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reMIND Vol. 1 et 2

vendredi 17 mai 2013, par Mathieu Doublet

(Coffee Table Comics / Jason Brubaker)

Lu sur Comixology.

Sonja est une jeune fille qui travaille dans le phare autrefois entretenu par son père. Si elle pense toujours à lui tendrement, elle regrette qu’il ait inventé avoir vu des hommes lézards dans les parages car
cela attire des touristes curieux qui espèrent aux aussi voir l’une de ces étranges créatures. Il faut dire que le coin est assez particulier parce qu’il y a un flot continu de bulles dans l’eau qui entoure le phare sans qu’on ait jamais su pourquoi. C’est d’ailleurs ce qui va intriguer Victuals, le chat de Sonja, et le faire disparaître soudainement. Alors que la jeune fille se dit qu’il n’y a plus d’espoir, elle retrouve le corps de chat salement amoché avec un rat dans la bouche. D’abord furieuse que son chat se soit mis en danger pour un simple rôdeur, Sonja le ramène chez elle. A son réveil, elle a la surprise de voir Victuals en train de manger à table avec une fourchette et répondant parfaitement à toutes ses questions dans un langage compréhensible. De quoi se dire qu’on ne s’est peut-être pas tout à fait réveillé.
Mais le souci n’est pas vraiment là : Victuals n’est pas celui que Sonja pense être. Car si le corps du Victuals lui appartient bien, son cerveau est à quelqu’un d’autre.

Dire que reMIND est l’oeuvre d’une vie n’est pas tout à fait faux car Jason Brubaker a son projet dans la tête depuis 15 ans. Ce qui a été une chanson a inspiré un clip, le clip a donné des envies de long métrage, la difficulté de réaliser un film indépendant a réorienté le tout vers la bande dessinée et paf, après bien du travail et des changements complets, l’artiste est arrivé au bout des choses après deux volumes qui contiennent à eux deux, environ 150 pages. Et le résultat, à l’instar de l’amour que porte Brubaker à son univers, est drôlement enthousiasmant. Il y a un cadre un peu atypique, des univers qui se confrontent sans qu’il y ait de guerre, des personnages bien définis et aux comportements parfois subtils (surtout pour le roi Erzats - un nom bien entendu loin d’être choisi au hasard) et une histoire qui mélange les grands genres que sont les récits de vengeance et d’amoouuurrr. Si on cherche à voir l’histoire dans sa globalité, on retrouvera des schémas de scénarios connus mais Brubaker réussit à y instiller suffisamment de fraîcheur pour que le récit se lise sans aucun souci avec un sentiment de véritable contenu. Hé oui, combien de bandes dessinées américaines peuvent se vanter d’avoir une vraie densité en 150 pages ? Pas des masses.

Je n’ai participé au projet Kickstarter qu’à partir du second volume (je n’étais pas encore au courant du principe du crowdfunding en 2010). Ce qui m’a persuadé de le suivre : tout d’abord des petits mots d’autres créateurs que j’aime beaucoup. C’est persuasif, c’est vrai. Mais cela ne suffit pas. Encore faut-il que le dessin soit aussi accrocheur et c’est le cas. Victuals a un look assez particulier qui est loin d’être celui d’un chat ordinaire et si cela vous gêne, vous n’avez qu’à lever les yeux et regarder Sonja pour voir que Brubaker manie aussi bien les designs un peu étranges que ceux plus classiques pour ses personnages humains. En regardant la vidéo, vous vous apercevez ensuite que les hommes lézards sont aussi très bien fichus et que Sonja est encore plus séduisante que sur la couverture. Il faut dire que Brubaker sait dessiner et qu’il bosse maintenant pour des studios d’animation américains en tant que designer. On a donc à faire à quelqu’un de professionnel avec une compétence du dessin tout à fait solide et pas à quelque chose de plus ou moins amateur (aussi doué l’amateur soit-il).

Il y a quelque chose d’encore assez particulier à l’affaire qui me fait dire que reMIND sort du lot et que je ne l’ai pas lu dans des conditions optimales. En effet, Jason Brubaker a délibérément choisi de ne réaliser que des doubles-pages. Cela a renforcé mon admiration car, habituellement, l’utilisation de grandes splash-pages donne du rythme mais ne permet pas de fournir beaucoup d’informations au lecteur. Maintenant, ça n’est pas pratique lors de la lecture sur tablette puisqu’on est rapidement obligé de passer à la lecture "case par case" qui brise l’effort fourni au niveau de la mise en page. Peut-être est-ce plus agréable sur ordinateur avec écran 16/9 et ça l’est forcément en lisant le bouquin en version papier.

J’espère vous avoir donné envie de lire reMIND qui est une très agréable surprise, même si cette surprise a étrangement aussi le goût du classique. J’espère aussi que Brubaker saura trouver d’autres inspirations pour son prochain projet et que celui-ci sera aussi réussi que reMIND.


Pour lire et acheter ce livre :

Autant aller sur le blog officiel de la série http://http://www.remindblog.com/blog/ où vous pourrez à la fois lire le comic-book gratuitement (sous forme de webcomics donc) et vous procurer le bouquin avec des pages et une couverture. La version numérique est disponible sur Comixology.