Onirique Comics 7.1

Accueil > Chroniques > DC Comics > Wonder Woman > Wonder Woman #1-24 (New52)

Wonder Woman #1-24 (New52)

jeudi 3 avril 2014, par Mathieu Doublet

(DC Comics / Brian Azzarello / Cliff Chiang, Tony Akins & Goran Sudzuka)

Lu en numérique.

Certains humains n’ont pas de chance. Prenez par exemple, la jeune femme qui s’appelle Zola. Habitant en pleine forêt de façon assez isolée, elle va se retrouver envahie par des étrangers. Tout d’abord par quelqu’un qui la met en garde puis par deux centaures. Oui, oui, des créatures mi-humaines, mi-cheval. Et avouons que cela fait beaucoup. Alors quand le premier étranger lui lance un objet, son réflexe est de l’attrapper, il s’agit peut-être de quelque chose pour se défendre. Mais la clé refilée par Hermès, le dieu des voyageurs, fait transporter la jeune femme dans un appartement londonien, et pas n’importe lequel puisqu’il s’agit de l’appartement de Wonder Woman, rien que ça. Il faut dire que Zola est enceinte et qu’il s’agit d’un enfant de Zeus. Alors quand des oracles prédisent qu’un enfant de Zeus en tuera un autre et prendra sa place, autant dire qu’on pense toujours au dernier arrivé (ou à naître). C’est plus facile à éliminer. D’autant qu’Héra a toujours du mal à supporter les infidélités de son mari, alors autant dire que tout le Panthéon grec va se faire une joie de coincer Zola et son enfant. D’autant que Zeus, dans l’affaire, est aux abonnés absents.

Brian Azzarello, malgré son apparition dans les titres Flashpoint (la version du Batman), est beaucoup plus connu pour des récits sombres et violents avec des bandits en tête d’affiche que ce soit pour son oeuvre pharaonique qu’est 100 Bullets ou bien les hommages aux grands vilains que sont les albums Luthor ou Joker. Certes Spaceman avait commencé à nuancer les choses mais il est tout de même étonnant de voir le scénariste s’occuper d’un titre complètement super-héroïque. Encore que, à bien y regarder, cette série a pas mal de points que ne rechignerait aucunement le label Vertigo.
En effet, on va surtout causer famille dans Wonder Woman avec le portrait des dieux grecs qui m’ont véritablement fait penser à la famille des Endless de Sandman. Chacun a sa personnalité propre et les relations douces amères qu’ils entretiennent avec son lot d’absents renvoit au modèle créé par Gaiman avec une approche un peu plus frontale, moins subtile, puisqu’une bonne partie convoite le pouvoir laissé vacant par Zeus. Un héros, appelé Lennox, renverra lui plutôt à John Constantine avec son caractère de chien et sa tendance à toujours vouloir rentrer dedans.
Quant à Wonder Woman, le scénariste ne va pas lui faire de cadeau puisqu’elle maltraître complètement son origine traditionnelle. Finie l’histoire de la statue d’argile (chose aisée grâce au New52), fable très enfantine qui convenait complètement aux Amazones de Themyscera. Azzarello révèlera dès le numéro trois que Diana est elle aussi déesse par filiation, ce qui va lui compliquer la vie mais aussi lui donner une véritable place dans cette intrigue puisqu’elle arrive à hauteur des dieux qu’elle va devoir affronter, serait-elle une demi-déesse.
Et le scénario, est-il bon ? Pas mal, oui, très prenant, de quoi manger les 24 numéros en une vitesse record. Il faut qu’Azzarello possède bien ses personnages et arrive à les rendre intéressants, attachants, jouant de leurs faiblesses, et transformant une harpie détestable en personnage qu’on se surprend à aimer. Reste qu’un point d’intrigue m’a fait tiquer (le lecteur sait où se trouve Zeus normalement, ce qui est assez étrange dans le jeu auquel se livrent les dieux grecs) et j’espère que le scénariste ne le laissera pas en plan trop longtemps.

Pour accompagner cette histoire très agréable, DC a fait un bel effort et choisi une équipe véritablement douée. Cliff Chiang est le dessinateur attitré. Après avoir bossé sur The Spectre, Zatanna ou encore Greendale, l’artiste met son trait très séduisant et très pulp au service de l’Amazone. Celle-ci aura rarement été aussi belle et juste (d’autant qu’Azzarello vise parfaitement en créant un personnage qu’on imagine parfaitement en Ambassadrice de Paix) sans insister sur un look trop fan-service. Séduisante, l’Amazone n’en est pas moins redoutable et Chiang réussit tout autant à montrer la sagesse de l’héroïne que sa force. Les ennemis sont à la hauteur et leur diversité montre bien que le dessinateur est talentueux. L’encrage très particulier qu’utilise Chiang qui joue véritablement sur l’épaisseur de ses traits fait que j’apprécie vraiment son travail.
Chiang abat une belle somme de travail mais ne peut pas fournir un titre complètement mensuel. Il est donc rejoint par Tony Akins que l’on a pu voir essentiellement sur le titre Jack of Fables. Le dessinateur a prouvé qu’il était capable d’excellent travail avec là encore une composante sexy sans trop en faire. Son trait est plus commun que celui de Chiang mais est tout aussi satisfaisant surtout quand on lit la série sur une telle longueur. Le troisième dessinateur est Goran Sudzuka, que l’on connaît pour son travail de fill-in sur Y The Last Man. On reconnaît la patte du croate qu’on retrouve avec plaisir. Le trait est fin et là encore les héroïnes ont une épaisseur qui leur fait dépasser leur statut habituel de pin-ups.

Au final, comme les rumeurs le laissaient entendre, Wonder Woman est un excellent titre en ce qui concerne le New52, bien meilleurs que d’autres titres qui se vendent par wagons entiers. Azzarello crée une atmosphère de famille vraiment très agréable, manie bien ses personnages, rappelle parfois le run de Greg Rucka sur le titre pré-New52, bref, signe un titre bourré de qualités. De quoi être très intéressés par le devenir des personnages qui sont loin d’être arrivés au bout de leur aventure.

A noter que les 24 numéros (plus le #0, qui revient sur la jeunesse de Diana et qui développe sa relation avec Ares, dieu de la Guerre) sont compilés dans les quatre premiers recueils.