Onirique Comics 7.1

Accueil du site > Chroniques > Dark Horse > Colder #1-5

Colder #1-5

samedi 20 juillet 2013, par Mathieu Doublet

(Dark Horse / Paul Tobin / Juan Ferreyra)


La psychiatrie dans les années 40, ça n’est pas ce qu’il y a de plus scrupuleux en ce qui concerne le bien-être du patient. Avec des familles non-informées qui ne savent que faire de leurs membres ayant pété les plombs, elle les laisse aux bons soins de cliniques, sans parfois plus donner de nouvelles. Le fardeau éjecté, la vie peut continuer et la clinique, elle, voit ça d’un très bon oeil puisqu’elle peut expérimenter sur ses malades. C’est ce qui se passe à l’asile de Sansid, dans l’état du Massachusetts. Le souci ? C’est qu’actuellement l’asile prend feu et tous les malades vivent leur psychose à plein régime. Les médecins préfèrent gérer cela tout seuls plutôt que d’appeler la police ou les pompiers et voilà comment tout bascule. Pour l’un des malades appelé Declan, ça va être la rencontre avec un être particulier, capable de déchirer la réalité et d’y jeter un coup d’oeil. Nimble Jack, puisque tel est son nom, prend un intérêt certain pour le seul malade qui ne court pas à droite et à gauche. Une phrase à l’oreille et 70 ans plus tard, on retrouve Declan en patient muet qui n’effectue que des taches quotidiennes comme se laver, manger, aller aux toilettes. Il est sous la responsabilité de l’infirmière Reece Talbot qui a choisi de le garder chez elle. Comme le dossier du malade a été détruit, elle ne sait rien de lui. Par exemple, elle ne sait pourquoi sa température corporelle est si basse ni pourquoi il n’a pas pris une ride depuis 70 ans ...

La première raison de mon intérêt pour ce titre, c’est Paul Tobin. Le scénariste que j’ai découvert sur Gingerbread Girl, puis continué d’apprécier sur le comic-book numérique Bandette, m’intriguait au plus haut point concernant cette mini-série puisque les choses que j’ai pu lire avant étaient très colorées et relativement douces (Bandette, c’est du récit d’action tout publics, entre Fantômette et Tintin). Et suite à la lecture des cinq parties, j’ai été complètement happé par le récit. On y retrouve un peu ce qui faisait de Gingerbread Girl un récit assez unique avec une ambiance étrange, qui mêle la folie clinique et puis une vision altérée de la réalité qui peut exister. Le concept étant que chaque fou sur Terre vit en fait dans un monde parallèle véritablement terrifiant. Tant que le lien entre les deux mondes existe, la personne a sujette à des crises de folie. Une fois le lien rompu, la personne est guérie. Un concept simple mais fort que Tobin va utiliser pour opposer deux personnages : le blond Declan qui a son lot de mystère et le brun Nimble Jack qui lui st complètement à la ramasse et se nourrit des folies des autres.
Une autre grande réussite de ce récit, c’est ce vilain si particulier. Nimble Jack (Jack l’agile qui rappelle la comptine Jack B. Nimble) est un mélange fort réussi qui rappellera aussi bien le Joker de l’univers Batman que Dodge dans Locke & Key. Epouvantail omnipotent, une fois qu’il aura remis la main sur Delcan, il cherchera par tous les moyens à se nourrir sans relâche et sans aucune considération pour les personnes qui l’entourent, bien sûr. Cela vaudra au héros de prendre des décisions qui lui coûteront cher à lui ainsi qu’à sa compagne forcée. Le personnage de Reece est d’ailleurs très bien écrit et possède aussi bien de nombreuses forces que de faiblesses.

La deuxième raison de mon intérêt, c’est Juan Ferreyra. Le dessinateur a commencé sur une mini-série fort remarquée chez Image Comics, Small Gods pour ensuite passer chez divers éditeurs. Il participera à la série Rex Mundi chez Dark Horse, la mini-série Lazarus chez Image Comics ou bien encore la mini inachevée Chopper chez Asylum Press. Le dessinateur a pris du galon et de l’expérience depuis ses premiers essais bien entendu. Mais je trouve qu’il a toujours les mêmes défauts à savoir que ses visages ne sont pas constants d’une case à une autre. C’est franchement dommage parce qu’autant certaines planches sont absolument sublimes de cadrages, d’expressions, de détails, bref, de perfection, autant certains plans rapprochés de visages semblent carrément loupé comme si il s’agissait d’un autre personnage. Cela m’a surtout fait ça pour Reece et moins pour les deux autres grands protagonistes de l’histoire. Pour le reste, c’est franchement du très très bon travail avec un joli boulot sur la couleur des planches dont l’artiste se charge avec un peu d’aide à partir du numéro 3.

Alors je n’écrirai pas que Colder est aussi bon que Locke & Key. la série de Joe Hill dispose d’une longueur qui lui permet d’aligner les très bonnes idées. Ceci étant Colder s’en rapproche puisque la mini-série fait partie des récits horrifiques très malins et bien goupillés avec à la fois un amour pour tout ce qui saigne et qui fait peur mais aussi une finesse certaine, une belle écriture et des personnages très attachants. Une mini-série sur laquelle se pencher sans hésitation si on aime le genre qui flanque les miquettes.


Pour acheter ce livre :

En VO :

Sur Amazon.com :

Sur Amazon.fr :

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0