Onirique Comics 7.1

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Elk’s Run

lundi 9 juillet 2007, par Mathieu Doublet

(Villard Books / Joshua Hale Fialkov / Noel Tuazon)


John est un jeune homme qui vit à Elk’s Ridge, un petit village qui a abrité pendant longtemps une mine de charbon.
Mais au bout d’un moment, la mine s’est avérée peu rentable et le village a failli perdre ses habitants. Pourtant les
gens restent, personne ne travaille et tout le monde vit tranquillement. En tout cas, c’est comme cela que voit le jeune
homme voit sa vie. Celui-ci veut progresser, aller voir ailleurs, partir d’Elk’s Ridge pour suivre des études supérieures
mais son père, vétéran du Vietnam, ne voit pas les choses comme cela. Tout le monde est bien à Elk’s Ridge, les habitants
ont tout ce qu’ils désirent et le reste du monde ne peut rien apporter de plus. Elk’s Ridge c’est le paradis.

Alors quand l’un des amis de John se fait faucher par la voiture d’un des habitants désespéré car sa femme est partie en emmenant
son enfant, les choses prennent une tournure facheuse. John se rend compte que le monde d’Elk’s Ridge n’est pas si rose que cela.
Et plus le temps avance, plus il se rend compte qu’il n’est pas le seul à vouloir sortir du village. Mais va-t-on laisser quatre gamins
faire ce qu’ils veulent ? Dans un village comme Elk’s Ridge, certainement pas.

Elk’s Run est un comic-book bien particulier. Tout d’abord par son histoire éditoriale. Le scénariste Joshua Hale Fialkov s’est tout
d’abord lancé dans l’aventure risquée de l’auto-publication. Malheureusement, l’aventure capote. Ce n’est pas pour autant qu’elle se termine
puisque le titre est ensuite repris par la maison d’édition Speakeasy ... qui déposera le bilan peu après. Pourtant le titre ne disparaît pas
car il faut dire qu’entre temps Elk’s Run est nominé aux Harvey Awards (l’autre prix des comic-books avec les Eisner Awards) : meilleur scénariste,
meilleur artiste, meilleur lettrage, meilleur artiste de couverture, meilleur nouveau talent, meilleure mini-série et meilleur numéro mensuel (qui
marque un vrai tournant dans la mini-série). Bref, autant dire un titre qui a des qualités. Malheureusement, Elk’s Run ne remportera rien en 2006.
C’est donc Villard Books qui reprend la mini-série et qui permet donc de publier l’intégralité du bouquin, intégralité inédite puisque Speakeasy
n’aura pas pu le publier en entier.

Bien particulier aussi car Elk’s Run est un comic-book qui diffère des comics habituellement publiés : pas de super-héros, pas d’heroïc-fantasy, pas
de récit introspectif. Non, Elk’s Run, c’est un récit horrifique sans qu’il y ait de monstres, de zombies ou de cannibales. C’est un récit avec pas mal
de suspense alors qu’il n’y a pas de bandits, pas de policiers (enfin si, mais ils n’ont qu’un rôle très court dans le bouquin), pas de vrai mystère
à découvrir. On est dans un pur drame construit par la folie des hommes, par la volonté d’obtenir un monde meilleur, par une bonne idée encore gâchée par
trop d’extrémisme. En cela, Elk’s Run change la donne et le fait agréablement. Je n’ai pas pu lâcher le bouquin avant de l’avoir fini. Fialkov rédige donc
un récit solide dont on veut connaître la fin. La mise en page est à quelques occasions perturbantes parce qu’on ne se rend pas forcément compte qu’on a à
faire à une double page. Passé de minuscule inconvénient, c’est du tout bon. Je ne dirai pas que l’on jubile en lisant ce livre, ce serait absolument faux.
Mais les personnages sont attachants, l’histoire est passionnante et comme on nous l’explique en introduction (que j’ai lue en dernier, je ne voulais pas me
gâcher la lecture, et j’ai bien fait !)
, l’histoire pose une question existantielle dont la réponse n’est pas si simple.

Si j’ai décidé de lire Elk’s Run, c’est entre autres grâce à un article dans Newsarama et cet article présentait aussi quelques planches de Noel Tuazon. Là
encore,
le style est particulier. Un graphisme qui n’est pas propre, pas détaillé (quoique, les cases ne semblent jamais vides), très direct dans ta face mais
sans chichi, sans esbrouffe. Voilà un graphisme fort sans se servir des codes habituellement utilisés. Tout cela donne un cachet particulier au bouquin. Peut-être
qu’en noir et blanc, le résultat aurait été moins probant mais les couleurs de Scott Keating donne un plus non négligeable.

Bref, Elk’s Run est une vraie réussite qui table sur son approche différente de la bande dessinée américaine sans renier son identité particulière. Vivement conseillé.


Pour acheter ce livre :

En VO : (en attendant une probable édition VF qui ne devrait pas tarder à mon humble avis)