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Mara #1-6

lundi 12 janvier 2015, par Mathieu Doublet

(Image Comics / Brian Wood / Ming Doyle)

Lu en numérique.

Mara est une adolescente près de l’âge adulte. Et malgré ses 17 ans, elle est déjà une superstar du volley-ball, adulée de tous et signataire de contrats de sponsor représentant des millions de dollars. Pourquoi ? Parce que le monde va mal et que le seul échappatoire, la seule chose qui puisse faire rêver les hommes et les femmes, ce sont les progrès de leurs armées et de leurs équipes sportives. Mara a été placé dans un camp d’entraînement depuis ses 6 ans, son frère jumeau a fait carrière dans l’armée et se retrouve sur le front, car chaque famille doit payer le tribut au pays qui lui a permis de vivre. Or, voilà que Mara pète les plombs. Pas consciemment, loin de là, mais voilà qu’elle se déplace à la vitesse de la lumière, touche la balle de l’adversaire et tente de revenir à sa place de départ. Le souci, c’est qu’elle n’y arrive pas. Et le scandale démarre : la voilà une seconde après le coup d’envoi du match loin de sa place de départ et le ballon que vient d’envoyer l’adversaire arrête soudain sa course comme arrêté. Il n’en faut pas plus pour que Mara soit accusée de tricheuse que son monde idyllique se décompose complètement.

Bon allez, je vais pas vous faire le pitch plus longtemps : Mara est une super-héroïne. Brian Wood va nous le raconter pendant 6 numéros au cours desquels son héroïne va se découvrir super-pouvoirs après super-pouvoirs et plus elle va être sujette à la persécution, plus ses aptitudes vont s’améliorer. On ne saura pas pourquoi ni comment, ce n’est pas le propos. D’ailleurs, on peut se demander quel est justement le propos de l’histoire. Car cette déesse médiatique dans un monde sans but deviendra déesse omnipotente, manquera de détruire la planète (ou plutôt de la remettre à zéro) pour finalement s’aviser que s’il y a des individus capables de sacrifices alors elle est peut-être prête à revenir un jour sur Terre.

Franchement, je trouve ça long sur six numéros. Sur un recueil, ça passe mieux même si on se demande pourquoi avoir écrit ce récit. L’entrée en scène est trop hype, trop focalisée sur des images brèves et télescopées pour qu’on comprenne bien dans quel état est le monde. Pourtant Wood est expert en la matière, quand il s’agit de mondes dévastés (cf DMZ). On ne peut pas vraiment dire qu’il s’agisse d’un bouquin sur la toute-puissance qu’on a tous imaginé avoir, puisque Mara n’agira jamais comme, par exemple, les membres de The Authority. Il y avait pourtant fort à faire dans la critique et la pro-intervention, surtout quand on voit ce qui arrive à son frère. Son retournement de situation soudain, son dernier pouvoir révélé se semble trop rapide, transformant Mara en girouette lunatique.

Reste qu’il y a les dessins de Ming Doyle qui sont vraiment superbes et qui donnent un peu d’intérêt à l’ensemble. Donnant corps au monde et à l’héroïne titre, Wonder Woman afro-américaine superbe (on va dire que la nation est l’Amérique, hein, même si ça n’est jamais explicité comme cela).

Mais ça fait tout de même très maigre pour un récit qui s’appesantit sur son développement énigmatique et qui ne révèle son sens qu’au dernier numéro. Il y a 20 ans, ce titre aurait peut-être eu de l’intérêt, voire proposé quelque chose de nouveaux. Mais après des gens comme Warren Ellis ou Grant Morrison, Brian Wood semble avoir loupé le coche et développé son idée beaucoup trop tard. Dommage.