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Creator-Owned Heroes #1-8

mardi 2 avril 2013, par Mathieu Doublet

(Image Comics / Jimmy Palmiotti, Justin Gray, Steve Niles, Jay Russell, Darwin Cooke & Jeffrey Burandt / Phil Noto, Kevin Mellon, Jerry Lando, Andrew Ritchie, Darwin Cooke, Scott Morse & Dean Haspiel)

Une bande potes quittent le petit bloc qui leur apportait encore un peu de sûreté à la recherche d’El Dorado mythique alors que le monde est arrivé à sa fin en éliminant toute immunité aux Terriens. Un rhume devient donc aussi mortelle qu’une balle en pleine tête. Mais il y a d’autres moyens pour mourir, comme se diriger à toute vitesse vers un ravin avec les freins cassés.

La Triggergirl est la sixième à être mise en place. Ce clone humain développé dans une bulle a pour mission d’assassiner un sénateur américain. Le fait qu’il soit en plein vol et escorté par deux chasseurs ne pose visiblement pas beaucoup de problèmes à la jeune femme à peine née.

Voilà donc les deux récits qui composent Creator-Owned Heroes, un projet inspiré par Steve Niles et rejoint par Jimmy Palmiotti et Justin Gray. Au programme donc, deux récits de 12 pages, du rédactionnel (en réalité des colonnes écrites par les scénaristes ainsi que par le responsable lettrage / mise en page de bouquin et une interview de Neil Gaiman). Le fond du projet est bel et bien de développer des œuvres dont seuls leurs créateurs possèdent les droits. Ainsi il est possible que si la revue fonctionne, elle accueille d’autres auteurs et lui donnerait pas mal de fraîcheur. Un des seconds points est d’offrir au lecteur un comic-book qui ne se lit pas en cinq minutes comme c’est parfois le cas chez la concurrence. Sans être extrêmement compacts, les récits même inachevés ne semblent pas décompressés mais nous verrons bien comment ils se tiennent en étant lus d’une traite. La partie éditoriale n’est pas le plus folichonne, surtout si vous avez l’habitude de suivre les créateurs impliqués sur le Net. Il y a au moins une profession de foi pour chacun qui montre le but et les ambitions de Creator-Owned Heroes. L’interview de Gaiman tient sur deux pages et m’a semblé très anecdotique.

Pour les dessins, par contre, c’est vraiment du bon choix. Kevin Mellon (artiste de la série Heart sur un combattant de lutte type MMA) a un style particulier avec des personnages qui ont des tronches pas possibles. La grande scène de conduite est particulièrement tendue et rend bien l’effet cinématographique souhaité, le tout se mariant à la perfection avec les voix-off et le reste du texte. Si ce n’est pour la dernière page que j’ai trouvé moins bien réalisée que le reste, on sent aussi très bien la fin du monde qui pend au nez des "héros".
Phil Noto prend en charge Triggergirl 6 et fournit un travail de la même qualité que ce qu’on connaît venant de sa part (New West, Beautiful Killer, Infinite Horizon), il n’y a donc pas beaucoup de surprises, les pages sont lumineuses et aérées sans pour avoir une impression de vide ce qui est souvent la faiblesse de l’artiste. Les lecteurs qui aiment le style seront aux anges, ce qui espèrent une évolution en seront pour leur frais.

Creator-Owned Heroes est donc une anthologie raccourcie, un magazine à la Heavy Metal mais dans un format comic-book. Je suis très fan des deux histoires et mon seul regret est presque que la revue ne soit pas hebdomadaire. Et le projet mérite d’être soutenu.

Mise à jour suite à la lecture des 8 numéros qui composent la série :
Hé oui, malheureusement, la série s’arrête après seulement 8 numéros, faute de lecteurs. Je trouve cela franchement dommage parce que c’était plus qu’un comic-book, c’était une revue qui relevait c’est vrai en partie de l’auto-promotion mais où Jimmy Palmiotti et Steve Niles faisaient aussi part de leurs coups de coeur.
Les interviews sont celles d’artistes faisant partie de leur cercle d’amis mais il y en a aussi d’autres qui rentrent tout à fait dans la philosophie "indépendante" (les frères Hernandez, Bryan Lee O’Malley). D’autres articles sont à noter et s’adressent à tous ceux qui veulent faire du comic-book leur métier. Des conseils venant de personnes expérimentées qui pourraient être bien utiles. Seulement voilà il faudrait aussi que ce lectorat se décide à suivre la série.

Mais bon, parlons aussi bande dessinée, mis à part Triggergirl 6 et American Muscle, vous aurez droit à :
- Killswitch, où un tueur professionnel s’émeut pour une femme plus ou moins innocente ce qui va le mener vers un futur assez funeste. Le récit est très sympathique, typique du duo Gray / Palmiotti, dispose d’un joli dessin et des superbes couleurs de Paul Mounts ainsi que d’un final est très particulier.
- Black Sparrow est un western surnaturel où le corps d’un criminel revient sur Terre après avoir été enterré. Climat étrange de la part de Steve Niles et Andrew Ritchie. C’est sale, solitaire, sans l’ombre d’une morale. Un récit court coup de poing.
- Darwin Cooke proposera 3 mini-histoires : The Alex, The Deadly Book et The Spirit of Harbour. De l’hommage, du suspense humoristique et de l’émotion. Dommage que l’artiste n’ait pas eu le temps de participer plus longtemps à la série, ce qu’il nous propose là, même si ce sont des oeuvres de jeunesse ou bien des oeuvres personnelles sont très réussies.
- Arrive enfin Meatbag, récit mêlant détective privé et grands anciens. Rien de bien nouveau, si ce n’est que ce sont Steve Niles et Scott Morse qui sont à la barre et qu’on est plus proche du récit illustré que de la bande dessinée en elle-même. Tout cela ressemble fort à un récit qui aurait eu sa place dans l’anthologie Crime & Terror dont il n’existe pour l’instant qu’un album "avant-première" (cf le lien).

Certains récits sont déjà disponibles en numéros individuels (Triggergirl 6 par exemple) et d’autres ne manqueront pas de prendre le même chemin (je pense à Killswitch ou bien American Muscle), ce qui fait que vous pouvez aussi vous les procurer de cette manière. Et pour ceux qui apprécieraient aussi la partie éditoriale, tous les numéros sont disponibles sur Comixology à 2$ pièce, ce qui ne fait pas cher du tout pour toute la lecture qui vous est proposée.


Pour archive, mes petits paris :
Envie de lire la suite ?
Oui, beaucoup.
Parution de la suite ? Même si j’espère le contraire, je ne crois pas que la série dépassera la dizaine de numéro. Tout dépend de l’engouement des lecteurs et des auteurs qui voudront rafraîchir le projet.
Publication du recueil ? Tout la philosophie du projet permet de dire oui et ou en récit complet.
Traduction de VF ? Là encore, ça peut être possible. Mais il est trop tôt pour dire ce qu’il en sera. Vues les ventes en VO, je ne pense pas qu’on ait droit à une VF.

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