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Holy Terror

lundi 31 octobre 2011, par Mathieu Doublet

(Legendary Comics / Frank Miller)


Natalie Stack se fait aussi connaître sous le pseudonyme de Cat Burglar, et devinez quoi, c’est une voleuse qui a un costume de chat. Même si c’est une voleuse de diamants, finalement, elle est bien moins nuisible que tous les tarés qui tuent ou qui veulent détruire une ville ou le monde entier. Pourtant, c’est bien elle que le Fixer poursuit. Pourquoi autant d’acharnement ? Peut-être parce que le justicier cherche autre chose qu’à coincer la voleuse, ou peut-être y met-il une autre signification. Toujours est-il que le temps se réchauffe beaucoup au moment où les deux s’embrassent finalement. Par contre pour les clous et les lames de rasoir qui ne manquent pas de pleuvoir, ils peuvent difficilement provenir de la passion des deux masqués. Que cela vienne d’une terroriste qui se fait sauter le caisson en plein Empire City est nettement plus vraisemblable et alors que le flic Don Donegal est bien entendu dépassé par les évenements, Fixer et Cat Burglar vont faire en sorte que les coupables paient.

Hé oui, le projet de Frank Miller "Holy Terror, Batman !" précipitemment sous-titré "Batman contre les terroristes" avait oublié un léger détail : Catwoman. Pardon, Cat Burglar. Et c’est tout de même assez dommage parce que la voleuse ne fait pas qu’une apparition fugitive en début d’album, elle aidera Batman, pardon The Fixer, pendant toute l’histoire. Et du coup, qu’est-ce que ça donne ? Ben, ça donne avant tout un comic-book signé Frank Miller aussi bien au niveau du scénario que du dessin. Et il y a tout Frank Miller dans Holy Terror, du bon et du mauvais, mais peut-être pas autant qu’on aurait pu l’espérer ou le craindre.

La grande question est bel et bien "jusqu’où Miller va-t-il aller dans sa grande campagne anti-terroriste ?" et finalement, l’auteur évite l’écueil de la revanche aveugle. Certes la toute première terroriste est d’origine arabe mais plus The Fixer remonte la piste des commanditaires, plus il se rend compte qu’il n’y a pas que des musulmans dans l’affaire et que certains blancs tireront aussi un certain profit de tout ce qui se passe. Alors Miller n’y va pas franco dans la dénonciation et les ennemis de l’Amérique ne sont pas Américains mais j’avais un peu peur d’une diatribe anti-musulmane et Miller s’en sort plutôt pas mal.
En fait, il s’agit plus d’un pamphlet "chacun pour soi", chaque intervenant, peu importe sa confession, est présenté comme une personne à qui on ne peut pas faire confiance. Le personnage juif (il a une étoile de David peinte sur la figure et s’appelle même David) a un chapeau et n’est finalement pas sans rappeler l’auteur en personne. Que faut-il comprendre de cette image, tellement fugace ? Que Miller se place d’un certain côté du combat ? Qu’il est aussi dangereux que les autres ? Bonne question qui ne manquera pas d’animer les débats.
La fin, en elle même, a le bon goût de ne pas être manichéenne et de faire du Fixer le super sauveur. Tout cela reste finalement relativement réaliste avec tout de même des facilités propres aux comics, facilités parfois même un peu cartoonesques qui montrent que, tout au fond du père de Sin City, il reste encore un peu du "comic" des comic-books.

Reste la façon dont tout cela est raconté. Je peux encore comprendre que l’intro qui montre Fixer et Cat Burglar jouer leur petite comédie dure près d’un tiers du bouquin. Après tout, cela montre le quotidien brisé par l’explosion de la première bombe. Je comprends aussi que Miller a un style qui lui est propre, faite de voix-off et de dialogues percutants qui laissent donc pas mal de place à l’image, surtout dans un bouquin à l’italienne où on est souvent dans la splash-page. Mais au final, le dessin de Miller est très pauvre. Les personnages ne ressemblent plus à rien et les différentes courses poursuites demandent de s’arrêter sur une image pour comprendre ce qui se passe, dommage quand l’action prime. De même, les visages sont parfois absolument hideux, ce qui peut être un souci dès qu’il y a une conversation entre personnages. Au final, je me demande si Miller a ne serait-ce qu’une fois pris la gomme et tenter de faire mieux. Quand on sait que le projet est sur les rails depuis un certain temps (et même en considérant que le projet a pu être ralenti par les différents désaccords avec DC Comics), on aurait pu espérer que le dessinateur se dise parfois que certaines cases méritaient mieux, du point de vue des personnages ou des décors qui sont parfois désespérement vides. Alors que l’album ne sortait pas en fascicules mais d’un seul bloc, une attente supplémentaire était tout à fait possible et on aurait pu avoir un bien meilleur album ne serait-ce que graphiquement. Restent quelques pages bien fichues et des caricatures qui demanderont un peu de connaissance en politique internationale.

Bref, Holy Terror n’est pas la catastrophe que j’attendais mais est bel et bien l’illustration du fait que Frank Miller reste un grand artiste et un bon raconteur d’histoire mais qu’il lui manque un peu de recul sur son travail et qu’il ferait bien d’y accorder un peu plus de temps.


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2 Messages de forum

  • Holy Terror 4 novembre 2011 05:36, par f@b

    Autant je suis souvent assez d’accord avec tes avis, autant sur ce bouquin là, je suis bien plus catégorique au niveau de la médiocrité du scénar et de son propos simpliste, manichéen et presque nauséabond, pour ne pas faire trop long, je met le lien de ma chronique :
    http://bobd.over-blog.com/article-h...

    et pourtant dieu sait que Miller a été un de mes dieux du comics pendant de longues années de DK, Daredevil, Ronin ou encore Sin city :’-(

    • Holy Terror 4 novembre 2011 11:22, par Mathieu Doublet

      Je ne dis que c’est fin loin de là mais je m’attendais vraiment à un truc de base style "Batman pète la gueule aux intégristes". Et là, même si on voit les dictateurs se féliciter - belles caricateures pour l’occasion -, même si ce sont une musulmane qui se lance dans la bombe suicide (tout en commettant un pêché juste avant, d’ailleurs je me demande si ça n’est pas un peu contradictoire vis à vis de la religion de la dite terroriste), il y a des éléments d’intrigue qui font qu’on dépasse ce premier degré.

      Sans spoiler, il y a des gens qui contrôlent toute cette affaire d’attentats et qui ne sont ni arabes, ni musulmans. On comprend alors qu’il s’agit plus d’appât du gain et du bénéfice que certains peuvent tirer d’une situation de crise. je trouve que ça relève "un tout petit peu" le débat et je ne m’y attendais pas. A la limite, je trouve le discours de Miller plus anarcho-capitaliste (genre le super finaud Escape From Terra) que simplement anti-musulman.

      Dans ta chro, tu cites Marc-Antoine Mathieu et je ne l’ai pas relevé (faut dire que je n’étais pas dans la bonne optique de lecture ;) ) mais c’est trop tard je n’ai plus l’album sous les yeux ou sous la main. Tant pis.

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