Onirique Comics 7.1

Accueil du site > Chroniques > Autres éditeurs > The Griff

The Griff

vendredi 7 octobre 2011, par Mathieu Doublet

(WM Morrow / Christopher Moore & Ian Corson / Jennyson Rosero)


Les humains ont toujours la fâcheuse tendance à essayer les expériences les plus dangereuses sans se douter qu’ils vont en payer le prix dans les grandes largeurs. C’est comme cette équipe d’archéologues et de scientifiques qui ne se doutent pas qu’en associant deux artefacts dont ils ignorent tout vont lancer un signal de détresse un peu particulier. Très rapidement, des dragons débarquent sur Terre et éliminent les humains en se chargeant tout d’abord des réseaux de communication et de déplacements. Un vaisseau extra-terrestre plus tard, il ne reste plus grand chose fonctionnant sur deux jambes sur Terre mais ceux qui restent sont du genre déterminés. Est-ce que Mo, game designer et Steve, skater glandeur vont s’en sortir ? Le couple Liz - Oscar (une dresseuse d’animaux aquatiques et un employé de l’aquaparc revêtant les tenues idiotes d’animaux géants sympathiques) aura-t-il plus de chances ?

C’est ce que vous saurez en lisant The Griff, un comic-book qui démarre par un projet commun entre Christopher Moore, romancier de genre ayant tendance à y ajouter une bonne louche d’humour, et Ian Corson, scénariste pour le cinéma et occasionnellement producteur et réalisateur. Bref, les deux hommes se connaissent et se disent qu’ils vont faire quelque chose ensemble dans le monde du cinéma. Et puis, ça ne prend pas. Pourtant, les deux hommes sont convaincus qu’ils tiennent quelque chose. Et quand Moore est contacté par les grandes maisons d’édition de comics, il commence à se dire que le projet ciné maudit pourrait très bien faire l’affaire pour une bande dessinée. Le hic, dans tout ça, c’est que le projet The Griff reste un projet de scénaristes qui démarre dans le milieu. A en croire la préface, Moore aurait pu bosser pour Marvel et DC mais a finalement voulu gérer son affaire comme un grand. Du coup, c’est une oeuvre un peu particulière, un premier jet qui me semble oublier une composante de la bande dessinée, le jeu entre scénariste et dessinateur. J’y reviendrai.
Les personnages sont vraiment très légers : la fille geek, pourtant au début présentée comme une véritable "fille qui en a", devient soudainement troublée à la vue d’un homme torse nu ; le dit bonhomme ainsi que toute son équipe mentent effrontément à tous ceux qu’ils croisent, ce mensonge étant d’une part, complètement inutile, et d’autre part, jamais éventé, ce qui aurait pu apporter un peu plus de tension au récit qui se déroule assez tranquillement ; le skater joue son rôle de quasi-idiot, se révèle doué de certaines compétences jusque là insoupçonnées ; le guignol en costume gagnant des galons en situation de crise sans que cela ne joue finalement un grand rôle dans l’histoire. Il ne reste que la dresseuse qui est là seulement pour débloquer le final de l’intrigue. Le souci, c’est que les personnages n’évoluent que très peu par rapport à leur position de départ, la durée de l’aventure étant relativement rapide. D’ailleurs la gestion du temps au cours du bouquin est très particulière puisque les personnages semblent à la fois vivre dans un monde dévasté ce qui laisse entendre que les envahisseurs sont déjà là depuis un certain temps mais avec des conditions de survie relativement aisées, signe que toutes les ressources n’ont pas encore été pillées. Cette gestion du temps est aussi mal rendue quant au périple de trois personnages et pose donc le problème de la localisation spatiale.
Est-ce qu’au moins c’est drôle ? Parfois oui, c’est certainement ce qui sauve le bouquin du naufrage total. Si la plupart des dialogues sont classiques, il y a quelques répliques qui tombent bien et font sourire.

Un autre bon point du bouquin, c’est le travail de Jennyson Rosero qu a réalisé un bon design au niveau des personnages et qui a un trait suffisamment affirmé pour les représenter avec différents angles et dans différentes positions. Les animaux et les objets du quotidien sont eux aussi bien réalisés, suffisamment en tout cas pour que j’y crois (n’étant pas spécialement renseigné au niveau des différentes armes utilisées dans le bouquin). L’artiste semble n’être dans The Griff qu’un exécutant : elle n’apparaît que dans une phrase de la préface de Christopher Moore sans plus de détails et n’est incluse en aucune façon dans les droits de la bande dessinée dont les illustrations sont copyrightée "Harper Collins Publisher". Si encore le projet était auto-produit, je comprendrais que les scénaristes embauchent quelqu’un qui comblerait leurs lacunes mais là, il y a visiblement une structure intéressée qui finance le projet et le tout manque d’une reconnaissance au niveau du visuel comme s’il n’avait aucune importance, comme si, seuls les noms de Moore et Carson pouvaient vendre le livre, peu importe ce qu’il y a dedans (c’est peut-être malheureusement la triste vérité du terrain).

Je ne me rappelle plus ce qui m’a guidé vers The Griff, certainement les propos très enthousiastes d’un créateur de comics sur Facebook. La prochaine fois, j’y regarderais à deux fois, The Griff étant très très moyen et illustrant parfaitement la maxime qui dit que "faire de la BD, ça n’est pas donné à n’importe qui".


Pour acheter ce livre :

En VO :

Sur Amazon.com :

Sur Amazon.fr : (bien trop cher à mon avis, même pour se faire une opinion)

Répondre à cet article

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0