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Sex & Violence Vol. 1

samedi 30 mars 2013, par Mathieu Doublet

(Paperfilms / Justin Gray & Jimmy Palmiotti / Jimmy Broxton & Juan Santacruz)

Lu en numérique, suite au soutien du projet Kickstarter.

Sex & Violence est composé de deux histoires :
- la première, Pornland, Oregon raconte l’histoire d’un père qui vient d’enterrer sa fille adoptive. Pour ajouter à sa douleur, il reçoit un DVD sur lequel il voir sa fille se faire torturer puis violer. Autant dire que son sang ne fait qu’un tour et qu’il est bien décidé à retrouver ceux qui ont réalisé cette vidéo et ceux qui l’ont financé. Il règle quelques derniers détails et se lance à la poursuite des assassins de sa fille.
- la seconde, Girl in a Storm, met en scène une femme flic au tempérament explosif. Un soir, elle aperçoit un couple de voisines juste en face qui n’ont visiblement pas beaucoup de pudeur. Alors que son boulot et sa vie en général sont plein de stress, elle se prend au jeu du voyeur et commence à filmer le couple. Mais cela est-il un bon moyen pour trouver un sens à sa vie ?

Sex & Violence, c’est l’épisode du pilote du Muppets Show, c’est vrai mais c’est aussi comme cela que l’on classe le cinéma d’exploitation et les ficelles faciles à tirer pour faire venir le spectateur mâle, toujours prêt à voir quelques bonhommes se faire défoncer la tronche à grands coups de savates ou bien quelques scènes bien chaudes ou des jeunes femmes n’hésiteront pas à enlever leur vêtement pour vendre quelques tickets de plus. Et ils ne s’en cachent pas, Gray & Palmiotti adorent ce genre de choses tout en n’étant absolument pas dupe sur l’existence du cinéma d’exploitation. On pouvait déjà sentir une certaine tension sexuelle chez leurs personnages de séries mainstreams et la violence est partie intégrante des comics. Sont ensuite arrivés les titres en creator-owned qui ont poussé les choses un peu plus loin (on a des scènes de nus dans Queen Crab ou bien Retrovirus) et ils en sont finalement arrivés à aller jusqu’au bout de leurs envies.

A ceux qui n’aimeraient pas le SM, je les rassure tout de suite, jamais le sexe et la violence ne sont montrés ensemble. C’est soit l’un, soit l’autre et en ce qui me concerne, c’est comme ça que je les préfère. Justin Gray se concentrera sur un récit typique de vengeance (logique puisque Palmiotti a fait le sien avec Queen Crab) bien serré, bien noir avec un personnage central menaçant et dont l’identité n’arrivera qu’en fin de parcours et expliquera bien comme un type aussi riche peut se permettre ce genre de choses. Un récit bien hardboiled jusqu’à une fin qu’on pouvait voir arriver et qui termine l’histoire de façon plutôt agréable.
Girl in the Storm est un peu plus compliqué dans sa démarche. Jimmy Palmiotti garde un personnage féminin ultra-fort (voire même égale à un mâle au niveau de la violence et dont les tendances sexuelles semblent assez floues) et lui fait vivre des expériences très tendues par laquelle l’officier ne peut répondre que par des comportements dépassant la normale. On est plus dans un drame humain que dans un véritable récit de genre. Le déroulement va crescendo et le scénariste change le cap habituel de l’histoire en ne dépeignant pas le drame attendu classique. Si la fin est elle aussi plutôt rose, il est étrange de voir un tel personnage réussir à obtenir ce qu’il souhaite alors qu’il est dépeint comme très très violent.

Côté dessins, on retrouve Jimmy Braxton qui va s’occuper de la première partie du récit. Le trait est noir et épais, les couleurs sont passées excepté le rouge, c’est vraiment pile poil dans le contexte et ça n’en renforce que plus l’ambiance pesante de ce récit. J’ai cru reconnaître Geoff Pierson (le commissaire Matthews dans la série Dexter, mais pas que), et il y a certainement quelques autres acteurs de série B inclus dans l’histoire, le contraire serait étonnant.
Juan Santacruz de son côté fournit des planches toujours aussi correctes mais son travail est desservi par les couleurs de Challenging Studios. Est-ce parce que j’ai lu le bouquin en version numérique et en agrandi ? Toujours est-il que la colorisation m’a parue pataude, pas très fine, se résumant parfois à un gros point blanc fait au pinceau sur n’importe quel logiciel de traitement d’image. Ce manque de finesse donne véritablement un sentiment d’amateurisme surtout dans la scène sur la plage nudiste.

Malgré ce dernier bémol graphique, Sex & Violence est un bouquin fort réussi. Par rapport à la qualité des récits (en tout cas, dans ce qu’ils ont crée de personnel), on est peut-être dans ce que Gray & Palmiotti ont écrit de meilleur : c’est toujours aussi solide et les récits restent ouverts sans que l’on reste sur sa faim. Il ne manque plus que des artistes absolument sans faille pour que le duo de scénaristes créent des bouquins parfaits.


Pour acheter ce bouquin :

Pour l’heure, je ne peux que vous donner l’adresse de http://www.paperfilms.com/. Dans l’espace "Store", vous trouverez peut-être dans le futur des exemplaires de Sex & Violence. A moins qu’Image Comics ou un autre éditeur indépendant ne se décide à imprimer le bouquin.