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Duncan The Wonder Dog Show One

mercredi 31 octobre 2012, par Mathieu Doublet

(AdHouse / Adam Hines)


Et si, un beau jour, les animaux obtenaient le don de parole ? Oui, oui, non seulement les pigeons pourraient faire sur vos têtes mais en plus vous pourriez les entendre se marrer ; les petits chiens à mémère pourraient enfin dire ce qu’ils pensent de leurs tenues et de la coloration de leurs poils ; les singes seraient encore plus humains. Alors peut-être que les choses ne se passeraient pas aussi bien, peut-être que certains animaux chercheraient plus d’indépendance, plus d’écoute, plus de droits. Et si certains auraient la présence d’esprit d’arriver à leur fin par des biais politiques et légaux, d’autres pourraient bien décider que le temps est à l’action et que les humains doivent payer. C’est ce que pense le mouvement ORAPOST qui a déjà commis quelques actes de terrorisme et ils décident de continuer en posant une bombe dans une université. Forcément, la tension va grimper d’un cran.

Donner la parole aux animaux, l’idée n’est pas nouvelle. Sauf que la plupart du temps, on se retrouve dans un contexte comique où les animaux pourraient très bien être interchangeables avec des humains. Prenons les comics dits de "funny animals", il n’y a que des animaux et leur condition n’est souvent que prétexte à être lisible par des enfants. Quant il y a interaction entre humains et animaux, soit on se trouve dans le domaine de l’imagination (Calvin & Hobbes), soit l’animal a un commentaire bien senti mais que l’humain ne comprend jamais (Garfield, par exemple mais aussi Peanuts). Du côté, cinématographique, il n’est pas rare de voir des animaux converser avec des humains mais souvent dans la plupart des cas, ce sont des personnages principaux qui ont eux aussi des désirs bien humains.

Adam Hines va plus loin dans le concept en gardant les animaux comme des animaux. Si jamais ces derniers ont la volonté de s’intégrer à la société humaine, cela devient nettement plus difficiles et les animaux doivent subir les regards plus le moins réprobateurs de leurs cousins "doués de raison". En laissant les animaux à la place qu’ils occupaient avant de pouvoir parler, l’auteur donne dans un ton complètement différent : plus sérieux, plus dramatique, plus revendicatif aussi. Essayez d’aller au cirque ou à un quelconque spectacle d’animaux dressés après avoir lu Duncan The Wonder Dog et vous aurez soudain un malaise qui s’installe. Cependant, Hines réussit à ne pas écrire un pamphlet consacré à la défense complète des animaux. Certains bipèdes ou quadrupèdes vivront très bien leur vie avec les hommes même en ayant la parole, d’autres commettront des actes parfaitement effroyables que ce soit dans des proportions terroristes ou bien dans le climat confortable d’un doux foyer. Bref, tout comme il y a des humains plus ou moins bons, les animaux parlant eux aussi seront répartis sur une échelle morale.

Malgré la taille imposante du bouquin (taille franco-belge, couverture souple, près de 400 pages), Hines nous montre bien qu’il s’agit d’un premier tome. Il n’aborde pas tous les cas de figure concernant les animaux (comment une meute de chiens errants vit la révolution parlée, ce qui se passe dans un cirque, ...) et se concentre sur son histoire centrale. Cependant avec toute la place qui est disponible, cette histoire est entrecoupée de tranches de vies parfaitement crédibles et du coup, aussi fortes que l’intrigue principale, étant parfois liée, parfois non mais apportant à chaque fois une petite brique supplémentaire à ce monde si particulier.

Hines illustre aussi cet énorme bouquin. J’aime beaucoup son style dessiné et ses animaux aussi bien que ses humains sont expressifs et sont correctement mis en scène dans des décors amplement suffisants à l’action. Cependant L’auteur met aussi beaucoup de choses graphiques dans son album et j’avoue que cela m’a parfois beaucoup perturbé dans ma lecture. Je n’ai peut-être pas, par exemple, donné suffisamment d’importance aux textes en prose qui émaillent le récit de façon sporadique et incomplète, certains signes sont récurrents mais sont difficiles à interpréter tout au long du bouquin. Il y a aussi des passages très sombres, difficiles à déchiffrer dans lequel on va apercevoir un animal. Alors oui, effectivement, cela ressemble à des effets de lumières réalistes mais cela apporte aussi une nouvelle difficulté de lecture du bouquin.

Duncan The Wonder Dog est donc un livre fort sur un concept simple qui fonctionne remarquablement. Il dispose d’un graphisme riche et varié mais qui peut parfois sembler aussi très inutile. Si ce n’est cette complexité de mise en page, j’ai eu du mal à retrouver l’aspect puzzle à reconstituer dont parle la promo de la version française (chez l’éditeur courageux ça et là). Mais chaque tranche de ce livre est d’une qualité suffisamment bonne pour que l’on passe outre les différents obstacles qui se présentent au cours de la lecture. Un album riche qui demande un peu d’investissement de la part du lecteur.


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