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Breakneck #1-3

mercredi 9 novembre 2011, par Mathieu Doublet

(215 Ink / Mark Bertolini / James Boulton)


Lui, c’est Ethan Shade et là, c’est le moment où il se rend compte qu’il est quasiment le dernier des super-vilains. Il faut dire que depuis que le gouvernement américain a autorisé les super-héros à ne plus avoir de limites et à exploser tous les super-vilains avec presque le droit d’avoir des dommages collatéraux, la donne a considérablement changé. Pour Shade, c’est un peu la débandade car il était plutôt dans le dernier rang des super-vilains, tout juste bon à apporter de l’eau à ceux qui se mettaient vraiment en scène devant d’autres gugusses et qui cherchaient véritablement à contrôler le monde. Bref, Shade est un couard et être le dernier des méchants est tout sauf une bonne nouvelle. Alors il se dit qu’il a besoin de retourner à ses anciennes amours (le braquage de banque), faire un gros coup et se tirer ici illico-presto avant qu’on lui mette le grapin dessus. Sauf que bien entendu, au moment du méfait, un super-gentil arrive et décide d’arrêter Ethan. Là, son sang ne fait qu’un tour, il en a marre d’être celui à qui on manque de respect et trouve le moyen de faire deux choses idiotes : retirer son masque devant les caméras de vidéo-surveillance et surtout tuer, sans vraiment le vouloir, le super-héros. De quoi singulièrement compliquer les choses pour celui qui voulait faire profil bas ...

Mark Bertolini (auteur de titres assez peu distribués comme Ghost Lines ou encore Long Gone - à venir chez Markosia) prend le cadre du monde super-héroïque et lui met un coup de polish "à la Ultimates" avec des héros pro-actifs. mais plutôt que de suivre la bande de super-gentils devenus super-bourrins, il décide plutôt de raconter l’histoire d’un loser, d’un couard, d’un peureux, qui se révèle être finalement assez attachant, manquant juste d’un petit peu d’estime de soi pour être rentré dans le cour des grands. Et ce loser va bien entendu avoir des problèmes de plus en plus énormes tout en rencontrant les équivalents légèrement détériorés d’une équipe à la Vengeurs / Justice League. Un récit qui va forcément être assez jubilatoire pour tout amateur de super-héros qui aime qu’on casse un peu ses idoles. Alors ça n’est pas toujours très original mais étant dans un titre complètement indépendant, Bertolini peut se permettre d’aller un poil plus loin dans la désacralisation. Il ne va pas aussi loin que Bouzard dans le final de Plageman, le deux mais plutôt dans le non-dit ou la petite phrase qui fait mal ce qui est d’autant plus percutant.

Un titre drôle donc et forcément bourré d’action puisqu’on est dans le cadre d’une course-poursuite qui doit, de toute façon, mal se finir. Ce qui est dommage, c’est que le graphisme ne suit pas. Le travail de James Boulton pourrait ressembler à celui d’Ashley Wood mais à quelques différences près. Tout d’abord, les planches sont plus lisibles ce qui n’est pas un mal et si certaines cases montrent que le monsieur sait dessiner, elles sont trop rares pour se dire qu’on est à côté de quelque chose de bon. Le design des super-héros et des super-vilains dès qu’ils sont costumés est des plus hasardeux et pas franchement attirant ce qui pose quand même un sacré handicap à un récit qui justement parle de bonhommes en costumes qui se mettent sur la tronche. Enfin, il y a une impression de vide qui n’est pas suffisamment remplacée par un jeu de tramage pour que là encore, le graphisme fasse illusion.

En ce qui me concerne, Breakneck est malgré son graphisme moyen un récit que j’ai pris plaisir à lire car son histoire est bien ficelée avec un final intéressant et assez comique (avec un poil d’acidité). Les personnages sont bien fichus et les dialogues mettent le lecteur dans l’ambiance. Ayant un penchant pour les anti-héros, Ethan Shade ne pouvait que me plaire et son tragique destin m’intéresser. breakneck est donc la preuve qu’une bonne histoire peut parfois relever le niveau d’un dessin qui, s’il n’est pas mauvais à complètement faire décrocher le lecteur, aurait mérité plus de soin.


Pour ceux qui veulent tenter le truc, les trois numéros sont disponibles sur Graphic.ly à un dollar le numéro. D’ailleurs, je me rends compte qu’un quatrième numéro est sorti. En tout cas, le récit peut tout à fait se lire avec les trois premiers numéros.

Le site de la série sur 215 Ink (d’ailleurs le #1 est disponible en torrent tout ce qu’il y a de plus officiel sur le site de l’éditeur dans la partie Downloads).

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