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My Friend Dahmer

mardi 5 juin 2012, par Mathieu Doublet

(Abrams ComicArts / Derf Backderf)


Jeffrey Dahmer, dix-sept victimes, meurtres, dépeçages, rapports sexuels post-mortems, tous sur des hommes d’âges différents, majeurs ou mineurs. Bref, un serial-killer et d’après les rapports du FBI après son arrestation, quelqu’un de très bien. Enfin, si on met ses crimes de côté. Mais un serial-killer, c’est avant tout quelqu’un qui semblait normal avant, quelqu’un qui a dû avoir à un moment dans sa vie une famille et des amis. Et quand les amis en question apprennent que celui qu’ils ont côtoyé est devenu un véritable monstre, c’est forcément un sacré choc.

C’est ce qui est arrivé à Derf Backderf, artiste que j’associerai à une certaine mouvance punk, proche de Peter Bagge. Apparemment, ses bouquins précédents (Trashed, The City, Punk Rock and Trailer Parks) sans être de grosses comédies, sont des livres bien plus légers que le livre qui nous intéresse. Démarré par un récit cathartique d’une dizaine de pages, le récit sur Jeffrey Dahmer a pris de l’importance quand Backderf a vu que certains gens étaient intéressés pour en savoir plus et que lui-même avait besoin d’explorer en profondeur comment les choses auraient pu prendre une tournure différente. L’auteur réussit à rendre passionnante une histoire triste d’un jeune homme qui pour différentes raisons est devenu l’un des pires criminels qui soient dans l’histoire des États-Unis. Pourtant, et c’est bien indiqué en préface de l’histoire, il ne s’agit nullement d’éprouver de la compassion pour un tueur en série, fusse-t-il adolescent.

Si Backderf et Dahmer ont été proches, on ne peut pas dire qu’ils aient été de grands amis. Dahmer était au collège / lycée un ado à part, se rapprochant plus volontiers de personnalités encore plus frappées que lui. Mais il est arrivé que par le biais d’un trait d’humour (finalement assez malsain), Dahmer a réussi à se faire une poignée d’amis ou en tout cas, une poignée de personnes qui le considéraient au moins pour ses talents comiques. A travers cinq parties, Backderf va donc montrer comment un ado passe "du mec étrange" au véritable monstre. Le tout est très détaillé avec une recherche assez poussée, les notes montrant que Backderf s’appuie aussi bien sur des articles de presse locale, de rapports des fédéraux ou bien des livres qui ont pu être écrits par Dahmer, y compris par son propre père. Les parties Sources et Notes font donc partie intégrante du livre et je vous conseille de les lire après la bande dessinée.

Derf Backderf n’est pas un dessinateur qui conviendra à tous mais son credo n’est pas non plus, a priori, de plaire. Ses personnages sont tous différents mais possèdent comme caractéristique commune de posséder des têtes rectangulaires et un corps longiligne, aussi bien hommes que femmes, et de ne pas être très glamours. Pour le peu que je connaisse le travail de Crumb, je retrouve chez Backderf des petits tics comme les ombres portées sur les habits. Mais ne vous méprenez pas, la composition des pages avec peu de cases, les décors souvent très poussés et la mise en scène font que le récit a un rythme soutenu et qu’on est plongé dans l’ambiance de cette petite ville des États-Unis, plus ou moins épargnée par la crise et de son établissement scolaire.

Même si le style graphique de My Friend Dahmer ne vous plaît pas forcément, cela n’empêche pas le bouquin d’être une lecture passionnante qui parle de la jeunesse et de la fragilité de l’être humain.

Hop, l’avis de Choco sur son grenier.


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