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Ten Grand #1-12

mardi 14 avril 2015, par Mathieu Doublet

(Image Comics / J.M. Straczynski / Ben Templesmith, C.P. Smith et Matthew Dow Smith)

Que peut-on obtenir de nos jours pour 10 000 $ ? Pas grand chose me direz-vous. En tout cas, si vous allez au bar mal famé Lenny’s, vous trouverez peut-être un homme taciturne assis au fond sur une banquette avec l’air de ne pas vouloir être dérangé. Vous êtes en face de Joe Fitzgerald, un homme qui en a vu des vertes et des pas mûres comme par exemple la mort de sa douce et tendre Laura à portée de main.
Et donc pour 10 000$, Joe va essayer de régler vos soucis comme retrouver une personne qui vous est chère. C’est le cas de Debbie, une jeune femme qui vient solliciter ses services : sa sœur Sarah a rejoint un "groupe" (terme poli pour ne pas dire une secte) et il y a un petit moment, elle a téléphoné à ses proches pour leur dire qu’elle avait peur mais qu’elle n’avait pas les moyens de partir. Quand Debbie est allée voir elle-même, on lui a répondu que sa soeur était partie. Tout ça sent l’affaire très louche. D’autant que le mec qui dirige Divine Will, le "groupe" en question, est censé être mort. Joe est bien placé pour le savoir, c’est lui qui lui a collé une balle dans la tête il y a deux ans de cela.

Après une belle période d’absence, un run sur Spider-Man qui s’est fini en eau de boudin, une participation sur Superman ou Wonder Woman qui a connu le
même sort et Superman Earth One mieux accepté un peu partout, J.M. Straczynski revient sur le terrain des comics en creator-owned (terrain
qu’il avait déjà tâte avec Rising Stars ou encore Midnight Nation). Avec Ten Grand, JMS joue gros. Il mise sur un récit horrifique avec un soupçon de polar
mais aussi une belle histoire d’amour romantique. Car ce qui va motiver son héros, c’est de retrouver sa femme.
Elle au Paradis, lui sur Terre, il ne peut la voir que quelques instants à un moment bien particulier dont je vous laisse la surprise. C’est plutôt pas mal pensé mais trop guimauve à mon goût, d’autant que vont s’insérer dans l’histoire des anges et des démons. Là où Grim Leaper traite du même sujet avec humour (noir), JMS se prend un peu trop au sérieux. D’un autre côté, il tisse une intrigue avec un très bon rythme avec un personnage principal, loser mauvais garçon dur à cuire et donc forcément sympathique.

Quand Ben Templesmith rejoint le navire, on ne peut se dire qu’une seule chose "Mais pourquoi n’y a-t-il donc jamais eu de suite à Fell ?" Car Ten Grand, dans son ambiance de fin du monde où les créatures les plus pourries de l’univers existent bel et bien, n’en est jamais bien loin. Fitzgerald a d’ailleurs un peu l’allure du flic crée par Warren Ellis. Pour le reste, pas de grosse surprise, Templesmith fait du Templesmith avec un trait minimal mais efficace compensé par sa colorisation si particulière qui rend parfaitement la chaleur infernale qui règne dans certains lieux.

Les deux premiers numéros de Ten Grand sont donc sympathiques à lire. De mon côté, l’histoire des anges et des démons me ramènent à des lectures 10 ans auparavant et j’avoue que ces êtres faux mêlés à l’histoire d’amour trop sirupeuse me gâche un peu le tout. Ceci étant, je suis tout à fait près à suivre cette équipe artistique de haut niveau en espérant que les prochains numéros auront quelques bonnes surprises à nous offrir.


Mise à jour, un an et demi après ...

Voilà, j’ai relu les 12 numéros d’affilée et si cela m’a pris un peu de temps, j’ai apprécié le voyage. Alors oui, le côté sirupeux et "pouvoir de l’amour" était toujours là mais moins écœurant que je ne le pensais au premier abord. Et puis JMS se permet de faire quelques bonnes réflexions sur la religion. Bon, quand on a lu et joué à In Nomine Satanis / Magna Vertas (dont une nouvelle version va bientôt sortir - je sais, ça ne vous intéresse pas), ça sent un peu le réchauffé mais le scénariste trouve le moyen de tirer quelques excellentes idées de tout cela (ma scène préférée étant certainement celle avec Charon).

Le titre a connu pas mal de remous, le principal étant le départ de Templesmith après le numéro 4. Allez savoir si éditorialement, il y a eu du boulot, mais le changement de dessinateur avec l’arrivée de C.P. Smith se déroule de façon très fluide avec le scénario puisqu’il y a une véritable coupure qui permet d’accepter que les choses ne soient pas comme avant. C’est d’ailleurs pour cela qu’un autre dessinateur, dont le nom de famille contient aussi Smith, se chargera des toutes dernières pages du récit. Avec 3 Smith à bord, c’est à se demander s’il n’y a pas anguille publicitaire sous roche, mais passons ... A noter une autre ruse éditoriale, tous les flash-backs sont repris avec les pages du premier artiste, ce qui permet à l’artiste en cours d’avoir beaucoup moins de page à réaliser (car ces flash-backs se comptent réellement en pages et pas en cases comme cela est le cas habituellement).

C.P. Smith donne moins de cheveux à son héros mais avec une technique que j’imagine complètement informatique et un traitement des personnages très inspirées du jeu vidéo, il donne beaucoup plus de souplesses à ceux-ci et se permet parfois un côté cartoon qui permet de respirer dans une histoire qui est tout de même très sombre. Je suis assez curieux de voir sur quoi va bosser l’illustrateur par la suite (apparemment, il bosse peut-être pour DC Comics, pas pu en savoir beaucoup plus en cherchant son nom).

Les dernières planches tentent donc de recoller avec le style Templesmith
notamment par le biais de la colorisation. Mais les traits sont bien trop différents pour que la ruse opère. Ceci étant, ce ne sont que quelques pages et ça ne gêne absolument pas la lecture.

Au final, donc, j’ai beaucoup apprécié Ten Grand qui reste une très bonne surprise. Je ne suis pas vraiment convaincu par le derniers actes du "héros" qui va préférer la vengeance sournoise plutôt que ce qu’il voulait par dessus tout. Une fin qui montre que JMS se plie au pathos et à ce qu’il a semé précédemment dans l’histoire, s’emmêlant les pattes dans tout ce qu’il a dit précédemment concernant le libre-arbitre. Donc pour moi, tout est bien qui finit bien, même si ça n’est pas ce qui est imprimé dans le bouquin.

Messages

  • Pour te rassurer, il devrait y avoir une suite à Fell. Je ne sais pas où ça en est mais Ellis a mentionné une fois ou deux sur son blog que le travail était en cours.

    • C’est une très bonne nouvelle ! :D

      Maintenant j’espère que Templesmith va suivre. L’illustrateur a déclaré (sur son twitter ?) que le programme des conventions avait sérieusement alourdi sa vie et qu’il devait faire un choix, histoire de ne plus vivre dans des aéroports ...