Onirique Comics 7.1

Accueil > Chroniques > Autres éditeurs > Genius

Genius

lundi 25 novembre 2013, par Mathieu Doublet

(First Second / Steven Seagle / Teddy Kristiansen)

Ted est un garçon hors du commun. Enfant, il a bien fallu se rendre compte que tout ce qu’on lui racontait une fois était intégré et assimilé dans sa tête. Rapidement, il passe de classe en classe en s’écartant
de plus en plus de ses camarades de classe. Ted est un génie, et si sa tête fonctionne merveilleusement, capable de faire naître des concepts scientifiques incroyables, son coeur lui a toujours un train de retard. Il réussit cependant à se marier et à avoir deux enfants, un garçon et une fille. Il est obligé aussi de vivre avec son beau-père, ancien militaire, qui le considère comme une poule mouillée. Sachant que le vieillard est aussi atteint de la maladie d’Alzheimer, autant dire qu’il est loin d’être un grand-père agréable à vivre. Et puis, voilà qu’un jour arrive la triste constatation, Ted n’arrive plus produire quoi que ce soit d’intéressant, comme si son génie s’était desséché. Cette triste réalité se conjugue avec le fantôme de son idole Einstein, une femme qui a des soucis de santé, un fils qui commence sérieusement à penser aux filles et une petite fille qui risque bien d’être un génie à son tour. Après avoir développé son cerveau, Ted va devoir développer son coeur, et ça n’est pas la chose pour laquelle il est le plus doué.

Avec un récit sensible à propos d’un homme à l’intellect au dessus des normes, Steven Seagle aborde bien entendu plusieurs thèmes. La famille et ses problèmes de communication en est un, mais il est aussi question de limites, d’idoles, et de dépassement de soi-même. Le personnage principal est quelqu’un que l’on comprend tout en ayant envie de lui ouvrir les yeux sur ce qui est vraiment important. Mais maintenir une sécurité financière dans une Amérique délaissant les plus fragiles est-il plus ou moins capital que de parler avec ses proches ? Alors que Ted s’enfonce et ne semble voir une issue dans les propos d’un vieil homme malade, le scénariste s’évertue à lui présenter des solutions alternatives qui lui permettrait de s’en sortir même momentanément, histoire de prendre un peu de recul. La fin, maline et positive, montre qu’un tel homme peut tout à fait s’en sortir du point de vue professionnel à condition de réfléchir un peu plus loin que ses obsessions.

Et c’est Teddy Kristiansen qui accompagne à nouveau Seagle sur Genius, après des albums comme l’excellent It’s a Bird ou encore l’adaptation anglaise du très bon Carnet Rouge. Un récit aussi humain ne pouvait trouver meilleur artiste que Kristiansen. Avec un minimalisme de décors (teintés de grisâtre ocre ou bleuté), le dessinateur se penche sur ses personnages avec soin. Ted est ce personnage à la fois manipulé et manipulateur qui peut se révéler très calculateur auquel le visage ajoute une véritable valeur à ses paroles. Kristiansen soigne tout autant les autres membres de la famille : la femme de Ted est douce et fragile, le grand-père est un véritable petit vieux acariâtre mais possède pourtant plus de relief (normal, aux yeux de Ted, c’est lui qui détient les clés du mystère). Restent les enfants de Ted qui sont plus passe-partout, a fortiori pour la cadette qui est invisible aux yeux de son père et devient une quantité minimale de traits sous la plume de l’artiste.

Genius est donc un récit attachant, fort et humain à la conclusion agréable. A la fin du bouquin, j’aurais aimé en savoir plus sur ce qui arrive au reste de la famille mais le livre reste ciblé sur son héros du quotidien comme le concept le veut. Un léger bémol qui ne doit pas vous empêcher de lire cette excellente histoire.


Pour acheter ce livre :

En VO :

Sur Amazon.com :

Sur Amazon.fr :