Onirique Comics 7.1

Accueil > Para-comics / Meta-comics > Legendary : Marvel Deck Building Game

Legendary : Marvel Deck Building Game

lundi 20 octobre 2014, par Mathieu Doublet

(Upper Deck / Devin Low)


Legendary est un jeu de cartes évolutif se passant donc dans l’univers Marvel. Mais un "jeu de cartes évolutif", qu’est-ce que c’est ?
Pour la faire courte, dans les années 90, un jeu de cartes appelé Magic a révolutionné le carton à taper avec une idée tirée des cartes à collectionner sportives ou de super-héros (déjà !) disponibles aux USA : elles étaient plus ou moins rares et on pouvait donc en achetant un paquet tomber sur des cartes plus ou moins puissantes et surtout être obligé d’acheter un bon paquet de paquets (oui oui !) afin d’avoir la collection complète ou pour avoir le jeu ultime qui éclatait celui de ses petits camarades. (Je vous rassure, le jeu était très riche et la constitution d’un jeu ultime quasi-impossible.)
Très rapidement, un marché de la carte à l’unité s’est mis en place avec cotation et tout le toutim. De nombreux jeux ont suivi mais les acheteurs n’étant pas disposés à dépenser cinquante millions de brouzoufs dans plusieurs jeux, il a fallu trouver une autre idée.

Ce n’est qu’assez récemment (allez, je dirais 4 ou 5 ans) qu’un nouveau principe a été abordé. En effet, le jeu de cartes évolutif contient tout ce qu’il faut pour jouer pour plusieurs joueurs. Ainsi en achetant une boîte, vous avez réellement toute la collection et des chances égales pour chaque joueur. Bien entendu, la machine est pensée et créée pour accepter des extensions (comme il est souvent le cas pour des jeux de plateaux classiques qui connaissent le succès). Je reviendrai sur les extensions du jeu qui nous intéresse un peu plus tard.

Dans la boîte, il y a tout ça.

Legendary est donc un jeu de cartes mettant en scène les héros Marvel luttant contre les super-vilains. Au début du jeu, on part avec une main de 6 cartes composées de deux sortes d’agents du SHIELD. Certains agents permettent de recruter des super-héros (il y en a 5 disponibles au début de la partie et ils sont renouvelés au fur et à mesure), les autres permettent de casser du super-vilain (mais avec une force réduite, ce qui en fait plus des soutiens pour super-héros que de véritables combattants). Ces agents vont donc vous permettre de recruter des héros qui eux aussi ont des capacités de recrutement ou de combat ainsi que certains super-pouvoirs.
Et c’est là qu’on aborde le côté "Deck Building" du jeu. Comme son nom l’indique, il s’agit de construire son paquet de cartes au fil du jeu, garder les meilleures cartes et essayer de se débarrasser des plus faibles afin qu’elles n’arrivent que rarement dans votre main au bénéfice de cartes plus puissantes. Une technique de jeu qui a connu son essor avec le très intéressant Dominion.

Chaque héros dispose de 3 types de cartes, plus ou moins rare et plus ou moins puissant.

L’autre bonne idée de Legendary, c’est qu’il y a à la fois un grand vilain à affronter mais aussi un scénario. Rien de bien raffiné, rassurez-vous, on n’est clairement pas dans le cas d’un jeu de rôle. Mais chaque scénario aura des mini-règles supplémentaires qui feront de chaque partie une expérience inédite et surtout des conditions de fin de partie qui signifient l’échec des joueurs. Un scénario permet de sauver Hope pendant le Messiah Complex (il faut empêcher trois vilains de s’enfuir avec le bébé) ; celui qui émule Secret Invasion permet de révéler certains héros recrutables comme des Skrulls ce qui transforme d’éventuels alliés en ennemis redoutables ; celui qui reprend Inferno où les citoyens sont transformés en démons inclut Jean Grey (là encore une héroïne normalement alliée) en verison Goblin Queen capable de transformer des passants en démons qui augmentent sa puissance. Des passants ? Eh oui, il arrive que des passants soient capturés par les vilains, il vous faudra donc penser les sauver.

Un scheme à l'allure pas terminée car le visuel est différent sur les cartes.

Ces vilains ont la belle vie et mettent la pression sur le joueur puisqu’à chaque tour, une nouvelle carte vilain va être jouée. Les vilains ont cinq emplacements qui illustrent leur progression : les égouts, la banque, les toits, les rues et finalement le pont. Si les vilains réussissent à être poussés de cette case, cela ne signifie pas qu’ils mettent fin à leur jour mais qu’ils ont réussi à s’échapper. Et bien entendu, cela va inclure un malus pour les joueurs. Sachant que le vilain en chef a aussi ses cartes événements qui vont gêner les joueurs et / ou le rendre plus fort, les héros auront fort à faire, d’autant que le vilain en chef doit être vaincu quatre fois au cours de la partie pour la gagner (voire cinq pour les joueurs qui en veulent).

