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Fairy Quest Vol. 1 : Outlaws

dimanche 22 septembre 2013, par Mathieu Doublet

(Mafufo - Clockstop Entertainment / Paul Jenkins / Humberto Ramos)


Etre personnage d’un conte, ça n’est pas de tout repos. C’est un peu comme aller au boulot, réciter les mêmes lignes au même moment à chaque fois que
quelqu’un lit son histoire, ne pas être capable de profiter de repos et surtout, ne pas aller contre la tradition. Alors quand le Petit Chaperon Rouge
et le Loup sont copains comme cochon, forcément ça fait désordre et monsieur Grimm, le chef qui gère toutes les fables, compte bien faire rentrer ce petit
monde dans l’ordre. Au bout de trois avertissement, c’est la machine à laver les cerveaux qui les attend. Alors il faut réussir à s’échapper mais dans un monde
où beaucoup trouvent qu’il ne faut pas changer d’un iota, le Petit Chaperon Rouge et le Loup auront des difficultés à trouver des alliés.

En retard, moi ? Il faut dire que si Fairy Quest a bénéficié d’un projet Kickstarter ayant
eu son petit succès (on est à +50% d’accord mais sur une certaine somme), la réalisation concrète du projet et le fait que chacun reçoive ce pour quoi il a payé
a été assez chaotique (un mauvais élément dans la chaîne et c’est le chaos). J’ai donc reçu ma version papier bien tard, plus tard même que la version française
qui n’a pas attendu que les américains soient servis. Au final, une très jolie bande dessinée à l’européenne, 48 pages d’histoire cartonnées avec une couverture
contenant du relief et des éléments mats et brillants, du joli bouquin donc.
En ce qui concerne l’histoire, j’avais toujours un petit doute sur le bien fondé d’un bouquin comme Fairy Quest alors que les reprises de personnages de contes et
légendes, Fables en tête, avaient déjà bien fait le tour de la question. Paul Jenkins ne s’en sort pas si mal, voire même très bien, en partant d’un concept inverse
à l’oeuvre de Bill Willingham. Les personnages de contes ne veulent pas rentrer chez eux, au contraire, ils veulent en sortir, la faute à un cadre bien trop serré pour
certains d’entre eux. Je ne sais pas si Jenkins le fait exprès, mais sachant que les contes sont à l’origine de tradition orale et qu’ils ont pas mal de libertés suivant
la personne qui les racontent, l’écrivain se positionne contre l’écriture des contes et leur structure invariable. De la part de quelqu’un qui scénarise des bouquins, c’est
assez cocasse. Le scénariste va partir de son idée et la traiter tout à fait correctement, même si le fond est très classique. Car que ce soit des jeunes avides de liberté
face à un adversaire rigide ou bien les personnages de Fairy Quest, l’histoire reste la même.

C’est le dessinateur Humberto Ramos qui est à l’origine de Fairy Quest avec le design de plusieurs personnages de conte, modifiés à sa sauce sur laquelle il espérait trouver
une histoire. Le design (comme on peut le voir dans Fairy Quest : The Narrator’s Book) est forcément très réussi et porte bien la patte de l’artiste. On est entre le personnage
aux grands yeux (à la Barbara Canepa) et plutôt sexy et le côté jeune et légèrement super-deformed que Ramos a intégré à son style. Alors le sentiment est un peu étrange car
on est à la fois dans un cadre plutôt fun et adolescent et dans un autre relevant des oeuvres de Zenescope Studios (les Return from Wonderland et autre Grimm Fairy Tales). Accompagné
des superbes couleurs de Leonardo Olea, les dessins de Ramos composent de superbes planches de bandes dessinées. La composition est classique et pas trop mal fichue même si j’avoue
avoir trouvé parfois un côté statique et des courses poursuites qui auraient pu être plus parlantes et si les cases d’action étaient un peu plus grandes.

Je trouve que ne pas du tout citer le projet Kickstarter dans le bouquin est une belle erreur par rapport aux fans qui ont tout de même bien financé le bouquin. Comme on ne le trouve ni
dans l’album, ni dans le bouquin ’making of’, c’est très frustrant (sans parler de la partie impression / envoi qui n’a pas été parfaite). J’y lis peut-être plus que la véritable raison
mais un projet Kickstarter n’est pas synonyme d’amateurisme et ça n’est pas parce qu’un produit est classe qu’il peut ignorer son financement.
Fairy Quest est donc un superbe objet doublé d’un récit solide mais pas très original et d’un graphisme absolument ravissant.


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