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The Last Days of American Crime #1-3

samedi 21 avril 2012, par Mathieu Doublet

(Radical Comics / Rick Remender / Greg Tocchini)


Les temps sont durs et les émeutes gangrennent l’Amérique. Le Mexique et le Canada ont décidé de fermer leurs frontières avec une réelle force armée au cas où et les policiers usent et abusent des différents couvre-feux et autres ordres martiaux pour faire régner une loi de pacotille. Autant dire que les méchants bandits s’en donnent à cœur joie pour régler leurs comptes et commettre les pires méfaits. Sauf que, dans pas longtemps, deux choses vont arriver. La première : l’argent papier va disparaître au profit de transactions numériques qui seront bien plus facilement traçables, permettant aux différents pouvoirs de tout bien contrôler. La seconde et certainement la plus inquiétante : la création d’un signal directement interprétable par le cerveau qui empêche chacun d’aller à contrario de la loi. Autant dire que d’ici quelques jours, le crime organisé n’aura plus lieu d’être en sainte Amérique. C’est pour tout cela que le coup de Graham Bricke prépare est vraiment un dernier coup, LE coup du siècle, celui qu’on espère réussir parce qu’il est synonyme de retraite anticipée juste après. De toute façon, qu’importe le succès du coup, il n’y aura plus vraiment d’occasion d’en faire d’autres. Seulement, il faut trouver les bons partenaires et ça, c’est assez compliqué. Surtout lorsqu’on vient de fricoter dans les toilettes du bar avec la copine de son associé, sans bien évidemment, être courant de qui est qui. Autant dire que ça démarre mal pour Bricke, d’autant que lui comme ses camarades de jeu, ont de sacrées casseroles à traîner. Des casseroles qui aimeraient bien aussi faire partie de ce dernier fameux coup.

Dire que Remender fait dans la dentelle pour ce The Last Days of American Crime serait un énorme mensonge. Dans ce triptyque, ce sont les armes, les coups fourrés, les coups dans la tronche et le sang qui priment avec quelques louchées de sexe et de drogue pour rendre le truc encore plus sale si besoin était. Il dépeint une ville américaine arrivée au bout du rouleau où la loi cherche à regagner le terrain qu’elle a complètement perdu et qui permet de voir des mecs complètement encastrés dans des murs à deux pas de bars mal famés quand ils ne sont pas tout simplement pendus aux lampadaires comme de tristes signes d’avertissement. Dans ce contexte encore plus désespéré que celui de Strange Girl, le scénariste va choisir un homme qui se sentirait presque comme un poisson dans l’eau dans ce milieu si particulier. La scène d’introduction de Graham Bricke est très parlante : scène de torture où le personnage principal est "dans la bonne position", on ne peut tout simplement pas le prendre en sympathie. Pourtant, au fur et à mesure que découle l’histoire, on se rend compte que s’il n’est pas un ange, il est peut-être le moins pourri de toute cette ménagerie. Autant vous dire le niveau de barbarie qui aura lieu dans ces quelques pages de bande dessinée. Forcément à tout ça, s’ajoutent des acolytes qui sont loin d’être fiables, entre un jeune un peu trop excité et sûr de lui et une bombasse qui donne l’image d’une fille couchant à gauche et à droite, le coup semble déjà foiré d’avance. Mais il n’y aurait pas d’histoire sans ça et Remender le sait bien. Il y aura double et triple trahison dont je vous laisse la surprise de l’issue finale. Comme on dit dans ce cas-là, "personne n’en sortira indemne".

C’est Greg Tocchini qui se charge de l’illustration de ce récit. La dernière que j’ai lu quelque chose de l’artiste, c’était pour la mini-série Ion, autant dire quelque chose d’assez classique dans le style super-héroïque. Avec The Last Days of American Crime, il peut laisser libre cours à ses envies graphiques puisqu’il maîtrise tout de A à Z (notamment aussi la colorisation, perdant le vernis habituel aux productions Radical). Je suis très embêté pour dire si j’ai aimé le travail de Tocchini. Certaines planches sont superbement bien pensées, efficaces et pleines de punch. Certaines cases sont sublimes, réussissant à allier un trait minimum mais expressif à une colorisation réussie, hors des sentiers battus en terme de comic-books. Mais à toutes ces envolées correspondent autant de cases où les traits sont vraiment insuffisants, où la colorisation n’arrive pas à relever la case, où les personnages se ressemblent trop pour qu’on puisse suivre, où la mise en page est si grossière qu’elle complique la lecture du récit. D’ailleurs, il semblerait que l’auteur ait lui aussi compris qu’il fait être plus efficace puisque la dernière partie est nettement plus classique surtout au niveau des couleurs, plus proches du trait et cherchant moins d’effets.

The Last Days of American Crime est une histoire de cambriolage réussie, où le cambriolage en lui-même ne correspond pas à la majorité du récit et où une ambiance poisseuse de fin de monde est retranscrite avec un soin très particulier. Le contraire ultime à Ocean’s Eleven en quelque sorte. Amateurs de récits noirs avec son lot de scènes bien gores, voilà chaussure à votre pied.


Un autre avis : Celui de Franck Mars

Et un peu de musique avec ça sur le blog BO BD

Pour acheter ce livre :

En VO :

Sur Amazon.com : (compliqué de s’y retrouver avec les différentes appellations du comic-book chez amazon.com. Le bouquin ci-dessous contient bien l’intégralité du récit.)

Sur Amazon.fr :

En VF (avec la version hors de prix de chez Emmanuel Proust, 3 fois celle de la VO et même si c’est de la couverture dure, c’est tout de même super cher !)

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