Loki en grand vilain avec ce qu'il se passe à chaque fois qu'une carte Master Strike apparaît.

Legendary a donc un parfum de jeu collaboratif car chaque joueur autour de la table a d’abord comme objectif d’empêcher que les vilains ne réussissent leur plan. Ceci étant, il y a des points à gagner pour chaque vilain vaincu et passant sauvé. Du coup, un score est attribué à chaque joueur afin de déterminer un gagnant, "le super-héros le plus héroïque". Il ne faut donc pas considérer Legendary comme un véritable jeu collaboratif et il y aura l’occasion de se faire quelques crasses entre joueurs si vous voulez la jouer compétitif. A vous de voir quelle ambiance vous voulez donner au jeu.

La boîte de base inclut 8 plans machiavéliques, 4 chefs, 8 groupes de super-vilains, 10 groupes d’hommes de main (de la chair à canon comme les membres d’Hydra ou d’AIM) et 15 héros différents. Comme au début du jeu, vous choisirez 5 héros sur les 15 (3 en version solo), il y a un nombre important de combinaisons possibles et donc un beau nombre de parties même si celles-ci peuvent être soient extrêmement faciles (les héros se combinent très bien) ou très dures (au contraire, les héros sont spécialisés dans un seul domaine ce qui laisse une opportunité de sortie aux vilains).
A noter que le plateau fourni dans la boîte est imposant. Si on n’a pas beaucoup de place, on pourra jouer sans une fois familiarisé avec le jeu.

Legendary s’adresse tout de même à une catégorie de joueurs particulière : fans de comics et anglophones. Comme je n’ai pas forcément ce type de joueurs autour de moi, je suis bien obligé de jouer en solo. Et c’est aussi pour cela que je me suis lancé dans l’aventure Legendary qui devient une espèce de solitaire complexe.
Vous jouez contre le vilain avec un peu moins de cartes et de héros et vous pouvez noter un score qui vous permettra de rejouer dans les mêmes conditions et de faire de mieux en mieux. Sur le site Board Game Geek (consacré à tous les jeux de société), vous pouvez retrouver des scénarios crées par des fans qui donnent des situations de jeu assez intéressantes. Le seul bémol étant que vous êtes obligés d’avoir le jeu principal et l’extension Dark City pour pouvoir pleinement en profiter.

Oui, ce jeu a des extensions. C’est le modèle économique du jeu de cartes évolutif. Dans le jeu de base, vous avez des membres des Avengers, des X-Men, un Spider-Man et un Nick Fury (une quinzaine de héros quand même, donc de quoi jouer longtemps). Des petites extensions sont ensuite apparues : Paint the Town Red pour les personnages affiliés à Spider-Man ; Fantastic Four et Guardians of the galaxy pour ... vous voyez bien pourquoi.
Une "moyenne" extension, appelée Dark City fait apparaître le groupe X-Force ainsi que les Marvel Knights (avec des héros comme Daredevil, Ghost Rider ou encore Elektra). Cette extension possède de nouveaux pouvoirs et de nouvelles sauces pour rendre le jeu un peu plus compliqué (mais rien d’insurmontable).

Comme l’éditeur Upper Deck a vu que le tout fonctionnait bien, il a eu l’excellente idée de sortir une grosse extension "stand alone" (ce qui signifie qu’elle peut se jouer comme une extension ou comme un jeu complet à part) dénommée Villains. Peu de suprise : on va y jouer les super-vilains et on devra éclater du super-héros. A vous d’empêcher les super-héros de construire une super-prison, de couronner Thor à Asgard ou d’intégrer la X-académie. Comme les systèmes de jeu sont compatibles, on peut tout à fait concevoir des défis où super-héros et super-vilains seront partenaires.

Une petite Rogue pour la route.

Difficile de dire si le jeu est facile ou difficile en solo puisque c’est surtout le nombre de points qui va définir la qualité de la partie et que cela dépend beaucoup du hasard de sortie des cartes. Il me semble cependant que le jeu dans sa version classique (donc sans variante) est assez simple à plusieurs joueurs surtout si on le prend comme un coopératif. En compétitif, on ne pourra pas toujours prendre les cartes que l’on souhaite et faire des combinaisons intéressantes. Ceci étant, le vrai point fort du jeu, c’est qu’on peut revivre les événements qu’on a lus dans les comics et qu’il y a des règles bien fichues pour les adapter en jeu.
Le site Board Game Geek (cité ci-dessus) contient aussi pas mal d’extensions conçues par les fans qui permettent de jouer l’équipe de ses rêves (oui, même Power Pack si ça vous fait plaisir).
En étant un terrain de jeu ouvert où chacun pourra y trouver son plaisir, Legendary est une belle expérience de jeu dans un univers super-héroïque, un peu cher certes mais qui sera bien amorti si vous prenez le temps de faire quelques parties.

(Durée d’une partie solo quand on commence à maîtriser le jeu : 30-45 minutes, installation et rangement compris).