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Artifice

vendredi 9 août 2013, par Mathieu Doublet

(AMW Comics / Alex Woolfson / Winona Nelson)

Deacon fait partie de la nouvelle génération de soldats synthétiques donc d’androïdes chargés de se battre pour le compte d’une corporation. Et aujourd’hui,
après avoir eu les mains menottées et s’être fait humilier par l’un de ses deux gardiens humains, il doit rencontrer une femme qui est en fait une psychiatre.
Le soldat habitué à respecter les ordres est-il devenu fou ? C’est ce que l’on pourrait penser si on en croit la conclusion de sa dernière mission. Le but était pourtant
simple : atteindre un QG d’une corporation adverse, éliminer tout le monde et récupérer des informations importantes. Sauf que après avoir été le dernier survivant des combats,
il hésite à éliminer le dernier adversaire qui se présente devant lui. Pire que ça, quand l’équipe censée le récupérer arrive, il les élimine en grande partie. Pourquoi un tel
comportement venant de ce qui est le modèle de l’obéissance ? Y a-t-il un bug dans sa programmation ou quelque chose d’imprévu est-il arrivé ?

Artifice est un webcomics qui a bénéficié d’un projet Kickstarter couronné de succès pour
passer à la version papier. Alex Woolfson part donc d’un sujet très orienté science-fiction et le guide vers une histoire d’amour homosexuelle. Car oui, si Deacon est un homme,
la dernière personne à éliminer, Jeff Linnell, est un homme qui avoue son homosexualité, due à un code générique différent. Le but du scénariste est donc de rapprocher ses deux
personnages qui sont exclus dans leur propre milieu. Jeff est difficilement accepté alors que son univers est hétérosexuel et Deacon ne va pas manquer d’avoir des problèmes car
il dépasse les cadres de ses ordres en éprouvant des émotions imprévues. J’avoue avoir déjà un peu de mal avec le concept de l’homosexualité liée au gènes. Fallait-il une explication
à l’homosexualité de Jeff ? Je n’en suis pas certain même si l’auteur a lui-même fait son coming-out.
Heureusement, passé cet argument de ventes, l’histoire garde tout son intérêt.
Woolfson raconte son histoire en mélangeant l’interview de Deacon face à sa psychiatre et les souvenirs de Deacon sur ce qu’il s’est passé. Si je n’ai pas lâché l’histoire avant d’être
arrivé à sa conclusion, j’avoue aussi que je trouve que le comic-book n’est qu’une façon d’arriver à ses fins pour Woolfson. On voit dans les suppléments qu’Artifice a connu une forme de
script pour le ciné puis est passé à la bande dessinée. A la lecture de celle-ci, on se demande s’il s’agit du bon medium car au final, on a droit à une nouvelle de prose qui aurait très
bien fonctionné toute seule, sans image. Malgré le fait que le scénariste ait plusieurs web-comics à son palmarès (dont l’homosexualité est une composante présente), cela me donne une impression
très "amateur".

Heureusement, il y a Winona Nelson qui réalise les planches d’Artifice. La jeune artiste, fan de Yaoi (la branche des mangas racontant des histoires d’amours homosexuelles mâles à destination d’un
public plutôt féminin), était le choix idéal pour Artifice. Comme elle le dit dans sa partie des commentaires, elle se débarrasse de ses tics typiquement Yaoi (les fleurs, les ailes des personnages, ...)
et compose un univers futuriste convaincant. Ses personnages sont vraiment très beaux, le trait est d’une belle maîtrise et la colorisation rehausse le tout. Comme l’artiste travaille essentiellement en
numérique, le tout a parfois des tons un peu froids. Le plus grand souci sera le manque de décors et le fait que ceux-ci, composés de lignes droites et de pixels, ont un goût beaucoup trop numérique. Pour le reste,
l’artiste réussit à ne pas lasser malgré le fait que de grands passages consacrés à la discussion entre Deacon et sa psy.

Malgré le genre de récit particulier et une réalisation générale à l’aspect trop informatique, Artifice est un récit agréable à lire avec un album de grande taille qui en impose et un titre assez malin qui gardera tout son sel jusqu’à la scène finale.


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