planches en noir & blanc et est très à l’aise avec l’aspect horrifique / craspec de l’histoire. Elle maîtrise aussi très bien les silhouettes fantômes
avec des formes élégantes et une expression efficace alors qu’on ne voit absolument rien de ces formes humanoïdes. Par contre, j’ai trouvé que les personnages, mis à part le héros de l’histoire,
étaient bien trop similaires. Peut-être est-ce dû à une colorisation qui fait défaut et qui permettrait de bien définir qui est qui ? Peut-être est-ce dû à ces traits qui traînent sur le visage
de chaque personnage, leur donnant du relief, certes, mais les faisant ressembler les uns aux autres. Tous les vieux se ressemblent et finalement, ça n’ajoute pas vraiment de lisibilité au récit.

Alors que le concept de base me plaisait bien et que je pouvais faire abstraction d’un graphisme qui n’aidait pas à la compréhension, Memoir a pris un tour trop facile et a dû courir vers la résolution
de son intrigue, ce qui donne des scènes incompréhensibles et une fin assez frustrante d’autant qu’elle est affublée d’un "Next" alors qu’elle devrait plutôt afficher un "The End".