Onirique Comics 7.1

Accueil > Para-comics / Meta-comics > Films / Séries TV > Comic-Con episode IV : A fan’s Hope

Comic-Con episode IV : A fan’s Hope

lundi 4 février 2013, par Mathieu Doublet

Réalisé par Morgan Surplock

Le Comic-Con, l’unique, le seul, celui qui se déroule à San Diego. La Mecque de la bande dessinée a son rendez-vous annuel fin juillet de chaque année et Morgan Spurlock a décidé d’y flanquer sa caméra, histoire de voir ce qui se tramait là-bas avec l’aide de producteurs comme Stan Lee, Joss Whedon ou encore Harry Knowles (le gérant du site d’info Ain’t it cool news).

Bon, déjà, j’exagère beaucoup parce que, comme on nous le montre dans le film, le Comic-Con de San Diego n’est plus du tout consacré à la bande dessinée. Bouffée petit à petit par tout ce qui peut être classé comme un hobby de geek, la bande dessinée n’est plus qu’une petite partie d’un grand tout. Jeux de tous bords (aussi bien vidéos que de société - y compris les jeux de rôle), fringues pour être branché (parce qu’être geek, c’est être branché), ou bien cinéma et séries télé, voilà ce qui fait venir plusieurs centaines de milliers de bombes. J’ai apprécié que Spurlock montre que le Comic-Con n’avait plus de "comic" que le nom, ce à travers des interventions de fans plus ou moins célèbres (le documentaire est entrecoupé de célébrités comme Kevin Smith, Joss Whedon, Eli Roth, Stan Lee, Matt Fraction ...) et que finalement, si tout ce petit monde avait réussi à se mettre en place, c’est parce que la génération des premiers geeks avaient accédé à un pouvoir d’achat non négligeable.

Mais qu'attendent-ils ?
OK.

Bien entendu, il n’y a pas que ça dans le film, c’est ce que j’ai trouvé de plus intéressant mais le film n’a pas cela comme fil rouge. S’il est appelé "A fan’s hope" (en référence au premier Star Wars, je ne devrais même pas l’écrire tellement ça semble évident), c’est que le film va suivre des fans avec des objectifs différents : deux dessinateurs qui veulent percer dans le métier, une équipe de jeunes cosplayers se consacrant à une série de costumes tirés du jeu Mass Effect (avec un costume en animatronic carrément impressionnant), un couple de geek dont le garçon veut se marier avec sa copine et Chuck Rozinski, le tenancier de Mile High Comics, l’un des principaux revendeurs de comics en ligne.

L'animatronic de Mass Effect

Suivre toutes ces personnes est à la fois intéressant et assez frustrant. Concernant les dessinateurs, le tout est plutôt bien fichu, on les suit face à leur parcours, à leurs interviews, à leurs joies et leurs détresses ainsi qu’aux moments de doute qui les envahit quand ils se rendent compte de la qualité du travail des autres dessinateurs. De même, toute la partie des cosplayers est du même calibre même si quelques retournements de situations semblent trop "loi de Murphy" (et en même temps peu étonnants) pour être complètement honnêtes.
C’est ce qui fait du film quelque chose d’aussi assez frustrant. Comme dans tout documentaire un peu scripté, il y a des choses qui semblent tenir plus de la mise en scène que d’une retranscription fidèle de la réalité. Tous les passages concernant le couple de geeks sont à la fois réjouissants et tristes à voir : leur engagement n’a lieu qu’après une relation d’un an et la jeune fille colle littéralement aux basques de son copain, ce qui empêche ce dernier d’obtenir la bague de fiançailles. La scène où il la demande en mariage lors d’un panel tenu par Kevin Smith est toutefois très touchante. Mais si la conclusion est heureuse, ils sont aussi dépeints comme peu matures et vu le visage du jeune homme, on se dit que la vie commune ne va pas être facile tous les jours.

Arrive les parties consacrées au vendeur de comics. Son fil rouge consiste à savoir s’il va vendre un comic-book Marvel appelé Red Raven #1, apparemment à 5 000$ (en cherchant un peu sur le Net, on voit que le comic-book est déjà autour des 20 000). Le souci est que le climat pour les comics n’est pas rose. La mise en scène est trop forcée : on voit les vendeurs se demander ce qu’ils vont faire pour rentrer dans leur frais, les voir brader leurs bouquins à -50% pour l’achat de 10 articles puis conclure qu’ils ont fait mieux que l’année dernière. Avec la scène d’ouverture où des vendeurs du magasin se baladent menottés aux mallettes contenant des comics estampilles CGC (c’est vrai qu’il doit y en avoir pour quelques dizaines de milliers de dollars), le tout donne un côté fun mais peu crédible. Et en conclusion, on se rend bel et bien compte que la situation de "crise" qui nous est présentée est factice.

Le fameux Red Raven #1

Ah, il y a aussi le collectionneur de jouets qui veut absolument obtenir un Galactus géant. Il est l’exemple parfait du stress engendré par ce qui est censé être un hobby, sans parler de la spéculation inhérente à ce genre de collectionnite. On l’entend dire qu’il a campé deux jours devant le centre accueillant la convention (dommage, j’aurais bien aimé le voir) pour se retrouver désemparé devant tous les fans devant lui, puis c’est la course jusqu’au stand d’Hasbro et voilà, une fois le Galactus acheté, on le verra plus ...
Un fan heureux, mais pour quelle raison ?

Comic-Con episode IV fait l’impasse sur le fan, celui qui va chercher à rencontrer ses idoles, avec tout ce qu’il peut y avoir de joies comme de frustrations. Bref, ce que vous, vous pourriez vivre si vous alliez dans une telle convention. De mon côté, ça ne m’a pas vraiment donné d’y aller, surtout connaissant les difficultés pour obtenir un ticket ou même une chambre d’hôtel dans la région. Des côtés qui n’ont pas été abordés alors qu’ils auraient pu être fun ou dramatiquement intéressants. Je passe sur le côté terrifiant des Etats-Unis et la vie des geeks là-bas (l’argument principal des gens qui défendent le Comic-Con, c’est que c’est un endroit où tous les geeks peuvent se rassembler sans craindre de regards extérieurs, mais wtf les gars !) et vous conseille de regarder ce documentaire loin d’être parfait mais par certains côtés assez réjouissant.

Et pour les conventions, celle de New York est déjà carrément immense et plus accessible, même si on n’y rencontre pas tous les créateurs que l’on souhaiterait (hé oui, ils préfèrent tous aller à San Diego en quête de deal avec un studio de ciné ou de télé).

Et pour finir, Stan the Man !