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Lazarus #1-4

vendredi 21 mars 2014, par Mathieu Doublet

(Image Comics / Greg Rucka / Michael Lark)


Forever Carlyle (Eve pour les intimes) est la "Lazare" de sa famille. Comprendre par là qu’elle est la responsable de la sécurité ainsi que son bras armé. On peut se demander pourquoi une famille a besoin d’un tel garde du corps surentraîné. Peut-être parce que, dans le monde d’Eve, le capitalisme sauvage a eu raison du monde qui se
découpe en trois catégories : Il y a les familles, elles sont peu nombreuses et ont la totalité des richesses de la planète. Viennent ensuite les gens qui leur sont utiles, un peu plus nombreux
que les membres de la famille, ils vivent d’une manière féodale sous le joug des familles. Et le plus gros de la population constitue les déchets, des hommes, des femmes et des enfants qui font ce qu’ils peuvent pour survivre, n’ayant absolument rien. Et des gens comme ça, complètement désespérés, peuvent attaquer les maisons des familles, surtout si celles-ci sont inoccupées à la recherche de nourriture.
Problème : quand ils rencontrent la Lazare dans cette maison, il y a des coups de feu, de la violence, et des règlements de compte. Pour Eve, cela fait mal mais elle sait que sa famille a veillé à ce qu’elle soit apte à se soigner à une vitesse surhumaine et qu’elle a tous les talents pour se défendre. Maintenant, est-ce qu’Eve est réellement un membre de la famille Carlyle ou n’est-elle qu’un pion supplémentaire ?

Nouvelle série de Greg Rucka après les deux mini-séries Stumptown ici et parues chez Oni Press, Lazarus comporte tous les éléments qui font la patte de l’auteur. Une héroïne bien costaud
(aussi bien physiquement qu’émotionnellement), un contexte politique fort dans un cadre science-fictionnesque suffisamment proche de notre monde pour que l’identification soit aisée et bien entendu une histoire qui va tendre vers le policier. De l’anticipation mâtinée de thriller donc.
Et Rucka réussit son coup à merveille. Avec cette première partie de l’arc "Family", il va nous montrer quelques membres de la famille Carlyle et les relations qu’ils entretiennent avec Eve. L’auteur réussit à nous montrer qu’Eve est arrivée au bout de ses limites et comment tout cela peut se traduire par rapport à sa position vis à vis de ses frères et soeurs. De quoi faire cogiter l’héroïne alors qu’elle commence à mettre en doute l’ordre établi. A travers une mise en scène bien fichue et une héroïne qui gagne en subtilité en 22 pages, Rucka nous montre avec finesse que tout n’est pas gagné pour Eve, loin de là.

Et puis il y a Michael Lark (Captain America, Daredevil,Amazing Spider-Man, ...) qui retrouve le scénariste avec lequel il avait travaillé sur Gotham Central. Si vous n’avez pas lu cette série
assez courte, co-scénarisée par Ed Brubaker, il est encore temps de le faire. En ce qui concerne Lazarus, le dessinateur met tout son talent au service d’un récit bien noir. Tout en contraste, avec des dessins très réalistes, Lark va avoir la possibilité d’en mettre plein les yeux des lecteurs très rapidement grâce à une scène d’action sans aucune parole. Efficace, percutante, elle met en scène une Eve très belle et en même temps complètement sauvage. La suite sera du même tonneau avec des personnages bien conçus, des choix d’angles qui sont très bien trouvés (une certaine scène d’embrassade marque l’un des points forts de ce numéro, pour ma part) et un rythme qui vous permet de
dévorer la bande-dessinée plusieurs fois sans ennui.

Je suis vraiment beaucoup plus enthousiaste à la lecture de ce premier numéro de Lazarus qu’à celle des mini-séries de Stumptown, je crois que le cadre y est pour beaucoup et que les personnages sont déjà mieux présentés en simplement 22 pages.
Comme la partie graphique est aussi de grande qualité, cela m’a vraiment convaincu. Peu de séries (qu’elles soient publiées par Marvel, DC ou des éditeurs plus petits) se donnent la peine d’accrocher le lecteur en 22 pages de façon aussi efficace.


Mise à jour après la lecture des quatre premiers numéros qui forment le premier arc : Essai transformé pour Lazarus qui reçoit apparemment beaucoup de courrier des lecteurs, trop pour l’espace qui y est consacré dans les comics. A noter que cet espace contient une chronologie qui montre comment les familles sont arrivées au pouvoir.

Le courrier des lecteurs est aussi utile grâce aux réponses de Greg Rucka qui résume et reprend des détails de l’épisode en cours. Du bien bon travail et un côté enrichissant à l’univers. A travers ces quatre numéros, le lecteur saura qui est Eve et quelle est sa place dans la famille Carlyle. Mais les autres membres auront aussi leur personnalité propre et comme chacun cherche à tirer dans les pattes des autres, cela annonce de jolis problèmes à l’avenir. Rucka avance quelques pistes et Lark les traduit vraiment très finement à travers des cases et des regards qui permettent au lecteur de gamberger. De quoi se faire plaisir à chaque numéro.


Mes petits paris :

Envie de lire la suite ? Oui, vraiment.
Parution de la suite ? Vu l’équipe à bord, c’est du haut calibre pour Image Comics, donc le premier arc sera publié sans aucun doute.
Parution du TPB ? Garantie.
Traduction en français ? Ca serait vraiment pas mal. La BD a toutes les qualités pour être traduite en VF.