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One Soul

jeudi 9 février 2012, par Mathieu Doublet

(Oni Press / Ray Fawkes)


Si il y a une excuse que je sors quasiment à chaque fois pour une chronique d’anthologie, c’est que je ne peux pas résumer l’histoire. Eh bien, pour One Soul, c’est un peu le même principe. En effet, la bande dessinée de Ray Fawkes est à la fois unique et multiple. En racontant 18 histoires à la fois, l’auteur se place donc en cas quasi-isolé dans le monde du neuvième art et se paie le luxe de créer 18 BD différentes. En effet, au travers des doubles-pages qui composent le bouquin, ce sont des gaufriers 3 par 3 qui sont offerts au lecteur, proposant 18 vies mises en scène chronologiquement de l’époque préhistorique à une époque plus proche de nous, mettant en scène une jeune anarchiste.

C’est au petit jeu des points communs et des différences que l’artiste va se consacrer. Chacun des 18 parcours sera frappé par un événement particulièrement marquant qui permettra de tous les unir et qui est, bien entendu, présenté en simultanéité chez chacun des protagonistes. Mais les personnages ne sont pas liés uniquement par cet épisode. Depuis leur naissance (l’œuf à l’intérieur de la mère), on les suit durant leur enfance, leur adolescence, leur âge adulte et finalement leur mort. L’occasion de voir des destins complètement différents, qui s’opposent ou qui se relient par le biais de textes qui jouent parfois à se refléter comme un miroir déformant ou comme un écho se répercutant quelques pages plus loin dans le livre. De quoi se pencher sur des époques, des conditions de vie différentes et finalement sur sa propre condition de lecteur confortablement installé à lire un beau produit.

Réfléchir à sa propre condition est complètement obligatoire à la lecture de One Soul car ce livre a pour de décrire la vie. Et s’il y a bien quelque chose de compliqué à illustrer, de rendre universel, c’est bien la vie, chacun ayant son propre parcours. Ray Fawkes se donne déjà du mal en déployant une galerie de personnages variée : hommes, femmes, blancs, noirs, asiatiques, amérindiens, hétéros, homos, riches, pauvres, courageux, couards, dominants, dominés ... Il ne reste plus beaucoup de catégories sociales ne pouvant s’attacher au moins à un des personnages. La vie signifie bien entendu parler de la mort et de l’esprit, deux choses difficiles à appréhender puisqu’impalpables et n’ayant de sens une fois six pieds sous terre ou dans une urne. L’auteur donnera à chacun de ses personnages l’occasion de s’exprimer pendant les quelques secondes qui suivront leur décès. Une façon pour eux de faire la synthèse de son propre destin, chose que l’on fait souvent lorsqu’il est trop tard. Le livre aura bien entendu son lot de question sur la religion et le rapport à un être supérieur. Souvent en colère, l’homme sera bien impuissant face à quelqu’un qui semble contrôler son destin. Est-ce de la foi ou bien une façon de se dédouaner ? Au lecteur de trouver la réponse en son for.

Vous l’aurez compris le livre de Ray Fawkes n’est pas particulièrement une partie de plaisir. Il faut dire qu’en dédiant son livre à un fils né et mort le même jour, il place sans ambiguïté l’ambiance du livre. Celui-ci se fait l’écho d’une humanité qui n’a pas forcément évolué dans le bon sens (la vie du dernier personnage est un véritable gâchis) mais qui pourrait si jamais vraiment vous le souhaitez, garder une petite étincelle fragile quand se referme la parenthèse du personnage qui vit le plus longtemps (bien que sa vie ait été assez frivole).

Bref, One Soul, qui laisse bien en suspens la question du surnaturel (on pourrait éventuellement penser à la réincarnation d’une même âme), est un livre hors du commun qui vous nécessitera pour vraiment en profiter de le lire 19 fois (la première classique et les 18 fois en suivant le destin de chaque personnage). En fait, One Soul est un livre si riche, qu’il y a certainement des choses qui m’auront échappé et des idées qui pourraient arriver avec des lectures supplémentaires. Le seul reproche que je pourrais faire au livre, ce sont les textes. Morcelés, sans véritable ponctuation, ils se sont révélés être difficilement compréhensibles. Mis à part cela, doté de graphismes simples mais diablement efficaces, One Soul est un livre qui ne laisse pas son lecteur comme un simple spectateur mais aussi comme un acteur, quitte à parfois le faire sortir de l’intrigue. En cela, One Soul mérite toute votre attention, et l’espoir qu’il sera un jour traduit en français.


Le site d’Oni Press avec les 18 premières pages du bouquin.

Le site de l’auteur : http://rayfawkes.com

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