Onirique Comics 7.1

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Any Empire

jeudi 15 décembre 2011, par Mathieu Doublet

(Top Shelf / Nate Powell)

Lee Powell est un jeune garçon qui est fasciné par tous ce que les jeunes garçons aiment et son père étant dans l’armée, il adore jouer aux soldats et lire le comic-book G.I. Joe. Mais il est bien seul, alors quand il découvre une sorte de cabane dans un arbre et qu’elle appartient à un groupe de garçons, il se sent obligé de les rejoindre. Le coût de l’admission est tout de même élevé : il faut tuer quelque chose ; Est-ce que cela a un rapport avec les tortues blessées que retrouve la jeune Sarah, lectrice assidue des romans de Nancy Drew, la détective ? Et puis il y a aussi Purdy, un autre fan de l’armée mais dont l’expérience familiale diffère considérablement de ce que connaît Lee.

Les trois enfants vont voir leurs vies se croiser, se séparer et se retrouver à l’âge adulte. C’est d’ailleurs petit à petit que Nate Powell insère ces moments adultes dans son récit alors qu’il continue la trame des récits des héros plus jeunes. Quelques parenthèses qui illustrent bien l’une des premières considérations de l’auteur : grandir. Le parallèle entre Purdy et Lee, leurs caractères différents, leurs deux pères militaires, leur vision de l’armée et de l’action, les mène vers des chemins différents et montrent bien comment l’auteur considère les militaires : avec une relative justesse, ne les dépeignant pas comme d’horribles sauvages mais soulignant bien tout de même que dans les rangs des forces armées, il y a des personnes à qui on ne devrait jamais confier une arme.
L’autre pendant de Any Empire, ce sont les hallucinations que vivent les personnages et qui ne sont bien entendu pas sans rappeler le très bon Swallow Me Whole. Là encore, tout est traité avec beaucoup de justesse, que ces hallucinations ou plutôt ces obsessions soient imagées (les scènes avec les personnages de G.I. Joe que Lee met en scène) ou pas (le combat de Sarah contre les massacreurs de tortues). Les parents sont d’ailleurs mis en scène avec beaucoup de parcimonie. Si on les voit discuter à propos du comportement de leur fils, les parents de Lee n’apparaissent que brièvement. C’est le père de Lee qui aura un rôle déterminant dans la vie du jeune homme en expliquant par quelques mots simples de quoi est (était ?) fait son métier.

Graphiquement, c’est toujours le pied. Powell fait varier les organisations de ses cases mais sans que celles-ci soient particulièrement outrancières ou avant-gardistes, le plus original étant le moment musical de l’album, un moment pivot de l’histoire où la musique se fait toute en arabesque. Une construction claire même dans des splash-pages qui peuvent exprimer une force certaine ou un moment doux et qui soutiennent toujours les ambitions du récit avec des moments particulièrement bien choisis dans les vies enfantines et adultes des personnages.

Jusqu’à l’activation de l’Operation Morningstar, Any Empire est une bande dessinée exemplaire, claire, nette et précise sur des enfants qui grandissent avec tout ce que cela peut avoir de violent et un regard lumineux sur cette force d’imagination. Arrive ensuite une espèce de dimension parallèle où les choses prennent une tournure assez différente, où le lecteur ne sait plus vraiment quelle est la conclusion de l’histoire, comme si Powell avait plusieurs fins en tête et cherchait à toutes les caser. La scène d’introduction ne sera d’ailleurs pas forcément plus indicative, pouvant être le fruit de l’imagination d’un des personnages. J’allais écrire "Mise à part donc cette conclusion qui interpelle forcément le lecteur, Any Empire est parfait." mais en fait, j’aurais eu tort. Any Empire est une très bonne lecture, et cette fin alambiquée laisse au lecteur le soin d’interpréter le récit à sa façon, d’y ajouter une dose de surnaturelle, d’utiliser son imagination. Tout à fait dans le propos du bouquin donc.


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