Onirique Comics 7.1

Accueil du site > Chroniques > Autres éditeurs > Grandville, Bête Noire

Grandville, Bête Noire

jeudi 20 juin 2013, par Mathieu Doublet

(Dark Horse / Bryan Talbot)


Alors que LeBrock et son assistant Roderick Ritzo affinent leurs différents codes secrets, ils reçoivent plusieurs visites. La première est celle du Commander Carew, un panda bouffi qui laisse croire un instant à une promotion qui échoit finalement entre les pattes d’un incompétent, comme c’est souvent le cas. La seconde est celle de Quayle, le scientifique du bureau qui propose un modèle de pipe explosive avec tous les petits détails qui vont bien afin de passer inaperçue. Si le scientifique apporte des gadgets, c’est qu’il se soucie pour le détective qui doit garder en tête qu’un ancien ennemi va bientôt ressortir de prison. La troisième et dernière visite est finalement la plus agréable. Il s’agit de l’Inspecteur en Chef Rocher. Ce policier français a besoin des lumières de LeBrock à propos d’un meurtre étrange, celui d’un artiste appelé Gustave Corbeau dont le meurtre reste inexpliqué. Archie et Roderick vont donc devoir se rendre à Grandville afin de comprendre ce qui s’est passé, sachant que derrière tout cela, se cache bien entendu un complot bien plus grand.

Bryan Talbot rempile pour la troisième fois après les excellents Grandville et Grandville, Mon Amour. Il reprend le cocktail qui fonctionne : action, intrigue policière et références au monde de la bande dessinée. Son univers si particulier, toujours aussi steampunk, évolue et l’on passe de la confrontation froide entre France et Angleterre à la lutte sociale au sein de la France, avec l’essor du genre humain qui prétend avoir la même place que les animaux humanoïdes. A cela s’ajoute la présence du confrérie de barons opportunistes qui ne voient pas d’un bon oeil la chute de leurs bénéfices. De quoi leur faire commettre une énorme bêtise qui sera le fond de l’histoire. Je ne gâche pas grand chose, les vilains étant présentés dès l’ouverture, comme cela peut se faire assez régulièrement chez James Bond.
Si le fond ne vous semblait pas assez riche, il faut aussi considérer que Talbot intègre tout un pan de l’Histoire de l’Art dans son histoire. Certes, il y a plein de références (dans les premières pages, on a droit à un Philip Mortimer, un ours Paddington alcoolique et aux tableaux de René Magritte) mais la présence des artistes du XIXème siècle (on appréciera entre autres la vision simiesque de Toulouse Lautrec) est complètement intégrée à l’histoire principale avec l’évolution de l’art et l’arrivée de peintres constructivistes ou nettement moins figuratifs.

Le trait de Talbot m’est toujours aussi peu agréable de prime abord mais je me laisse séduire à chaque fois par la maîtrise de l’artiste. La mise en page est d’une clarté exemplaire, les personnages fort sympathiques (avec forcément une fascination pour Billie, héroïne forte) et l’action est toujours trépidante avec des courses-poursuites et des combats très bien chorégraphiés.

Bête Noire est donc le digne successeur de la série Grandville et comme toujours, le fil rouge de la série continue de se développer. L’inspecteur LeBrock devrait dans le prochain album avoir fort à faire devant un ennemi déjà légendaire. Espérons que Talbot soit aussi inspiré pour le tome suivant qu’il a été jusque là. Avec Bête Noire, il arrive à un point où le fond et la forme se marie très élégamment. Sera-t-il capable de faire aussi bien, voire même mieux ? C’est tout le mal qu’on peut lui souhaiter.


Pour acheter ce livre :

En VO :

Sur Amazon.com :

Sur Amazon.fr : (Je vous mets en lien la version Dark Horse, celle de Jonathan Cape est plus chère).

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0