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The League of Extraordinary Gentlemen : Black Dossier

vendredi 2 novembre 2012, par Mathieu Doublet

(Wildstorm / Alan Moore / Kevin O’Neill)

Elle s’appelle Mina Murray, il s’appelle Allan Quatermain et ils ont pour objectif de s’infiltrer au sein du QG du MI5 afin de s’emparer d’un livre sulfureux appelé "Le Dossier Noir". Dans celui-ci, tout ce que la Ligue des Gentlemen Extraordinaires a pu faire depuis sa création pendant l’Angleterre victorienne. Mais nous sommes en 1958 et nos héros sont des jouvenceaux comparés aux plus de 80 ans qu’ils devraient avoir. Qui sont-ils ? Pourquoi ont-ils besoin du dossier ? Pourquoi sont-ils pourchassés par les pouvoirs en place alors que ces derniers ont enfin pris la suite du régime totalitaire de Big Brother placé après la seconde guerre mondiale ?

C’est ce que vont nous expliquer Alan Moore et Kevin O’Neill à travers un opus qui fait suite aux deux aventures de Mina Murray et son groupe (non chroniqués ici). Un opus très particulier puisqu’il est constitué de bric et de broc ou plus précisément de tout ce qui peut être considéré comme de l’art écrit : bandes dessinées, bien sûr, mais aussi récit illustrés, comptes-rendus, comic-strips, nouvelles, extraits de romans, publicités, cartes postales et je crois que j’ai à peu près fait le tour. L’idée, à ce que j’en ai compris ou ressenti, n’est pas pour Moore de nous donner une histoire avec un début, un milieu et une fin. C’est même tout le contraire puisque la péripétie des héros n’est faite que pour découvrir le dossier noir qui contient des briques différentes de l’histoire de la ligue. Voilà, c’est tout simple, en fait, le Dossier Noir, c’est un peu le "sourcebook" de l’univers que Moore et O’Neill ont créé. Mais comme d’habitude avec Moore, tout cela est intelligemment imbriqué, en essayant de mettre des figures littéraires connues autant que possible dans chacun des morceaux du dossier. Ainsi, il est très agréable de lire l’histoire de l’Humanité, depuis sa toute création et même avant, avec la présence des Grands Anciens chers à Lovecraft. Par la suite, on a tout un pendant mythologique dont Moore nous explique qu’ils ont vraiment existé et pourquoi nous n’en gardons qu’un souvenir de légendes. Certains personnages vont avoir droit à une introduction et un développement au long du bouquin (le guerrier homme/femme Orlando) tandis que d’autres auront des existences quelque peu modifiées (quel pied de comprendre qui est le M originel). Moore aura du coup besoin de changer quelques noms afin de ne pas froisser des copyright ou des trademarks mais les indices seront tout de même suffisamment explicites pour comprendre de qui on parle. A noter aussi que, oui, on vous expliquera qui sont les héros du bouquin, mais pas tout de suite, juste le temps de vous laisser gamberger un peu et de montrer que les agents spéciaux britanniques sont tout de même de sacrées têtes de buse pour s’être ainsi laissés berner.

Ceci étant, je tiens aussi à préciser que, pour le lecteur, ça ne sera pas toujours une partie de plaisir. Pourquoi ? Parce que justement toutes les parties de prose ne sont pas présentées de la façon la plus esthétique qui soit. Ces passages sont le plus souvent écrits très petits et montrent un visage très condensé. Il faut donc s’armer de courage et affronter des textes qui sont finalement très bien écrits et qui se laissent lire avec intérêt, avec plaisir, avec les deux parfois (oh, le formidable crossover entre Jeeves & Wooster et Cthulhu, impayable). J’avoue avoir passer les extraits de roman de Sal Paradyse, étant tout bonnement dénués de ponctuation.
Le final est à la fois très intéressant par le biais de lunettes 3D dont l’utilisation est vraiment bien fichue et complètement cohérente avec tout le reste (pas sûr que Marc Antoine Mathieu ait utilisé le même procédé dans l’un de ses Julius Corentin Acquefacques mais vous voyez le genre d’expérimentation dont il peut s’agir). Mais au niveau de l’histoire, il vous faudra de sérieuses connaissances en littérature anglo-saxonne pour tout saisir. Dans le cas contraire, je vous conseille d’aller jeter un œil sur les anotations écrites par une bande de fans. Cela éclaircira quelque peu le dénouement même si on est dans une solution de facilité pour Alan Moore.

Et Kevin O’Neill dans tout ça ? J’ai toujours eu un peu de mal à me mettre dans le style du dessinateur et pourtant, on ne peut que constater les étendues des capacités de l’artiste dans ce Black Dossier. Il y a des planches techniques, différents styles graphiques, des matériaux utilisés complètement différents (pas mal d’illustrations peintes), des occasions rêvées pour montrer tout ce dont il est capable (les planches du récit illustré de Fanny Hill sont superbes).

Bref, The Black Dossier est un bouquin costaud mais très intéressant concernant le monde la Ligue des Gentlemen Extraordinaires qu’il serait sympathique de comparer avec la Brigade Chimérique, étant donné qu’une ligue française est présentée. Ah, notez aussi qu’il y a beaucoup de passages fortement sexués. On n’est pas au niveau de Lost Girls mais quand même il y a des passages bien chauds. Pour lecteurs avertis donc.


Pour acheter ce livre : (apparemment, il existe aussi une version Absolute qui n’apporte rien, je ne l’inclus donc pas dans mes liens)

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