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Forager

mardi 4 février 2014, par Mathieu Doublet

(Paperfilms / Jimmy Palmiotii & Justin Gray / Steven Cummings)

Lu en numérique.


C’est enfin le temps de prendre des vacances pour la famille ... Glenn est un auteur qui a du mal à retrouver le succès de ses précédents bouquins et Joan est une business-woman affairée qui craint de perdre son job pour avoir simplement pris quelques jours de congés. Alors ce voyage dans l’espace est une chance inespérée de retrouver la magie de l’esprit de famille et de faire découvrir à leur fille Ellie quelques beautés du système solaire tout en appréciant une palanquée de dispositifs sportifs ou de relaxation. Alors que la tension familiale n’est pas encore tombée, les choses prennent une tournure assez bizarre quand Ellie annonce à une femme qu’elle est enceinte et quand elle manque de se noyer après avoir entendu de "jolies voix". Alors que la petite fille est déjà atteinte du syndrome d’Asperger (une forme particulière d’autisme), autant dire que les parents sont alertés mais ont-ils de quoi l’être ?

Forager, c’est le dernier projet Kickstarter produit par Paperfilms, c’est à dire la boîte de Jimmy Palmiotti et ses amis. Il retrouve son partenaire habituel Justin Gray pour tâter un peu de science-fiction, genre qu’ils n’avaient pas encore véritablement abordé. Oui, il y a eu du fantastique, des éléments technologiques, mais dans Forager, ça va causer espace, extra-terrestres et humains. Les deux scénaristes jouent avec le lecteur qui ne peut que partager l’avis de beaucoup de personnages : si jamais nous rencontrions des extra-terrestres, pourrions-nous leur faire confiance ? Il n’y a qu’Ellie qui peut causer avec ces "aliens" et la petite fille étant loin d’être la personne la plus rationnelle, le danger peut toujours émerger. Mais, comme le disent les auteurs en postface, les aliens ne sont là qu’en tant qu’élément d’histoire, ils ne sont ni le sujet, ni le véhicule majeur du déroulement. Ils sont là parce que l’histoire ne peut pas se faire autrement mais agissent en rôle de léger catalyseur aux interactions finalement très limitée avec le reste des protagonistes. Comme d’habitude, avec Gray & Palmiotti, les personnages sont réalistes, avec une tension que l’on peut tout à fait comprendre et les vingt premières pages qui nous font entrer dans une famille relativement moderne et donc stressée.
J’avoue que j’avais un peu peur que ce démarrage soit l’annonce d’un récit qui donne une impression de trop peu. Or dans Forager, ça n’est pas le cas. Découpé en deux chapitres d’une trentaine de pages, le récit va aller jusqu’au bout de son histoire en donnant au lecteur un début, un milieu et surtout une fin. Alors si celle-ci a des goûts de fin ouverte (on pourrait développer le concept comme une série à la Sliders), on comprend le propos essentiel des auteurs a été clairement démontré. Forager est une fable humaniste, écologique qui prône la responsabilité de l’être humain face au milieu qu’il habite. Bref, de la pure SF dans les règles de l’art.

Steven Cummings est un artiste qui a longtemps fréquenté le forum Paperfilms et qui a collaboré avec les scénaristes sur Ame-Comi Girls. On le retrouve aussi sur le premier galop d’essai de Shanna chez DDP et force est de constater que je n’ai pas grand chose à dire de plus. Steven Cummings est inspiré par les mangas, c’est son style et on comprend mieux qu’il travaille de cette façon s’il habite bien au Japon comme nous l’apprend sa biographie en fin de bouquin. Je n’ai jamais été un grand fan de son travail et Forager montre que si les planches sont claires au niveau de la construction et de la mise en page, certaines cases montrent les limites du dessinateur. Que les décors soient un peu vides, que les cases soient moins fignolées, que certains visages aient une expression étrange (surtout quand le cadrage est un peu particulier), la copie est bonne mais imparfaite. Si je m’en tiens à mon expérience incomplète (je n’ai pas lu tout ce qu’il a dessiné (et Cummings a du boulot derrière lui comme vous pouvez le voir sur sa fiche de Comicbookdb.com), je pense déceler une amélioration de son travail grâce aux couleurs de Challenging Studios qui se charge des derniers titres Paperfilms comme Sex & Violence ou encore Weapon of God (oublié de le chroniquer, celui-ci). La couleur apporte un véritable plus, un relief très net, tout en restant toujours dans l’aspect mangaïsant du comic-book. C’est presque comme si on avait des coloristes japonais à bord et les personnages en tirent profit dès les premières pages.

Au final, Forager est certainement le titre que je préfère de Justin Gray & Jimmy Palmiotti jusqu’à présent parmi leurs travaux en creator-owned. Le fait que j’ai vu ma soif étanchée y est pour beaucoup et j’ai aussi beaucoup apprécié le côté positif du message. Un titre qui mérite effectivement son qualificatif de "all-ages" sachant qu’il peut s’apprécier à partir du collège voire un peu avant.

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