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John Tiffany tome 1 : Le secret du bonheur

dimanche 11 mai 2014, par Mathieu Doublet

(Le Lombard / Stéphane Desberg / Dan Panosian)

John Tiffany est un chasseur de primes, le genre de bonhomme qui va être capable de traverser la planète pour aller dénicher un terroriste sur laquelle une belle prime a été définie. Il ne bosse pas seul et a toute une petite équipe avec lui : un informaticien chinois qui veut se convertir au judaïsme pour sa petite amie, une femme si conservatrice qu’elle ne renie pas avoir torturé des prisonniers pendant son activité militaire, un prêtre très "profite de la vie comme tu veux tant que tu as de bonnes intentions" et une poupée slave qui se trouve être "la prostituée de sa vie". Entre un métier risqué et une vie de famille des plus compliquées (John est divorcé avec un fils), le chasseur de primes va se rendre compte d’une chose : il est maintenant le gibier et avec 800 000 dollars à la clé, autant dire que bien du monde va être intéressé pour le retrouver. Et quand John comprend que si on l’a trouvé, c’est qu’on l’a trahi, le nombre de suspects n’est pas très important ...

Stéphane Desberg, scénariste prolixe de bande dessinée franco-belge, tâte donc dans le policier à l’américaine spectaculaire. Il va donc y aller franco dans tous les clichés les plus usés et les personnages les plus caricaturaux possibles. Et forcément, ça passe. Ca passe parce qu’on connaît déjà ces personnages, qu’il n’y a pas besoin de les présenter même s’ils ont leur petit secret, ce qui les éloigne d’un modèle parodique qui aurait été fatal à la lecture de l’album. Alors ça va canarder sec, les voitures vont voler, exploser, les filles sont canons et ne résistent pas longtemps au charme du héros. Bref, c’est de la série B complètement assumée avec quelques pistes "fil rouge" pour garder le lecteur à bord et lui faire comprendre qu’il peut rester pour les trois albums à venir.

J’avoue complètement que cet album me serait probablement passé à côté si Dan Panosian n’avait pas été à bord. Dan "Barbarian" Panosian, c’est un artiste américain que j’ai pu croiser pendant mes lectures sur les séries mutantes des débuts des années 90, bossant si je ne m’abuse avec le studio Awesome dirigé par Rob Liefeld. On le retrouve comme encreur puis il se fait discret avec seulement la présence de couvertures détonantes et l’apparition dans des artbooks comme le Drink ’n’ Draw où des artistes se rencontrent pour boire un coup et dessiner un peu. Comme on peut facilement le rallier aux proches de Jimmy Palmiotti, on le retrouve sur la plupart des productions Paperfilms comme dessinateur de pin-up mais il a aussi dessiné quelques pages du Harley Quinn #0 ou encore de la mini-série G.I. Combat, co-scénarisés par le papa de Painkiller Jane.
Voir Panosian sur du franco-belge, c’est une très bonne nouvelle. D’un point de vue éditorial, ça n’est pas entièrement étonnant. En effet, Desberg a par le passé écrit L’étole du désert et Le scorpion, deux séries dessinées par Enrico Marini, dessinateur italo-suisse qui mélange pas mal d’influences BDesques et qui fournit des pages très séduisantes. A lire ce premier album, je me suis dit que le projet a dû être à un moment proposé par Marini, on retrouve le même genre de héros, conçu sur un même modèle de baraque brune avec un côté bad boy assumé. Sachant que les héroïnes sont en général fort girondes, on est aussi dans un rayon que Marini maîtrise particulièrement bien. Et donc que faire quand le dessinateur auquel vous pensez bosse déjà sur une série que vous écrivez, d’autant plus bankable ? Il faut trouver un remplaçant.
Et Panosian se tire très bien de la tâche qu’on lui donne. Alors attention, pour les amateurs du dessinateur précédemment cité, ça ne va pas être la même chose, non, pas du tout. Car Panosian est capable de dessiner des cases absolument superbes, détaillées, sexy, sur lesquelles le travail est léché comme il est capable de réaliser des cases qui ne semblent pas terminées. Si cela donne un côté parfois très jemenfoutiste à l’ensemble, on peut tout aussi bien argumenter que la bande dessinée ne serait pas aussi nerveuse si toutes les cases avaient reçu exactement le même soin et on y trouve aussi parfois un petit côté à la Eduardo Risso sympathique. Ceci étant, on notera que Panosian ne se retranche pas derrière le coloriste pour réparer ses erreurs, puisque c’est lui qui se charge aussi des couleurs et des trames. Au final, le boulot est là, de facture honnête et servant le scénario pop-corn de bien belle façon. On pourra peut-être penser que le dessinateur ne s’est pas foulé sur la couverture alors qu’il est capable de faire bien mieux aux US mais là encore, je pense que la politique éditoriale du Lombard a exigé une couverture blanche classique caressant les lecteurs habituels de la collection dans le bon sens.

Alors, ce John Tiffany, au final ? Hé bien, après une deuxième lecture, ça se lit très bien, et ça doit aussi s’oublier assez vite. Il ne faut pas y chercher beaucoup de subtilité, c’est du bourrin, du brutal, c’est du blockbuster mis en images sur papier. Il ne reste plus qu’à espérer que Dan Panosian reste à bord pour les quatre volumes car il est une valeur ajoutée incontestable à l’ensemble.