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Une tragédie américaine

dimanche 4 septembre 2011, par Mathieu Doublet

(Pantheon Books - Denoël pour la VF / Kim & Simon Deitch)

Ted Mishkin est un jeune homme plein d’avenir qui sait dessiner. Au début des années 30, c’est le grand boom de l’animation américaine
et Ted se retrouve bien vite à faire du dessin animé au sein du studio Fontaine Fables dans lesquelles travaillent aussi son frère Al,
plutôt doué pour les transactions financières. Comble du bonheur, il a pour assistante Lucille, une jeune femme très jolie mais à qui il
n’arrive pas à faire comprendre qu’il l’admire. Bref, tout le petit monde de Ted pourrait être un formidable petit train-train quotidien
comme il en arrive à beaucoup d’Américains. Sauf que Ted a une petite particularité : le chat qu’on voit dans les dessins animés et qui s’appelle
Waldo fait partie de la vie de Ted depuis sa plus tendre enfance. Un cadeau empoisonné car cet ami imaginaire est des plus encombrants, vulgaires,
violents et surtout archi-présent. De quoi complètement renverser une existence quotidienne et faire d’un génie un être complexe qui sera capable
du pire comme du meilleur.

Kim Deitch est apparemment un des premiers dessinateurs à bosser dans le domaine du comix, du comic-book underground. On retrouve dans Une tragédie américaine,
des considérations qui s’apprêtent bien à ce genre : histoire dramatique et réaliste avec des personnages au départ tout mignons qui se retrouvent très rapidement
décalé par rapport à leur fonction première. C’est d’autant plus vrai pour ce récit que Tim Mishkin, quand il fait de l’animation, ne s’adresse pas forcément qu’aux
enfants et les premières aventures de Waldo sont loin de ce que l’on pourrait trouver maintenant dans le domaine du dessin animé "tout public". Il sera le témoin
complètement impuisssant (bloqué par ses propres problèmes psychiatriques) de la perversion inversée de son personnage qui deviendra un chat tout mignon et deviendra
même par la suite, quelque chose auxquels les frères Mishkin n’auraient jamais même penser. De quoi montrer l’évolution d’un certain monde de l’animation pour lequel
Deitch a un certaine tendresse. En effet, il ne montre que le côté aimable des choses, les cadences infernales de production n’étant que très légèrement survolée dans
le cadre d’un dessin animé pour lequel il participe. Il y a bien quelques piques contre un célèbre faiseur de cellulos qui pensera au parc d’attraction et qui sera cité par
ailleurs comme le concurrent de Fontaine Fables mais rien de bien méchant.

Deitch semble plus intéressé à torturer son personnage, troublé dès sa petite enfance par une psychose quasi-contagieuse. Si Ted Mishkin est le père invonlotaire de Waldo,
il ne sera jamais mis en scène comme se rendant compte que sa création, de laquelle il souhaite se défaire, deviendra une véritable poule aux oeufs d’or dont il ne semblera
jamais tirer aucun profit. Ce boulevard des rêves brisés gagnera rapidement les autres personnages de la fiction et Mishkin sera peut-être dans son alcoolisme et ses obsessions
celui qui souffrira le moins au sein des studios Fontaine.
Une tragédie américaine semble avoir d’abord été publié en revues avant de passer par la case recueil. Etrangement, la publication (en tout cas en VF), ne donne pas l’impression
de partie pourtant très clairement définies. On a donc un étrange sentiment en lisant le bouquin car si le récit est livré d’un morceau, les transitions entre les différentes parties
(qui concernent des personnages différents) est souvent très rude.

Au dessin, c’est du pur comix. On a un mélange de personnages très ronds, très cartoons, parfois animaux anthropomorphiques et des personnages très réalistes. Ces derniers sont rarement
glamours, souvent sujets à de nombreuses crises de malaise ou d’angoisse, rarement placé sous leur meilleur jour et ça ne sont pas les jours qui passent qui leur permettront de devenir de
jolies icônes, bien au contraire. Les pages varient dans leurs compositions, allant du plus classique (bien que les bulles n’arrivent pas à bien rester dans leurs cases) au complètement
psychédélique, révélant le plus souvent, l’état halluciné ou alcoolisée des personnages quand il ne s’agit tout simplement pas de rêves.

Il serait intéressant de voir les différences entre VF et VO, la version en fascicules mentionnant par exemple une reproduction en couleur de la fresque que Ted Mishkin réalise pendant ses
divers séjours en maison spécialisée. Pour la VF, qui dispose d’une petite animation lenticulaire assez sympathique, il s’agira de noir et blanc avec un poil de couleur pour les couvertures
intérieures. Pour le reste, il s’agit d’un morceau de vie assez intéressant dont on ne sait pas vraiment si les événements relatés se sont véritablement passés. Si l’histoire est tragique,
on suit le déroulement avec une grande facilité et un certain intérêt.

Bonus : un dessin animé en introduction du site de Kim Deitch qui porte un nouveau regard sur Boulevard of Broken Dreams (pas trouvé pourquoi la VF s’appelle
Une tragédie américaine d’ailleurs)


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En VO :

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En VF : (avec une belle animation sur la couverture, ce qui peut expliquer le prix du bouquin neuf, indiqué broché mais bel et bien en couverture dure)

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