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Ame-Comi Vol. 1

samedi 24 novembre 2012, par Mathieu Doublet

(DC Comics / Jimmy Palmiotti & Justin Gray / Amanda Conner, Ted Naifeh, Sandford Greene, Mike Bowden, Santi Casas & Eduardo Fransisco)

Lu en numérique sur Comixology.

Je considère que ce "volume" contient :
- Ame-Comics : Wonder Woman #1
- Ame-Comics : Batgirl #1
- Ame-Comics : Duela Dent #1
- Ame-Comics : Power Girl #1
- Ame-Comics : Supergirl #1
- les six premières parties de la série numérique régulière Ame-Comi Girls.

Themyscira est une île légendaire peuplée d’Amazones où ont eu lieu de nombreux combats mais difficile de savoir si tout cela est vrai puisque l’île est entourée d’une série de défenses naturelles qui a tendance à faire chavirer tous les navires s’approchant. Pour Steve Trevor, il s’agit d’un endroit à surveiller de près d’autant que la nation de Kasnia projette de prendre l’île d’assaut d’ici 72 heures. Mais le président ne trouve que peu d’intérêt à cet endroit et préfère éviter un incident diplomatique bien plus coûteux. De son côté, la princesse Diana aime se battre contre des minotaures ce qui n’est pas du tout du goût de sa mère qui préférerait la voir s’intéresser un peu plus à son rôle de princesse et de future leader des Amazones. Comme il y a assaut que Diana défend l’île malgré les interdictions de sa mère, cette dernière la punit en la chargeant de devenir ambassadrice aux États-Unis, de quoi faire ronger son frein à cette jeune femme d’action. Heureusement qu’une cinglée comme Cheetah va lui permettre de se dérouiller les articulations ...

Les Ame-Comi sont ligne de figurines plus ou moins articulées qui prend les héroïnes de l’univers DC en leur appliquant un traitement manga. Grands yeux, petite culotte apparente, voilà grosso modo le concept.
DC a tout de même considéré adapter un matériel pareil en bandes dessinées mais tout d’abord en version numérique, histoire de voir comment la sauce prenait. Ce sont les deux mercenaires Jimmy Palmiotti & Justin Gray qui se sont attelés à la tâche et avouons que ç’auraient été d’autres scénaristes, je n’aurais absolument pas tenté l’aventure. Encore que, il y a des dessinateurs de qualité mais j’y reviendrais.
L’introduction avec Wonder Woman sent vraiment le galop d’essai surtout lorsque l’on se rend compte de l’importance très minime que prend l’Amazone dans la suite de l’intrigue qui mettra en scène Batgirl, Power Girl et Supergirl contre Duela Dent et ses copines (essentiellement Harley Quinn, Poison Ivy et Catwoman). Un traitement 100% oestrogène qui ne change pas grand chose à la donne au final. Il y a de l’action, beaucoup d’action, des rebondissements improbables et des filles qui se battent ou se chamaillent avec un grand méchant (en version féminine bien sûr) derrière tout ça mais qui n’est pas finalement une grande surprise, surtout lorsque l’on voit, dès la fin de la première partie de Wonder Woman, la publicité pour les figurines).

Première partie ? Hé oui ! Car si le phénomène ne se verra pas quand les comics seront publiés sur papier, chaque numéro est décomposé en trois parties numériques, vendues 99 cents, ce qui nous fait le même prix qu’un comics imprimé une fois les trois parties réunies. On a bien nos 22 pages de comics mais à quelques détails près. Tout d’abord, le côté plaisant, est que la diffusion est hebdomadaire, de quoi se faire plaisir régulièrement quand on accroche au concept ; l’autre, un peu moins fun, est que les 22 pages sont présentées "à l’italienne", ce qui cache en réalité le fait que ce sont des demi-pages de comics papier qui se succèdent. Là, je pense que ce détail sera nettement plus visible quand les numéros seront imprimés.

L’avantage d’avoir la paire Palmiotti / Gray au scénario, c’est qu’on peut aussi avoir Amanda Conner au dessin. Après tout, rien de plus logique qu’une dessinatrice très douée qui a débuté sa carrière par les aventures d’une poupée plastique (hé oui, il y a quelques numéros de Barbie publiés chez Marvel Comics, qui sont signés Amanda Conner). Pour le coup, on retrouve tout ce que la dessinatrice est capable de faire : parfois en terrain connu, son style est nettement plus méconnaissable en fin de Wonder Woman, allant taper dans un style qui se rapproche plus de ce qu’elle faisait sur Barbie et qui se rapproche plus bien entendu des poupées articulées. Si Conner est une artiste qui peut attirer les lecteurs, ces derniers auront aussi la chance d’avoir Ted Naifeh pour le récit concernant la fille du Joker. Le père de Courtney Crumrin s’en sort vraiment bien et on le sent très à l’aise dans cette ambiance comicquesque percutante.

A partir de Sanford Greene, on commence à prendre un virage nettement plus proche du manga à l’Américaine. Si Greene a encore les coudées larges et est aussi très inspiré du comic-book classique, Mike Bowden va chercher dans le street-art et les personnages très délimités par l’encrage, ce qui le renvoie parfois du côté de quelqu’un comme Joe Madureira. Le paroxysme sera laissé aux bons soins de Santi Casas qui lui ira chercher du côté d’un Pat Lee par exemple et qui ne cachera pas ses influences d’artistes japonais, les héroïnes gagnant des formes plus généreuses, des cadrages savamment placés pour le fan-service et même des reflets qui laisse croire qu’elles sont soit très huilées, soit effectivement conçues en plastique. Dans la série régulière, c’est Eduardo Fransisco qui officie et ce dernier dessinateur nous offre à nouveau un style qui s’affranchit un peu plus des contraintes qui sera bien obligé de passer par les cases "monstres et tentacules" dues au scénario.

Alors que dire de cet Ame-Comi ? Que c’est une bande dessinée divertissante, qui ne se prend pas la tête ? Oui. Que ça n’est pas le chef d’oeuvre de l’année ? Malheureusement non. Que les scénaristes se frottent à un autre type de genre (ils tapent vraiment dans des genres très marqués par l’Orient) ? Oui, carrément et ils se font bien plaisir. Que c’est tout de même bien verrouillé par la machine marketing DC ? Il y a fort à parier que oui aussi. Du coup, ce Ame-Comi est fait pour les lecteurs qui ont les moyens de se le payer ou qui sont ultra-fan de la gamme de jouets. Ils auront un produit de qualité honorable, ce qui est déjà pas mal vu ce qu’on réserve la plupart du temps aux produits dérivés de jouets.