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Pherone

lundi 5 décembre 2011, par Mathieu Doublet

(Image Comics / Patrick Bragatta, Jim Sink & Viktor Kalvachev / Viktor Kalvachev)


Eve est une jeune femme prête à tout, un avantage quand on est une espionne et qu’on cherche soit à récupérer des informations, soit à carrément éliminer la concurrence. Le seul souci, c’est qu’Eve n’est pas vraiment consciente de cet état de fait et qu’elle se réveille souvent sans avoir aucun souvenir de la soirée ou de la nuit qu’elle vient de passer. Tout juste, reste-t-il quelques objets ou quelques traces diverses qui peuvent trahir ses anciens faits et gestes et la plupart du temps, ces indices laissent entendre que ça a été violent, très violent, pour elle, pour son adversaire, voire pour les deux. Alors quand Eve cherche à comprendre ce qui lui est arrivé, elle va forcément voir du côté de son ex-petite-amie qui ne voit pas vraiment reprendre une relation si compliquée, d’autant qu’Eve semble toujours être dans des draps que son ex a quitté depuis longtemps.

Bon le concept de l’héroïne imparfaite, de l’assassin sexy qui oublie ce qu’elle a fait, ça n’est clairement pas nouveau et ça a été repris maintes fois. En ce qui concerne Pherone, le début de la production démarre en 2005 et sa publciation se fait rapidement dans la revue Heavy Metal, ce qui la place après Aphrodite IX mais avant Dollhouse par exemple. Et c’est surtout le traitement de ce contenu qui fait tout l’intérêt de Pherone malgré le fait que tout cela se termine sur une fin très ouverte qui appelle une suite.
En effet, malgré le fait que deux scénaristes se suivent, il y a un effet polar hard-boiled qui traîne tout au long de la série. Aucun des personnages n’est innocent, tout le monde se tient par les roubignoles avec un paquet de clauses non explicites et le fait de simplement faire une petite erreur coûte bien souvent la vie. A ces personnages s’ajoute un décor qui est toujours fait de pénombre, de fumée de cigarette ou d’odeur de poudre et de sang. Même les petits matins sont rarement porteurs de bonnes nouvelles.

Et puis il y a Viktor Kalvachev, créateur de la série Blue Estate (chez Image et en VF chez Ankama) et dessinateur de couvertures notamment pour Men of War, une des séries du New 52 chez DC ou Blue Estate. Ce dessinateur assure et quelque chose de bien. Pour Pherone, il faut imaginer la puissance d’un Frank Miller (avec des planches en noir & blanc et quelques touches de couleurs) mélangée à un style de dessin proche d’un Phil Noto en ce qui concerne les visages ou d’un Adam Hughes (époque quand il dessinait encore des planches). Bref, ça a une sacrée patate et quand j’ai lu la première histoire qui a servi d’argument de ventes, je me suis dit que Kalvachev avait finalement eu raison de choisir un traitement graphique plus brutal et moins coloré. Le dessinateur montre aussi sa maîtrise de la colorisation numérique et de l’effet si particulier qu’il arrive à insuffler avec cette technique.

Pherone est donc un récit très punchy qui prend ses marques peut-être un peu trop lentement par rapport à la longueur du bouquin et au fait que l’histoire n’est jamais vraiment finie. Par contre, c’est un véritable plaisir pour les yeux.


Le blog de Kalvachev :http://www.kalvachev.com/

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