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I Love Trouble #1-6

mercredi 6 août 2014, par Mathieu Doublet

(Image Comics / Kel Symons / Mark A. Robinson & Nathan Stockman)

Félicia Castillo est une jeune femme qui a envie de s’évader de sa vie quotidienne. Quoi de mieux qu’un billet d’avion pour une destination,
quelle qu’elle soit, pour prendre un nouveau départ. Malheureusement pour Félicia, son avion connaît de très fortes turbulences qui conduisent à sa dislocation. Avant que le crash ne se produise, la jeune femme souhaite très très fort être ailleurs et se retrouve téléportée en dehors de la
future épave. Il lui faudra comprendre le concept de gravité et une nouvelle téléportation pour être saine et sauve alors que l’avion est complètement
détruit et que ses passagers sont indemnes.

Mais quelle est donc la vie que la jeune femme voulait quitter ? Une vie de petits coups frauduleux, de grand méchant boss sans scrupule qui fait peur
à tout le monde, de petite amie pleureuse et de meilleur ami tout aussi paumé qu’elle. Sauf qu’avec son pouvoir de téléportation, Félicia se dit rapidement
qu’elle aurait les moyens de gagner très facilement sa vie, sans faire trop d’efforts ni prendre de trop gros risques. Alors c’est parti pour quelques larcins
fructueux mais le grand méchant boss ne va pas se révéler aussi magnanime que prévu.

Kel Symons est apparemment un producteur télé avec aussi quelques passages en tant que scénariste et I Love Trouble est son premier titre. Une héroïne forte
avec une morale plutôt douteuse, un super-pouvoir classique et une galerie de personnages colorée, voilà de bons éléments pour commencer quelque chose. Pourtant,
le scénariste ne s’en sort très bien à mon goût. D’une part, la décompression se fait lourdement sentir dans le premier numéro et pour un auteur débutant sans appui
dans le milieu et surtout qui tente un titre en indépendant, c’est à mon humble avis une énorme erreur. Soit, le mal est fait et pour le coup, l’apparition des pouvoirs
de Felicia ainsi que les personnages avec qui elle va vivre sont suffisamment bien dépeints pour qu’on comprenne de quoi il retourne. Le souci, c’est que tout ça n’est pas
très fun. L’autre gros souci, c’est qu’il va manquer quelques textes bien sentis sur les planches qui multiplient les cases.

Passons donc au visuel qui était la première raison pour laquelle j’ai choisi de suivre ce titre. Et formellement, I Love Trouble est un bouquin agréable à avoir en main :
papier mat qui change d’habituellement, ouverture sur une case qui lance l’intrigue (j’en parlais justement pour Atomic Robo) et surtout le travail très sympathique de la paire
Mark A. Robinson et Paul Little. Le premier nous donne donc des cases de taille diverse qui vont se multiplier et proposer un découpage de planche particulièrement varié.
Son style est très cartoonesque avec des angles de vue très street-art surtout dans les visages de ses personnages. Il y a donc beaucoup de dynamisme dans tout cela et les couleurs
de Paul Little donne vraiment au tout beaucoup de valeur ajoutée. C’est tout simplement très joli, à défaut d’être parfois super lisible dans les petites cases qui s’accumulent.

I Love Trouble a donc tout pour plaire mais pour l’instant loupe son démarrage. Dommage parce qu’Eric Stephenson pense apparemment que ce titre va lancer un monde partagé où des personnages
vont acquérir des pouvoirs simples qui ne causeront pas de scènes catastrophes. Espérons que la mini-série gagne quelques galons d’estime et que le bouche à oreille fonctionne parce que pour l’instant,
l’affaire est loin d’être gagnée.

Mise à jour suite à la lecture de la mini-série complète : je gardais un assez mauvais souvenir de la lecture des deux premiers numéros et pour cause, la série ne décolle vraiment qu’après quand ceux qui espionnent Félicia se révèlent et lui proposent une nouvelle voie où elle pourra exploiter ses talents.

Et finalement, la lecture s’est retrouvée nettement plus agréable. L’histoire est plus intéressante, le personnage de Félicia plus développé avec des scènes chez la psychiatre qui font évoluer les choses. Ceci étant, Symons n’arrive pas à bien gérer sa fin de série. Le personnage invisible que voit Félicia fait un peu double emploi avec la psy et la soeur de Félicia qui devrait avoir un rôle important dans l’histoire, n’est pas clairement présentée en amont. On en revient donc au manque d’explications sur le début de la mini-série. Le dernier numéro est assez étrange d’ailleurs, donnant un semblant d’explications aux pouvoirs de l’héroïne. Ce qui aurait pu être fort intéressant sur une série nettement plus longue donne ici le sentiment que les pages auraient pu être utilisées autrement, surtout pour conclure une mini qui n’a pas suffisamment bien fonctionné.

D’autant que Mark A. Robinson ne signe pas le dernier numéro. Au départ, le doute subsiste : le dessinateur aurait-il loupé sa dernière copie, allant au plus pressé ? Le résultat est trop propre pour que ce soit une copie bâclée. Un coup d’oeil à la couverture montre que c’est Nathan Stockman qui réalise le final. L’ensemble est cohérent grâce à la présence de Paul Little aux commandes des couleurs et les planches gardent un aspect street art même si la mise en page est véritablement plus sage et du coup, moins inventive.

Au final, je ne conseillerais pas I Love Trouble tout simplement parce que le dernier numéro montre que le plan d’ensemble a dû connaître quelques contrariétés et que la mini-série dans sa dernière partie n’arrive pas à gérer sa conclusion, trop pessimiste à mon goût et laissant trop au lecteur le soin d’être compréhensible.


Pour mémoire, mes petits paris :

Envie de lire la suite ? Moyennement.
Parution de la suite ? A priori, oui.
Parution du TPB ? Ca m’étonnerait, vu les ventes actuelles des deux premiers numéros mais bon, sait-on jamais.
Traduction en français ? Là encore, peu probable mais un éditeur français qui oriente une partie de ses choix dans la street culture pourrait y jeter un oeil.